ENVY "a dead sinking story"
(Level Plane - 9 titres)
Quel plaisir d'avoir enfin ce cd ! Après 'All the footprints...' et leur split avec Iscariote, Envy m'avait mis sur les genoux l'année dernière. Emo à en suer ou a en pleurer, la musique du sextet japonais fait autant dans le physique que l'artistique. Et ça commence comme dans un rêve avec l'époustouflant 'chain wandering deeply'. Tout y est. Rien n'a changé. Tragique et explosif à souhait, le morceau se décortique en six actes d'une beauté et d'une puissance incroyables. L'alternance des passages très agités et hurlés avec les plans calmes et atmosphériques est un exemple du genre. Seulement les plus grandes qualités du groupe sont aussi ses plus grands défauts car, à l'exception du aphextwinnien 'evidence', le groupe tend à imposer le même schéma narratif à toutes ses compositions ; laissant finalement peu de surprises au fil de l'écoute. Et même si c'est grandiose, touchant et poétique, j'ai envie de dire qu'on connaît la chanson. Mais avec ces déluges de guitares, ces mélodies de fin du monde, ces arpèges au pouvoir cicatrisant, cette voix sur le fil du rasoir, Envy a toujours le pouvoir de rendre cette expérience unique et inoubliable. Certains diront qu'Envy s'est quelque peu assagi en multipliant les plages tranquilles mais le groupe vous saute a la gorge en trois temps et deux mouvements. La grâce dans l'équilibre. La raison dans la réflexion. En attendant plus d'initiatives la prochaine fois, le concept musical du groupe reste définitivement passionnant. Imbattable comme une poignée de samouraïs au bord du désespoir.
[chRisA]

>> Voir aussi : Yage, City of Caterpillar

 

 

 

site : www.90daymen.com

90 DAY MEN "Too Late or Too dead"
(Southern rds – 3 titres)
Parti d'une noise d'excellente facture, proche de la scène de Chicago, le quatuor a trouvé toute son allure en 2002, avec son deuxième album intitulé "To Everybody", plus calme, avec une touche presque 70's. Certains avaient été déçus par ces soudaines rondeurs, et c'est pourtant cette nouvelle orientation, piano en avant, que nous retrouvons, sur ces 3 titres. Le piano prend ici une place encore plus importante et le groupe oublie définitivement son passé noise. Cependant, l'approche de ces 4 garçons de Chicago reste étrange, entre mélodies planantes et structures progressives… Si les mélodies flirtent définitivement avec la pop mélancolique et la musique de film, c'est bien du côté des avant-gardistes pop des années 70 qu'il faut regarder pour retrouver cette même harmonie bizarroïde. Ces trois titres, s'ils peuvent décevoir par leur aspect trop posé, envoûtent tout de même comme certains travaux de Brian Eno, et si cet EP n'a pas la classe de "To Everybody", on retrouve tout de même une sensibilité qui touche. On regrettera bien le chant, trop souvent absent, qui nous faisait tant vibrer autrefois, et certaines dérives trop proprettes du piano, mais nous attendrons l'album à sortir en février pour vraiment nous faire une idée.
[mg]

>> Voir aussi : Brian Eno, Pinback, Rachel's

 

GAMENESS "s/t"
(recap rds – 9 titres)
Originaire de la région parisienne, Gameness s'est fait les dents en sortant, à l'époque, un premier disque très metal hardcore, qui ne m'avait pas vraiment retenu l'attention. Après quelques changements de personnel et quelques concerts dans les pattes, le groupe revient aujourd'hui avec un 9 titres qui bouscule véritablement la donne. Changement de musique, changement de niveau. Gameness ne se fait plus les dents. Orienté screamo / emo, ce nouveau disque met son lot de claques à qui veut bien tendre la joue. Mais ce qui n'aurait pu être qu'une déferlante d'énergie hurlée trouve toute sa force dans la finesse qui se cache ici. Si Gameness n'évite aucune occasion d'arracher l'oreille de l'auditeur dans une explosion de cris et de fureur, le groupe sait aussi éclaircir son jeu. La guitare travaille dans la dentelle pendant que la batterie évite soigneusement tous plans basiques. Du coup, l'aspect screamo, qui peut épuiser, s'amenuise au profit d'un rock hardcore émotionnel et intense, rappelant l'évolution d'un Jr Ewing. Le groupe ne tombe pas dans les pièges du trop gras, trop massif et trop imposant, au contraire de la plupart des groupes influencés screamo. Sa musique est soigneusement aiguisée, aussi bien dans les moments de violence intense que dans les nombreuses baisses de tensions superbement amenées. Et l'apport de violons sur plusieurs titres ne fait que conforter cette ouverture précieuse. En plus, leur emo est agrémenté de cette bonne vieille énergie rock'n'roll ce qui n'est pas pour me déplaire ! Du coup, même un vieux con comme moi qui n'accroche guère aux hurlements intempestifs s'y retrouve complètement. Je préfère toujours les parties chantées aux cris trop fréquents, mais en dehors de ce détail de goût, cet album possède une émotion que je n'avais pas captée à la première écoute et qui réussit pourtant aussi bien à me dresser les poils sur les bras qu'à me faire sauter contre les murs… Bravo !
[mg]

>> Voir aussi : Yage, Jr Ewing, Botch, Envy

 

JACKIE O'MOTHERFUCKER "Magick Fire Music/Wow"
(double album - ATP Recordings)
On peut dire que depuis que le groupe a fait la première partie de Godspeed You Black Emperor en 2002, la notoriété de la bande à Tom Greenwood et Nestor Busket n'a cessé de gonfler. La preuve, ces derniers ont fait dernièrement la couverture de Wire. L'engouement que suscite JOMF explique
peut-être pourquoi le label ATP (All Tomorrow Parties) sort pour la première fois en cd des lp's pressés pour Fisheye et pour le label de Thurston Moore, Ecstatic Peace. Les longs instrumentaux de ces deux albums baignent dans une ambiance de road movie solitaire. Les morceaux sont le fruit d'expérimentations qui touchent aussi bien à la musique improvisée qu'ambiante. Etat d'esprit très free donc qui amène parfois l'auditeur à se perdre dans ce labyrinthe sonore imprévisible mais très écoutable. Il y a beaucoup de sensibilité dans ces longueurs tantôt enivrantes, tantôt ennuyeuses. Les paysages sonores se veulent très vastes et ne manquent pas de couleurs avec ces quelques influences de world music. Loin des formats étouffants, JOMF s'octroie le droit de se jouer du temps et du silence pour mieux vivre et savourer chaque note. Avec ces mélodies souterraines et indomptables, les deux albums projettent une multitude d'images calmes et reposantes. Loin du bruit, quelque part… dans un désert ou l'auditeur s'amuserait à regarder les gouttes coulées de sa gourde… tout en se moquant de ce qui arrivera demain.
[chRisA]

> Voir aussi: Set Fire to Flames

 

 

ON THE MIGHT OF PRINCES "Sirens"
(Revelation – 12 titres)
Malgré une apparente banalité dans les mélodies de ce groupe de Long Island, cet album révèle en réalité de bons atouts. Le quatuor évolue dans un post-hardcore de très bonne facture et arrive au fil des morceaux à toucher à toutes les sensibilités du style. Derrière une base solide et moderne, tout ce qu'il y a de plus commun pour le style, ces New-Yorkais insufflent une réelle émotivité, sans pour autant tomber dans l'emo teenage d'aujourd'hui, tout en gardant une énergie virulente. Cela devient vraiment intéressant et plus rare pour le genre quand le groupe laisse apparaître une réelle curiosité qui le pousse vers des contrées moins fréquentées, dévoilant des atmosphères envoûtantes. La démarche n'est pas si éloignée d'un At The Drive In en fait, surtout sur un titre comme "here come the sirens". Et si le groupe sait se faire doux ou anguleux (surtout sur la deuxième moitié du disque), on retrouve bien en arrière plan la rage du hardcore : les quelques voix hurlées, les guitares saturées, solides comme du roque, etc. Sans cesse entre les deux mondes, OTMOP arrive à renouveler son répertoire sans se répéter, et donne à l'auditeur une occasion de découvrir un nouvel aspect à chaque écoute. Bref, tout amateur de post-hardcore risque d'être convaincu par le mélange que fait le groupe entre énergie hardcore et atmosphère indie.
[mg]

>> Voir aussi : At the Drive In, Cable Car Theory, Elliott

site : www.slowride.net

SLOWRIDE "Building a building"
(Deep Elm – 12 titres)
C'est avec ce nouvel et deuxième album que je découvre ce groupe de Dallas. Et si la pochette au romantisme douteux m'a conforté dans un a priori négatif, je n'ai pu qu'être soulagé d'entendre les mélodies de Slowride. Le groupe offre une musique simple et directe, sans trop de prétention, qui se laisse écouter avec plaisir. Une espèce d'indie-punk agréable, de power pop légèrement destroy… Dès les premières mélodies vocales, on pense à Nirvana, sans le timbre si particulier de Cobain, mais avec cette même ambiguïté entre une influence punk mélodique et un potentiel radiophonique indéniable. Slowride reste sans aucun doute plus lisse que le trio de Seattle, mais semble suivre son chemin avec honnêteté, balançant des chansons prenantes sans chercher midi à quatorze heure. Ce nouvel album tient parfaitement la barre, malgré son indéniable manque d'aspérité. Et quand on voit ce que sont devenus les Foo Fighters, on ne peut que souhaiter le succès à Slowride qui s'installe avec cet album là où nous aurions bien attendu le groupe de Dave Grohl.
[mg]

>> Voir aussi : Nirvana, Foo Fighters (du début)

 

email : peste.cholera@wanadoo.fr

BOOTER / SHOCK TREATMENT "split"
(Peste et cholera – 45t - 4 titres)
Quelle surprise de retrouver Shock Treatment ! Ce vieux groupe hardcore italien qui doit bien avoir 10 ans derrière lui, revient avec une musique bien plus aiguisée ! Je ne me souviens plus vraiment du hardcore qu'il faisait à l'époque mais cet aspect noise emo est vraiment nouveau ! Et le pire, c'est qu'on se laisse prendre au jeu… on penserait même à Rites of Spring (la voix) ! On est vraiment dans les débuts de l'emo, ce qui se faisait dans les années 80. De l'émotion mais pas la moindre trace de pop, de l'énergie mais pas la moindre trace de metal, bref de l'emo-hardcore sans parasites ! Bon, beaucoup sont passés à quelque chose d'autres depuis, mais franchement, ça fonctionne toujours ! Sur l'autre face, les Français de Booter nous propose une noise hardcore qui me touche moins même si elle est bien faite. Il y a un aspect rock lourd qui manque de légèreté à mon goût. Enfin, c'est quand même bien foutu et suffisamment noise pour retenir l'attention. Je vais peut-être dire des conneries, mais je les placerais entre les débuts de Condense et le côté lourd de Mush (qui s'en souvient ?). Et l'esprit à la Condense m'attire tandis que l'aspect à la Mush me repousse… Enfin, l'ensemble des deux faces reste tout de même assez cohérent et donne un split bien agréable.
[mg]

>> Voir aussi : Rites of Spring /// Condense, Mush

 

site : www.cheech-wizard.com

CHEECH WIZARD "forth"
(Zabel Muziek – 12 titres)
Difficile de situer Cheech Wizard. Fondé en 1993 à Rotterdam, le groupe sort, il y a maintenant quelques mois, ce quatrième album… Je ne sais pas comment le groupe sonnait à ses débuts, mais je dois bien avouer ne pas plus savoir comment vous le présenter aujourd'hui ! Le label parle d'un "combat entre postrocknoisejazz et pop", et cela est aussi absurde que représentatif ! On passe allègrement de pop songs étranges, à des titres noise déstructurés, voire à des plans jazzy… Une seule chose demeure, une certaine personnalité décalée et excentrique qui donne le ton tout au long de l'album. Pas vraiment d'autres repères. Les guitares savent se faire sauvages et sans contraintes, prouvant une réelle inspiration bizarroïde à la Captain Beefheart, mais le groupe reste très attaché à une certaine approche pop, pas désagréable d'ailleurs. Le résultat est étrange, souvent difficile à suivre, passant du coq à l'âne avec un naturel à toute épreuve, mais il est difficile de ne pas leur reconnaître un grand talent. Les humeurs sont tranchées, les ambiances profondes, et si le groupe cite autant Captain Beefheart, Unwound ou Slint que Pink Floyd, Bowie et Zappa, ce n'est pas qu'un effet d'annonce. L'album n'est pas toujours très homogène (quoique), mais vous retrouverez bien un peu de tout ce beau monde dans ces 12 titres… De mon côté, j'adore leur plan noise à la Unwound, mais avec cette touche toujours décalée (à la Captain Beefheart). Les plus curieux comprendront donc qu'il y a de jolies pépites à découvrir si on se donne la peine d'entrer dans leur univers.
[mg]

>> Voir aussi : Captain Beefheart, Polvo, Unwound, This Heat, etc.

 

site : www.substituterecords.com

SAFETY FIRST "Alright!!"
(Substitute – 4 titres)
C'est incroyable comme la photo d'une des filles sur la pochette (en bas à gauche) me rappelle une photo du chanteur de The Adicts ! Au début, je pensais même qu'il l'avait reprise ! Et pourtant, cela n'a strictement rien à voir avec la pop-punk féminine de ce groupe (désolé pour l'anecdote) ! Car, sur ce 7", le trio nous propose quatre titres frais et enthousiaste sur les pas de Sleater Kinney ou Beat Happening. Ce genre de punk simple et doucement poppy qui a fait la renommée d'un label comme Kill Rock Stars par exemple… Ça sent la bonne humeur. Les refrains sont naïfs à souhait, c'est mélodique, énergique, et suffisamment basique pour donner envie de danser. J'ai tout de même un peu de mal avec le niveau technique de ce disque. Les compos sont là, sans prétention mais fonctionnant, et le chant tient bien l'auditeur, mais la batterie a vraiment du mal à suivre et l'ensemble est guère en place… Alors, c'est vrai, c'est frais et spontané, ça donne envie de les aimer, mais franchement, il y a encore du boulot car, au niveau finalisation et mise en place, on est tout juste au niveau d'une démo… Dommage.
[mg]

>> Voir aussi : Sleater Kinney, Beat Happening

 

MEN IN THE MOON "s/t"
(autoproduction – 3 titres)
Pour avoir vu ce groupe sur scène à plusieurs reprises, je peux vous certifier que leur pop 60's prend toute son ampleur en live. Posée sur bande, leur musique devient, à mon plus grand regret, plus confinée et moins expressive. Mais c'est tout de même avec cette nouvelle démo que le groupe arrive le plus à retranscrire son savoir faire. Ces trois titres nous plongent directement dans les années 60, quand la pop se faisait créative, que les guitares sentaient bon la fuzz, que les chanteurs portaient la coupe au bol et que les drogues transformaient toutes approches musicales en psychédélisme. Et ces gars-là ne font pas semblant. La basse, tout en rondeur, est sublime, à la hauteur des meilleures formations sixties, le chant maîtrise à merveille son domaine, jouant avec les harmonies comme Ray Davis des Kinks, l'orgue, obligatoire pour le style, sonne idéalement et la guitare s'évade, loin de toutes contraintes, avec un excellent niveau technique et une grande créativité. Bref, les Men In The Moon ne sont pas là pour innover mais pour se rapprocher au plus près de leurs idoles. Et les bougres flirtent avec les premiers Rolling Stones, les Seeds (pour qui ils ont ouvert), et autres Kinks. Alors, c'est vrai que je regrette un peu le manque de folie de ce disque, pas assez sauvage (nous sommes loin des groupes garage), et que je ne retrouve pas le charisme scénique du chanteur dont les mélodies perdent de l'ampleur par rapport à ses prestations live. C'est vrai aussi que le disque est bien trop court (8 minutes), mais c'est si rare de croiser de bonnes formations sixties que je ne vais pas bouder mon plaisir. Vivement un album digne de ce nom.
[mg]

>> Voir aussi : The Seeds, The Kinks, Rolling Stones, Creation

 

ANJALI "The World Of Lady A"
(Wiiija - 12 titres)
DJ reconnue, ex- gogo-dancer chez les Cramps et leader du groupe punk Voodoo Queens (compromis bâtard entre la radicalité de Bikini Kill et Huggy Bear et le son plus heavy de L7 et Fifth Column ; responsables entre autres du mini- hit "Supermodel Superficial"), Anjali a tout fait ou presque, et seul lui manquait un album solo digne de ce nom. C'est désormais chose faite avec "The World Of Lady A", qui succède à deux essais pour le moins décevants ("Sheer Witchery" en 99 -en fait, une compilation de EPs- et un premier album éponyme en 2000). Pop 60's au psychédélisme classieux ("Misty Canyon", "Rainy Days" - sur lequel on retrouve un membre de Thee Headcoats à la batterie), exotica suave ("Asian Provocateur") et bollywood-eries hystériques ("Kandivali Gulley", "Rani Of Jhansi"), Anjali, loin de naviguer superficiellement d'un style à l'autre, signe un disque véritablement homogène, aux compositions impeccables, jouissif, puissant (les basses !) et intemporel. Hautement recommandé !
[Jimmy]

>> Voir aussi : Ennio Morricone, Dee-Lite

 

OBERKAMPF "animal factory"
(Enragés prod. / 12 titres)
Mais oui, vous ne rêvez pas, Oberkampf s'est reformé ! Enfin, Joe Hell (car il est le seul du line-up original) revient posé sa voix inimitable sur une musique plus musclée et plus hardcore qu'à l'époque. C'est toujours très agréable d'entendre notre Johnny Rotten national (du moins pour un vieux punk comme moi) mais, malheureusement, la musique est bien plus fade et classique qu'autrefois ! Difficile de faire mieux que le maxi de 83 (avec Couleurs sur Paris, Tout ce Fric, Maximum, etc.)… Enfin, on a vu plus ridicule (je ne parlerais pas de Parabellum ou de la dérive de François Béru), mais franchement, le punk alternatif a fait ses heures… Laissons le reposer en paix. Après la reformation de Metal Urbain (que je n'ai pas encore écouté) et celle annoncée des Bérurier Noir, je prie les dieux pour que Lucrate milk ne tombent pas dans le piège (s'il vous plait, laissez-nous nos si bons souvenirs!)…
[mg]

 

 

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Mathieu Gélézeau & Natasha Herzock
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