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CONVERGE
"you fail me"
(Epitaph)
Choses incroyables ! En consultant mes fiches, j'apprends que tout
petit, Ben Koller, le batteur, s'est fait greffer un troisième
bras pour jouer aussi bien et aussi vite. Jacob Bannon, lui, a subi une
trachéotomie pour pouvoir s'arracher encore mieux les cordes vocales.
Très jeune, Nate Newton est devenu champion international de bodybuilding
pour être capable de supporter une basse aussi lourde. Quant à
Kurt Ballou, il jouait déjà de la guitare dans le ventre
de sa mère d'où ce toucher et ces riffs extra-ordinaires.
Bilan ? Ces mecs sont des aliens qu'on remercie pour cette musique
tellurique si savamment orchestrée et dosée. Math metal,
hardcore, punk, noise, sludge, power violence, emocore allient leurs forces
pour balancer votre cœur sur ce croc de boucher que ces quatre bostoniens
affûtent depuis treize ans. Ca sent la perte, le désespoir,
les ténèbres acides de l'esprit humain, la mort et pourtant
ça n'empêche pas Bannon d'hurler dès le départ
'this is for the hearts still beating'. Il y a donc une lumière.
Ce nouvel album témoigne de cet instinct de survie. Il met en avant
des compos ultrapuissantes aux trouvailles magiques. Mais aussi un son
et une production totalement maîtrisés par un Kurt Ballou
en état de grâce. Je n'en dirai pas plus 'You Fail Me' vous
sort la boîte à claques (que dis-je à uppercuts!)
et assoit encore un peu plus la notoriété d'un groupe intelligemment
fascinant. Inutile de prendre du recul… je suis déjà
tombé. Chef-d'œuvre !
[chRisA]
••• Voir aussi: The Dillinger Escape Plan, Today is
the Day, Will Haven
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V/A
"Neurot recordings I"
(Neurot)
Que ceux qui se demandent encore pourquoi Neurosis est un groupe aussi
respecté et aussi à part dans le paysage musical mondial
se penchent sur cette compilation. A travers un double CD, l'auditeur
découvre l'univers du label Neurot, label créé à
l'origine par les membres de Neurosis pour s'occuper du groupe et des
divers projets annexes. Depuis, Neurot Recordings s'est ouvert à
d'autres formations partageant cette même vision de la musique.
Mais ici, on ne cause pas "style" mais ouverture d'esprit ou
recherche. C'est la démarche qui réunit le talent et la
fougue d'Oxbow à la noirceur d'Isis et Culper Ring à Zeni
Geva, pas l'étiquette. La démarche se veut souvent sombre,
mais toujours ouverte sur l'échange et l'expérience, et
la diversité va plus loin que vous ne pouvez l'imaginer (avant-noise,
folk, ambient…). C'est ce que nous prouve le morceau de Neurosis
en ouverture, tiré de leur nouvel album — du très
bon Neurosis, enregistré par Steve Albini — ou l'improvisation
inédite que nous livre Oxbow. Mais on touche aussi à des
choses plus épurées avec l'inédit de Grails, la noise
calme d'Enablers ou la ballade folk touchante de Steve Von Till (membre
de Neurosis). Nous n'allons pas tous vous les présenter, que ce
soit pour découvrir ce label hors du commun ou pour posséder
quelques inédits toujours attrayants, cette double compilation
(1 CD musical + 1 DVD) mérite votre attention. Et ce n'est pas
les clips et autres documents du DVD qui me contrediront. Rien que le
documentaire "Music for Adults" consacré à Oxbow
et présent sur cette partie DVD mérite à lui seul
de posséder cette compilation. Je ne dis pas que vous ne zapperez
pas quelques titres du CD, mais l'ensemble séduit. Attention tout
de même, je n'ai jamais dit que ce label était accessible
à tout un chacun, mais ce document montre combien Neurot recordings,
comme Neurosis, évolue dans une sphère personnelle, avec
goût et ouverture, loin des clichés et des modes, et c'est
ce que nous aimons. Une belle leçon par les temps qui courent.
[mg]
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KARATE
"pockets"
(southern rds)
Autant les premiers pas de Karate m'avaient titillé l'oreille avec
son emo-pop plutôt basique, autant les dérives jazz-rock
vers lesquelles la bande à Geoff Farina s'est orientée rapidement
ne m'ont jamais inspirées. Il faut dire que le jazz-rock a toujours
représenté un mauvais mélange à mes yeux,
un peu comme tremper des rillettes dans le café… Je sais
certains vouent un culte à cette pratique culinaire, et d'autres
au jazz-rock ! Il en faut pour tout le monde. Bref, Geoff Farina revient
avec un nouvel album et cela ne devrait pas me réjouir, vu le précédent,
particulièrement jazz-rock ! Alors, comme vous avez déjà
du le lire ici ou là, c'est vrai que le groupe essaie de revenir
à des choses plus concises avec ce disque. Malheureusement, les
solos de guitares sont toujours présents, les arrangements d'un
classique affolant, la basse toujours très (trop) groovy, le chant
toujours soporifique… Heureusement, si on passe les premiers titres
légèrement insipides, on peut tomber sur des choses plus
touchantes. Je pense à "Alingual" par exemple qui flirte
à nouveau avec cette petite approche dite emo. Ouf ! Personnellement,
dans le style, je préfère la fougue du dernier Abilene,
mais je dois bien me résigner au fait qu'il existe quelques bons
titres sur cet album… mais comment supporter ces solos typiques
des vendeurs professionnels de guitares ou ce groove si maniéré
? Pourtant Geoff Farina touche quand il sait se limiter, sans digressions,
chose qu'il n'arrive malheureusement quasi-plus à faire de nos
jours, malgré quelques efforts ici. Comme quoi les cours de guitares
ne sont pas toujours conseillés ! Ceci dit, je suis certain que
les fans du groupe seront comblés.
[mg]
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MARITIME
"Glass Floor"
(13 titres-Desoto)
On pouvait penser qu'avec un nom pareil, la musique de Maritime irait
humer l'air du grand large. Malheureusement, ce groupe, mené par
un ex-Promise Ring et d'un ex-Dismemberment Plan, se contente de cabotage,
tout près des côtes anglaises. Car, à l'instar de
beaucoup de combos indés américains en ce moment, Maritime
retourne en quelque sorte à ses origines : la brit-pop. Oh,
bien sûr, les trois gaillards le font avec leur sensibilité,
souvent acoustique, et d'ailleurs, ça fonctionne assez bien sur
2 ou 3 morceaux mais pas sur l'ensemble de l'album. Il faut dire que quand
on n'est pas habitué, la guimauve, ça écœure
vite...
[sullivan]
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Voir aussi : Promise Ring, Dodgy, la pop anglaise...
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MYRA
LEE "s/t"
(Rejuvenation/Théâtre Records)
Comme ces lignes rouges et roses sur ce digipack blanc, les traits de
la musique de Myra Lee sont libres et capricieux. Dans des spirales souvent
courtes qui se font et se défont, le trio impressionne et passionne.
Virevoltants, retombant à chaque fois sur leurs notes et jamais
à court d'idées, les chansons taquinent un emo hardcore
fraîs, puissant et délicat. Dans un style qui peut toujours
paraître trop rigide, les poitevins savent huiler là où
parfois ça pourrait gripper. L'articulation comme une force. Le
bon gras empêche toute larme de venir faire rouiller une machine
humaine qui se fait plaisir. Le son de guitare est très agréable.
La rythmique balance carrément bien. Les deux chants s'harmonisent
tout naturellement sans fatiguer ni irriter. Et même s'il n'y a
rien à jeter ici, on retiendra en particulier les excellents morceaux
comme 'le bout' et son synthé locustien, 'ré' et sa trompette
sombre, 'questions' et son approche mélo, 'marie' et son final
génialement screamodansant, 'flowers' et… puis les autres.
Encore du très bon sur Rejuvenation. Sachez ne pas vous tromper
d'elixir.
[chRisA]
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Voir aussi : Yaphet Kotto, Kurt
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TOXIC
KISS "Ghosts of the night"
(autoproduction)
Derrière un nom qui me laissait froid, se cache en réalité
un jeune groupe à surveiller ! C'est du moins ce que laisse supposer
ces quatre titres à l'énergie et à la mélodie
rare. Le chant féminin apporte la fraîcheur d'un B52's à
un rock brut et explosif à souhait prenant racine dans les vieux
groupes punk de la fin des années 70. Bref, du punk à l'humeur
pop (ou vice-versa) : pas d'excès de violence, pas de mièvrerie
non plus, juste quatre très bons titres, rock, sans prétention,
et dansants à vous en mettre la banane ! Quatre titres qui nous
donnent envie d'en écouter plus pour définitivement croire
que les Toxic Kiss vont défendre les couleurs de la France au sein
d'une scène internationale qui se passe bien souvent de nous…
Une affaire qui roule ! Vivement l'album !
[mg]
•••
Voir aussi : B52's, Blondie
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Guinea
Pig "bientôt votre mariage"
[alias
Optophone]
(partycul system)
Thomas Fernier n'a visiblement pas envie d'emprunter des sentiers battus.
Rien de plus normal alors qu'il se retrouve chez Partycul System, label
que l'on a découvert grâce à Rroselicoeur et qui cultive
l'originalité. Et qu'il se choisisse pour nom "Guinea Pig",
cobaye en anglais (devenu
suite à des problèmes idiots de droits "Optophone",
ndlr). Alors,
notre bonhomme défriche et propose avec ce "bientôt
votre mariage" une sorte de méga zapping sonore. S'inspirant
de la technique du collage et proche des aspirations d'un label comme
Constellation, il assemble, coupe, juxtapose, malaxe sons, instruments
divers et variés, bruits, crissements, beats...et passe du coq
à l'âne sans crier gare. Ce n'est pas facile à suivre
mais c'est l'un des buts recherchés : expérimenter et proposer
quelque chose de nouveau , de neuf à l'auditeur quitte à
le lâcher en cours de route. C'est donc avec un esprit très
ouvert qu'il faut aborder ce cd rempli à ras bord, sans garantie
que cela suffise...
[sullivan]
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Voir aussi : le label Constellation
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COBRA
KILLER "76/77"
(Monika)
En matière de danse virile mais hypnotique, les sulfureuses demoiselles
que sont Gina V.D'Orio et Annika Line Trost s'y connaissent. Non contentes
d'avoir permis à Peaches d'ouvrir pour elles il y a quelques années,
voilà que c'est Thurston Moore qui s'est laissé charmer
lors de deux dates en Allemagne. Si sur scène ça semble
bien cracher, leur venin semble moins percutant sur ce troisième
album. A grands renforts d'electro krautrock minimaliste et de titres
de chansons scandés en boucle, les donzelles s'éclatent
bien. Car l'esprit ici est assez fun tout en restant insidueusement subversif
('needle sharing'). Couches synthétiques pour une approche frontale
ou plus subtile (les touches sixties de 'L.A shaker' et le côté
ambiant de 'high is the pine'), les filles triturent leur sampler comme
elles immobiliseraient un reptile malhonnête au sortir de son panier.
Heureusement qu'elles nous confessent qu'elles aiment quand ça
brûle un peu ('I like it when it burns a bit'). C'est exactement
ce que cet album vous procurera comme sensation. Mais ça ne va
pas au-delà du second degré. Dommage.
[chRisA]
•••
Voir aussi: Peaches, Le Tigre
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CLAIR
DE LUNE "marionettes"
(Deep Elm)
En général, la touche "française" chez
les groupes américains est souvent liée à une pointe
d'intellectualisme… qui rime rarement bien avec musique rock. Pourtant,
si Clair de Lune tisse une musique complexe qui l'empêche de devenir
tubesque, le chant et le résultat final raccroche définitivement
le groupe à toute cette vague de groupe emo made in USA. Dommage
pour l'originalité… en même temps, ces gars-là
ont une approche vraiment particulière, avec en sus, la présence
d'un piano. Cela en deviendrait presque baroque tant les notes et les
couches se superposent. Du coup le mélange avec cette orientation
emo classique rend la chose étrange. Je ne sais pas vraiment quoi
en penser. Parfois, je trouve ça vraiment bien foutu, et plutôt
intense, et parfois, cela me laisse perplexe… Une chose est sûre,
Clair de lune ne finira pas dans la catégorie des groupes poubelles
que Deep Elm sait aussi très bien nous faire découvrir !
Non, je crois que le label remonte le niveau, et si ce groupe du Minnesota
n'est pas le meilleur de cette nouvelle génération, il ne
s'en sort pas trop mal.
[mg]
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Voir aussi : Desert City Soundtrack
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NOSTROMO
"Hysteron-Proteron"
(6 titres-recall)
Bon, je sais, ça va être dur à imaginer. Mais il va
quand même falloir essayer… Les suisses de Nostromo qui martyrisent
habituellement les oreilles avec leur hardcore chaotique ont décidé
de sortir un cd de versions acoustiques de certains de leurs morceaux.
Si si ! Et le pire, c'est que ça marche. Car si j'ai dit acoustique,
je n'ai pas dit calme. Le gros son n'est plus là, certes, mais
avec trois fois rien, le groupe parvient à insuffler une intensité,
une force dans chaque morceau et ainsi à leur donner une seconde
vie. Les ingrédients ont donc changé, pourtant l'excellent
travail sur les voix (les chuchotements et autres susurrements rappellent
parfois Mike Patton), les changements de rythme et de superbes guitares
véhiculent à leur tour parfaitement la tension de Nostromo.
Et en ce qui me concerne, je trouve le résultat bien plus touchant
que ce que fait le groupe habituellement. Bon, c'est clair que je n'écoute
pas ce cd tous les jours mais en tout cas son écoute est véritablement
une expérience.
[sullivan]
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Voir aussi : eeeeuuuuhhhhh....
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MILLE
FEUILLE "s/t"
(autoproduction)
Derrière le thème pompeux d'experimental noise, Mille Feuille
propose ici un petit CDR qui a retenu mon attention… En effet, dans
un concept très "arty", Arnaud Laumont lance des textes
étranges et froids sur une musique toute aussi froide, composée
de boites à rythmes minimalistes et de samples indus. Si la description
ravira certains directeurs de musée d'art contemporain, ce qui
ne m'émeut guère, c'est surtout un retour sur des groupes
comme Guernica ou MKB qui me plaît dans cette musique. Même
si je ne suis pas certain que l'intéressé s'y reconnaisse
! Certes, la guitare n'a pas sa place ici mais le débit binaire
des textes en français me replonge directement dans cette époque
; et les rythmes basiques et répétitifs martelés
en premier plan m'inspirent cette même énergie. Bon, je n'écouterai
pas ce disque tous les jours… Pas assez de musicalité et
trop conceptuel pour moi, mais l'expérience m'a procuré
du plaisir, même si ce n'était sans doute pas son but.
[mg]
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Voir aussi : MKB, Guernica, Einsturzende Neubauten
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