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LUNGFISH
"Love is love"
(Dischord 10 titres)
Toujours fidèles à eux-mêmes, hors des modes et du
temps qui passe, les quatre Lungfish continuent de sortir inlassablement
le même album. Et pourtant, les inconditionnels du groupe le savent,
Lungfish a beau faire la même chose depuis 15 ans, la magie opère
toujours autant à chaque nouvel album. Et je peux vous certifier
que celui-ci vous prendra à la gorge, comme les autres, et peut-être
plus encore. Je me souviens d'un ami me disant que Daniel Higgs et Asa
Osborne, respectivement chanteur et guitariste du groupe, étaient
de véritables gourous tant il était, lui aussi, tomber sous
le charme de ce disque malgré la peur qu'il avait de ne plus être
surpris après 9 albums si proches
Voilà ce qu'est
Lungfish. Une stabilité déconcertante, et une simplicité
presque enfantine qui permet à des chansons basiques et répétitives
d'entraîner avec elles une sensibilité bouleversante. Comment
résister aux arpèges de cette guitare qui mène la
danse ? Et comment ne pas fondre devant cette voix qui transporte à
elle seule tant d'images. Notons par ailleurs, le retour de Sean Meadows
(June of 44) à la basse, comme ce fut déjà le cas
sur l'album "Indivisible". Et avec un titre sublime comme "Love
is love", qui donne son nom à l'album, nous ne pouvons qu'espérer
que Lungfish reste encore longtemps le plus vieux groupe de Dischord en
activité, et qu'il sorte encore et encore ce même album
[mg]
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Voir aussi : les morceaux calmes de Fugazi
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FIREWATER
"The Man On The Burning Tightrope"
(15 titres - Jetset)
Si la formation de Firewater a fait grand bruit à l'époque
(quoi de plus logique pour un groupe composé d'ex-membres de Cop
Shoot Cop, The Jesus Lizard et Soul Coughing ?), on ne peut pas en dire
autant de leurs disques, aussi excellents qu'ignorés. Et deux ans
après "Psychopharmacology", Firewater revient avec un
quatrième album qui ne risque malheureusement pas de changer la
donne. Distibution au compte-gouttes, promotion inexistante, tournées
rarissimes... ce n'est pas cette année que la critique se pâmera
devant le groupe de Todd A. Et pourtant ! Firewater a tout du groupe incontournable
: songwriting hors-pair, production sans failles et surtout, élément
crucial qui manque à 90% des groupes en activité : une véritable
personnalité. Car si les influences sont ici pleinement assumées,
elles sont toujours appliquées sans la moindre règle et
avec style. La patte Cop Shoot Cop est toujours présente (la voix
de Todd A., la rythmique implacable de "Anything At All"), mais
on se rapproche de plus en plus de Tom Waits (pour la richesse de l'instrumentation,
autant que pour son utilisation hors- normes), du Bowie début 70
("Secret"), d'Ennio Morricone (superbe "Too Much Is Never
Enough", jouissif à souhait) et surtout de la musique traditionelle
des pays de l'Est (sur un bon tiers de l'album), le tout donnant à
"The Man On The Burning Tightrope" des airs de bande originale
pour un western- spaghetti noir réalisé par un Kusturica
punk. Difficile à imaginer ? Essayez un peu pour voir.
[Jimmy]
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Voir aussi : Tom Waits, Barry Adamson, Goran Bregovic, Ennio Morricone,
Calexico, The Ukrainians, Cop Shoot Cop
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THE
PLANET THE "Physical Angel"
(54°40 or Fight! 10 titres)
The Planet The est un trio bien étrange. Le disque débute
excellemment bien avec un titre post-punk mélangeant l'aspect dansant
de la nouvelle scène new-yorkaise, un côté électro
basique, et une folie communicative dans le chant que nous aurions bien
vu dans Black Eyes
On retrouve autant le Talk Talk des débuts
que la folie juvénile des Beastie Boys (sans l'aspect rap), du
Brainiac que du This Heat. C'est assez barré et souvent bien dansant.
Le reste de l'album se sépare en deux aspects distincts : l'un
lorgnant vers ce post-punk electro 80's décrit précédemment,
et l'autre, quand le chanteur empoigne la guitare, plus classique tendant
vers un math-rock complexe. Même si leurs nappes de notes math-rock
possèdent leur charme, surtout grâce à des réminiscences
80's, je suis plus sensible à leur délire dansant. Les deux
premiers morceaux montrent le meilleur du groupe. Le titre "Arty
Movie", quand à lui, oublie un peu la folie des premières
plages pour tomber dans l'ultra electro 80's, vocodeur à l'appui.
C'est pour le coup un peu trop pour moi. L'intro de "High School
Hands", et son chant envoûtant fait aussi partie des grands
moments de l'album, même si la fin part encore vers du math-rock
un peu trop compliqué. Bref, un album difficile à cerner
qui dévoile un groupe à deux visages, capable du meilleur
comme du pire (ou au moins du moins bon). Une chose est sûre, les
meilleurs moments de ce disque mérite leur pesant d'or ; malheureusement,
sur la totalité (qui ne fait que 27 minutes !), ce mini-album serait
plutôt du genre à faire mal au crâne !
[mg]
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Voir aussi : Talk-Talk du début, Brainiac, El Guapo, Ex Models,
Don Caballero
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CALLAHAN'S
BULLITT "wanted"
(Black Camera 4 titres)
Nous sommes en plein désert, galopant sur nos chevaux noirs, chapeaux
au vent ; les tuniques bleues à notre gauche, les apaches à
notre droite. Le décor est planté, et ni la pochette, ni
le titre des morceaux ("Morricone Hotel", "The Sheriff")
n'essaieront de vous en faire dévier. Ce trio originaire de Rennes
s'annonce lui-même comme un groupe de western lo-fi. Pas si loin
d'un Calexico breton, Callahan's Bullitt arrive à me prendre au
jeu sans réticence. On sent le feu de bois crépiter, on
imagine un vieux saloon passé du Tortoise en ville (pour le côté
très post-rock), et le vieux shérif qui nous attend devant
sa prison. Le trio n'a pas besoin de raconter son histoire, ses instrumentaux,
calmes et envoûtants, s'en chargent à merveille. Et le pire,
c'est que les 15 minutes de ce film musical n'ennuient pas, contrairement
à certains passages de leurs cousins d'Amérique (Calexico).
Ennio Morricone a de quoi être fier, même si le groupe n'a
pas l'humour du maître
Bref, un trio qui ne se prend pas au
sérieux et qui s'impose pourtant comme une des meilleurs formations
françaises de "western lo-fi"
Mais ont-ils des
concurrents ?
[mg]
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Voir aussi : Calexico
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DIZZEE
RASCAL "Boy In Da Corner"
(15 titres - XL)
Un rappeur anglais de 17 ans qui coupe son hip-hop au UK garage et rafle
le Mercury Prize au nez et à la barbe de Radiohead et Coldplay,
au premier abord, ça a de quoi laisser froid. Ajoutez à
ça les éloges de Mike Skinner de The Streets, qui n'hésite
pas à le décrire comme "le futur de la musique"
et une signature sur XL (qui, entre Basement Jaxx et Audio Bullys, n'est
plus à une bouffonnerie près) et on entend déjà
les beats molassons, les mélodies cariées, la prod putassière
façon Neptunes en solde et les lyrics de grognard puéril.
Alors on vérifie, histoire de prouver qu'on avait raison de se
méfier, qu'on avait flairé l'arnaque avant même le
premier kick de 303. Et là, c'est le drame. Ce disque tue. Net.
Un hip-hop incroyablement sombre et urgent, poussé par un drive
electro-house minimaliste, une ambiance oppressante, paranoïaque,
claustrophobe, une retenue impeccable, un son sale, puissant, des paroles
incroyablement justes, matures et crues. On est ici à des années-lumière
du toc distillé par 50 Cent et consorts. Dizzee Rascal prend le
meilleur de Public Enemy, Schooly D. et LL Cool J, et le passe à
la moulinette Kraftwerk avant de le plonger dans les eaux troubles fréquentées
par dälek ou Tricky. Dansant, radical et novateur à la fois,
en un mot, tout simplement vital. Indispensable.
[Jimmy]
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Voir aussi : Schooly D., dälek, Tricky
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THE
DECEMBERISTS "Her Majesty"
(Kill Rock Stars 11 titres)
Sortez les chopes de bières et que le liquide coule à flot,
la troupe de Colin Meloy s'occupe de la musique et le moins qu'on puisse
dire est que l'ambiance sera assurée. The Decemberists reprennent
une tradition musicale ancestrale, celle d'une folk enjouée malgré
la tristesse de ces histoires, celle d'une musique de saloon qui relate
la vie au front, dans les tranchées. Et le premier titre de cet
album, l'un de mes favoris, possède tous les atouts pour nous entraîner
dans ce monde ambigu où tristesse et joie simple se mélangent.
La voix de Colin fonctionne à merveille, et le refrain ne peut
qu'être reprit à tue-tête par l'assemblée. Si
la pop-folk du groupe replonge dans une époque révolue que
nous n'avons pas connue, elle joue parfaitement son rôle ; celui
de la bouteille de whisky, qui permet d'oublier l'absence de l'autre,
et de profiter de l'ivresse, tout en laissant de tant en tant rejaillir
la grande tristesse du moment. Passant de cinq membres officiels (guitare
acoustique, piano, orgue Hammond
) à treize en comptant les
invités (violons, , trombone, violoncelles
), le groupe saute
de morceaux intimistes à une pop folklorique grandiloquente, donnant
l'impression d'un Black Heart Procession enjoué, passé à
la moulinette folklorique des Pogues. Alors c'est vrai que l'alchimie
ne fonctionne pas sur tous les morceaux, qu'il y a des longueurs assez
fades sur certains titres, et que nous n'atteignons pas l'émotion
d'un Black Heart, mais la magie de ce disque fonctionne, simplement et
sans discussion, et c'est ainsi que nous aimons nous y noyer
[mg]
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Voir aussi : Black Heart Procession, The Pogues
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KITCHEN
TOOL SET "physique du sentiment"
(autoproduction 3 titres)
Nouvelle démo pour ce trio du Nord de la France, évoluant
toujours dans cette noise mélancolique et calme. Ces trois titres
montrent un groupe qui a atteint un équilibre stable, et qui se
détache peu à peu de ces influences (June of 44, Shellac,
Slint, etc.). Le groupe a effacé quelques défauts depuis
sa dernière production, mais a, par la même occasion, perdu
une certaine énergie angulaire qui m'avait pourtant séduite
la dernière fois. Dommage. Sur ce disque, la musique de Kitchen
Tool Set crée une ambiance étrange, assez pesante, souvent
triste, rarement lâchée, et c'est cette frustration contenue
qui capte l'auditeur. J'aurais aimé plus de tension ou de coupant,
comme sur leur précédente démo, mais peu importe.
Le groove rampant du deuxième titre, très réussi,
retient particulièrement l'attention, avec ces petites ouvertures
rapidement contrôlées
La voix me semble un peu limitée,
mais l'aspect monocorde et nonchalant donne un certain style aux morceaux.
KTS aime travailler les structures, casser les évidences, mais
réussi sur cette démo à ne pas s'emmêler dans
des méandres techniques trop complexes. Tant mieux. On espère
encore un peu plus de charisme dans l'ensemble des compositions, un peu
moins de retenue mentale, et un son plus mordant (plus proche de leur
précédent cd) pour vraiment adhérer à un album,
mais ce groupe mérite déjà notre soutien. En espérant
qu'il aidera une scène qui se porte bien mal à reprendre
un peu d'envergure !
[mg]
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Voir aussi : Slint, Shellac, June of 44
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HOMEBOYS
"Breaking away"
(crash disques / Diabolik/HB - 14 titres)
Après un premier album sorti en 2000, "Disconnected People"
qui avait déjà attiré à eux, un grand nombre
d'aficionados, le groupe revient avec un "Breaking Away" aussi
beau qu'impressionnant. Il aura fallu trois ans, et un changement de line-up
(arrivée de Chris, ex-Informers, à la guitare) pour pondre
cet album, et, même si je ne suis pas un grand fan du style, le
quatuor de banlieue parisienne pond là un album de punk mélodique
sacrément efficace. Alors c'est vrai qu'on peut toujours retrouver
les grands frères que sont les Burning Heads (College Girl par
exemple), mais les Homeboys ont réussi à sortir du ghetto
dans lequel on les avait trop facilement mis. Le groupe enchaînent
les tubes punk rock à la vitesse d'un groupe californien sans pour
autant tomber dans le riff trop ensoleillé, à notre grand
soulagement. Le groupe garde un peu de saletés punk old school
pour réussir à se rapprocher de références
plus attirantes, et du coup nous toucher. Alors, on baigne évidemment
dans le bien mélodique, ultra compact, sans rien qui dépasse,
avec les ceintures cloutées à la mode et les poses rock'n'roll
un peu usantes à la longue, qu'on est dans l'énergie basique
et le refrain parfaitement calibré (mais punk), mais que voulez-vous,
ceux-là arrivent à s'en sortir avec un album qui fonctionne.
Le côté rocailleux de la voix n'y est pas pour rien, et leur
long parcours dans la scène indé, loin des modes, fidèles
à leur punk rock, leur assure une crédibilité que
tout le monde ne peut revendiquer
Bon, après, ici, on préfère
les riffs moins solides et les compos plus accidentées, mais ce
disque se place idéalement dans la descendance (je n'ai pas dit
plagiat) des Burning Heads et cela risque de faire plaisir à beaucoup.
[mg]
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Voir aussi : Burning Heads, Second Rate
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Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions
à :
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>> Mathieu
Gélézeau & Natasha Herzock
>> 51, rue Paul Vaillant Couturier
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positiverage@hotmail.com
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