| |
|
V/A
: Monsieur Kaugumi volume 01
"Saturday night holocaust"
(Monsieur Kaugumi)
Le principe de compilation est toujours délicat à aborder
pour l'auditeur, et très franchement, en tant que tel, je dois
bien avouer ne pas en être très friand… à quelque
exception près ; citons la Virus 100 sortie par Alternative Tentacles
(reprises des DK par Napalm Death, Nomeansno, Les Thugs, etc.), "Let
them eat jellybean" toujours chez Alternative Tentacles (avec Black
Flag, Bad Brains, DK, Circle Jerks, etc.) ou encore les compiles sixties
Nuggets et Peebles. Pourtant, l'objet permet souvent la découverte,
et c'est son principal atout. En France, on se souviendra notamment des
compilations "La Pluie et le Beau Temps" sorties dans les années
90… grâce, entre autres, à des rencontres inédites
entre les groupes (faite spécialement pour la compilation), l'objet
prenait une véritable valeur. Malheureusement, plus de nouvelles
après deux volumes que je vous conseille chaleureusement. Quand
soudain, un certain Mr Kaugumi se présente à nous avec cette
même dérision du succès et de l'argent. Et oui, derrière
Monsieur Kaugumi se cache la même tête pensante que pour la
série "La Pluie et le Beau Temps" (gage de qualité
s'il en est un). Nous voilà ravis ! Et plus qu'avant encore, l'équipe
se veut à la pointe de la tendance. Jetez vos The Face, et autres
The Wire magazine, ce premier volume de la compilation remet ces vieux
branchés au rang d'has-been ! Mr Kaugumi réuni, au risque
de s'y perdre, la crème de l'electronica rigolo barré, du
hip-hop déviant façon Anticon, de la noise abracadabrante,
du punk folklorique, du rock dépressifs, j'en passe et des plus
fous… Une chose les réunis : ils font quasi tous mal au crâne (!),
mais créent sans complexe, avec une spontanéité débridée.
Quelques noms : DJ Broken Window, Themselves, Old Time Relijun, My Robot
Friend, cLouddead, Lightning Bolt, DJ Rupture, VMW, Why?, Numbers, Th
Ex (même eux), Miss Goulash, Herman Düne (et oui, eux aussi
!), Pulseprogramming, Programme, etc. Bref, du plus connu au plus obscur,
du plus barré au plus pop, du tout machine électronique
(beaucoup) au total folk acoustique (un peu), du plus hype au plus tendance,
Monsieur Kaugumi vient à nouveau de frapper fort, avec une compilation
difficile à écouter d'un trait (du moins la première
moitié, la seconde étant plus posée) - à moins
d'avoir deux cachets d'aspirine à ses côtés - mais
particulièrement charismatique. Après, je ne vois pas trop
comment ils veulent toucher un public "n'écoutant pas forcément
ces musiques là" (un de leur but), car même pour les
initiés, on est tout de même dans le pas facile d'accès
(en dehors des trois ou quatre derniers titres) ! Ceci dit, c'est éclectique,
personnel, rigolo, et il y a de sacrément bons groupes et d'excellentes
surprises, donc tant pis pour les inédits (impossible d'avoir tous
les albums de toutes manières) et pour les quelques groupes qui
n'ont pas trop leur place ici… Bravo Mr Kaugumi, et même si
nous n'aurions pas toujours fait les mêmes choix musicaux, je vous
aime quand même !
[mg]
PS
: merci pour le référencement dans le livret.
|
| |
THE
PREFECTS
"amateur wankers"
(Acute Records/Chronowax)
Jouant des épaules avec Wire, Joy Division, The Slits et les Clash,
The Prefects auraient pu marquer à leur façon l'histoire
du post-punk dès la fin des années 70. Conditionnel oblige
puisque le quatuor, dans l'urgence de l'époque, se dissout rapidement.
Certains, sur les cendres encore chaudes d'un cadavre trop vite calciné,
formeront alors les Nightingales mais ça, c'est encore une autre
histoire. Histoire pour l'Histoire, Acute Records revient, avec cette
première réédition format cd, sur une aventure musicale
digne d'intérêt. Celle de quatre anglais de Birmingham nourris
au punk sauce briques rouges. Piqués aux épingles à
nourrice enragées, des titres comme 'Faults', 'Escort Girls ou
bien le live '625 Lines' libèrent une musique brute et directe
qui n'est pas sans faire penser aux premières heures du punk de
Washington DC. Cependant on sent très vite la formation encline
à sortir du cadre pour proposer des morceaux plus 'arty', plus
expérimentaux comme 'Going Through The Motions' et 'Total Luck'
avec la présence d'un piano ou d'un sax furtif. Les anglais n'hésitent
pas à casser les rythmes et à sortir des guitares au tranchant
bizarre. Aussi 'Bristol Road Leads To Dachau' et ses dix minutes hypnotiques
nous plongent dans une jam acide et noisy relevée par un harmonia
en perdition. 'VD', le morceau préféré de John Peel
(rip) scelle cette virée sonique qui nous fait surtout entendre
ce que le punk devait, doit et devrait être. Une musique honnête,
libre, inventive et bricolée pour un art où la perfection
ne se mesure qu'à la valeur de ses instincts. Les Prefects peuvent
être fiers d'avoir apporté leur pierre à l'édifice
et on remercie Acute pour nous avoir aussi bien rafraîchit la mémoire.
Le passé n'est pas que poussière.
(chRisA)
•••
voir aussi : The Fall, The Slits
|
|
OXBOW
"Serenade in Red"
(ruminance)
Pas étonnant que le label Ruminance ait décidé de
ressortir "Serenade in Red" pour redonner une nouvelle vie à
ce qui fait figure de monument de la musique barrée. Et je vous
garantis que ce ne sont pas que des mots. Il suffit d'écouter cet
album pour se rendre compte à quel point le chanteur vit, ressent
et j'allais dire souffre ce qu'il chante. Et ce qu'il exprime ,ou plutôt
essaie d'exprimer, n'est que douleur, peine, déséquilibre
et mal-être. Quant à la musique, elle est tout aussi tourmentée.
Cyclothymique pour le moins, voire schizophrène, elle alterne passages
très calmes et soubresauts électriques, sérénité
fragile et crise d'angoisse, esquisses de mélodies et convulsions
noise. Complètement déjantés, les morceaux sont imprévisibles
au possible tant l'équilibre psychique du chanteur parait instable.
Carrément inclassable, vous l'avez compris. Sans concessions. Sombre.
Souvent imité mais rarement égalé. Bref de l'Oxbow
dans toute sa splendeur. Eprouvant mais indispensable !
[sullivan]
•••
voir aussi : Jesus Lizard, Melvins
|
| |
AGHAST
/ 1000 TRAVELS OF JAWAHARLAL
"split"
(pure pain sugar - waiting for an angel)
Après une démo qui avait été remarqué
dans le milieu hardcore, les Toulousains d'Aghast reviennent chez PurePainSugar/Waiting
For An Angel, pour ce qui aurait pu être un nouveau volume de la
série "our dreams walking their way". Malheureusement,
ici pas de pochette de folie avec poster dépliant, mais peu importe.
Aghast débuttent donc ce split et nous livrent quatre titres toujours
aussi désespérés, mais avec ce fil mélodique
qui les caractérise bien. Je commence malheureusement à
être fatigué par tous ces groupes au chant hurlé,
très screamo, qu'on voit éclore partout, mais Aghast ont
le mérite de leur faire avec brio et de posséder d'excellentes
guitares. Les fans du genre ne devraient pas faire la fine bouche. Personnellement,
j'accroche plus à leur troisième titre "Medium is the
message", quand le rouleau compresseur se fait plus doux, plus fin,
avec un chant plus mélodique (comme sur "My friend slododane").
Encore une histoire de goût. Et pourtant, les japonais de 1000 Travels
of Jawaharlal, dont on a entendu le plus grand bien, ont beaucoup du mal
à suivre le niveau ! Peut-être une histoire de son car leur
punk-rock souffre d'un bien mauvais mixe. Dommage. Du coup, on a du mal
à rentrer dans ce qui semble être un bon punk-rock, avec
des guitares bien aiguisées et quelques breaks emo… et à
nouveau, je n'accroche pas sur la voix qui manque vraiment d'assise et
de profondeur ! C'est du roquet du début à la fin ! Et c'est
pas vraiment juste en plus… encore une fois, c'est dommage, car
la musique pourrait donner un bon punk-rock entre traditions old-school
et touche plus noisy. Malheureusement le chanteur ne laisse quasiment
jamais la voie libre à la guitare qui lui vole tout de même
quelques passages excellents sur leur dernier titre.
[mg]
|
| |
NICK
CAVE AND THE BAD SEEDS
"Abattoir Blues/The Lyre of Orpheus"
(mute)
J'ai rarement accroché sur le concept de double album, c'est pourquoi
je veux rapidement vous rassurer : cette nouvelle livraison doit davantage
être considérée comme deux nouveaux albums de Nick
Cave sortant en même temps que comme un double album. Ici, vous
ne trouverez donc pas de boursouflures, de redites, de morceaux vite troussés
vite bâclés… "Abattoir Blues " et "The
Lyre of Orpheus" sont finalement les deux côtés d'une
même médaille : l'endroit et l'envers, la lumière
et la ténèbre, le calme et la tempête. Car si "Abattoir
Blues" est orageux, sensuel et sexy, enlevé, rageur, bref
plein de vie et très rock, "The Lyre of Orpheus" est
quant à lui plus calme, introspectif, posé et triste, lorgnant
davantage vers le folk ou la country (à l'exception notable de
"Supernaturally"). Et selon ses humeurs, on ira tantôt
vers l'un ou tantôt vers l'autre… Mais si les albums sont
aussi inspirés l'un que l'autre, j'ai, pour ma part, un net penchant
pour "Abattoir Blues". On sent que les morceaux sont déjà
trés bons au départ mais l'apport de ce chœur gospel
les mène indéniablement plus haut, plus loin et les rend
encore plus beaux.
[sullivan]
•••
voir aussi : Birthday Party, Gallon Drunk
|
| |
BLOOD
AND TIME
"At the foot of the garden"
(neurot recordings)
Projet parallèle à Neurosis, avec entre autre Scott Kelly
(guitariste-chanteur), Blood and Time conserve la noirceur post-apocalyptique
typique de Neurosis mais en l'interprétant d'une manière
beaucoup plus douce. On navigue dans ce que nous pourrions appeler des
chansons, ténébreuses certes, mais loin des explosions de
décibels saturés propre à Neurosis. Ici, c'est la
voix profonde de Scott Kelly, soutenue par quelques notes de guitare acoustique
et une batterie toujours aussi lourde, qui mène cette folk aux
histoires toujours terriblement sombres… Les bougres relégueraient
presque les chansons de Leonard Cohen au rang des musiques festives !
Les purs amateurs de rock'n'roll risquent de s'ennuyer et pourtant, ce
disque, aussi lent soit-il, possède ce qui manque à beaucoup
de groupes aujourd'hui : il est habité, il est profond et il véhicule
des émotions fortes… et, même si l'ensemble peut manquer
de surprise, le résultat est proche de ce qu'on pouvait attendre
de membres de Neurosis.
[mg]
•••
Voir aussi : Neurosis, Leonard Cohen
|
| |
STROMBA
"giddy up"
(3 titres - FatCat)
Stromba est de retour et ce après un hiatus de quatre ans. En sept
minutes 'Giddy Down' se secoue sur un afro (pas affreux) disco. Basse
minimaliste pour déhanchements voluptueux. 'Septic Skank' renifle
la grosse dub jamaïcaine à peine coupée. Ecran de fumée
pour des effluves apaisantes. Avec sa trompette dansante, 'Giddy Up' conclut
sur un titre qui n'aurait absolument pas dépareillé avec
le dernier Spaceheads. Ce 3 titres est donc un amuse-bouche avant la sortie
imminente de leur premier vrai plat de résistance.. Une sorte d'excitateur
de papilles. Indispensable pour soirées club cocktail branchouilles.
(chRisA)
|
| |
MARVIN
"démo 12 volts"
(autoproduction - 3 titres)
Ce trio de Montpellier nous livre un rock sonique simple et sans fioritures
qui a le mérite d'aller droit au but et de fonctionner. Une guitare,
une batterie et un bien joli Korg MS20 créent un rock instrumental
mélangeant énergie noise et mélodies dansantes…
Bon, parfois, ça manque un peu de recherches et ce qui est leur
force devient vite leur défauts (la simplicité, la répétition)
et le serpent aura vite fait de dire d'eux qu'ils manquent d'originalité
et d'inspiration. Mais quand les plans prennent, c'est agréable…
La démarche me rappelle celle d'Aeroflot de Bordeaux. Je me demande
juste si leur musique se suffit en formule instrumentale ? Parfois on
manque un peu de légèreté aussi, rendant certains
breaks trop lourds, mais pour une démo, il y a des idées
qui ne demandent qu'à germer… on verra vers quoi le groupe
se dirigera dans l'avenir.
[mg]
•••
Voir aussi : Aeroflot
|
|
|
AIDAN
BAKER
"At The Base Of The Mind Is Coiled A Serpent"
(le cri de la harpe)
Les fans du cri de la harpe savent à quoi s'attendre.
Les autres sont prévenus : la démarche est hyper aventureuse,
originale et des plus radicales. Cet album (il y a comme quelque chose
qui ne va pas là… comme si le terme ne parvenait pas à
désigner ce dont je parle, comme s'il était trop réducteur)
est composé de cinq longues pistes musicales entièrement
instrumentales, fruits du travail de bidouillage, de manipulation, de
restructuration d'Aidan Baker à partir d'un matériau de
base simple : des sons de guitares. Techniquement, cette sculpture sonore
est véritablement impressionnante. Pourtant, quand on n'est pas
habitué à ce type d'ambient minimaliste poussé à
l'extrême, on se sent un peu démuni, comme si on ne possédait
pas les clés de lecture de cette œuvre planante et hypnotique.
Et au final, on a du mal à ressentir le plaisir que son auteur
a dû éprouver lors de son élaboration.
[sullivan]
•••
voir aussi : les autres productions du cri de la harpe
|
|
STRIKE
ANYWHERE
"To Live in Discontent"
(jade tree)
Strike Anywhere profite du succés de son dernier album, "Exit
English", pour sortir "To Live in Discontent" qui compile
démos, morceaux devenus introuvables et autres surprises. On y
retrouve notamment le ep "Chorus of One" sorti en 2000, un morceau
issu des sessions d'enregistrement pour "Exit English" et trois
reprises. L'une marrante et surprenante d'un morceau de Cock Sparrer et
les deux autres, plus révélatrices, de titres de Dag Nasty
et Gorilla Biscuits.
Si cette compile s'adresse avant tout, bien entendu, aux fans de base
du combo (les autres devraient plutôt commencer par l'album déjà
mentionné dans cette chronique), elle nous donne l'occasion de
voir l' évolution de ce groupe. Car si dans le genre, "Exit
English" faisait preuve d'une certaine originalité et prenait
quelque distance avec des gimmicks punks un poil encombrants, ce que le
groupe a crée auparavant démontre qu'il était encore
très proche de ses influences, comme le prouvent les reprises présentes
sur le disque. Mais l'énergie, l'engagement et la conviction étaient
déjà là. Sympathique tout de même donc.
[sullivan]
•••
voir aussi : Pennywise, Gorilla Biscuits
|
| |
>>
Pour être chroniqué dans cette rubrique, envoyez vos productions
à :
>> If you want to be reviewed here, send
your promotionnal stuff to :
>> Mathieu
Gelezeau & Natasha Herzock
>> 51, rue Paul Vaillant Couturier
- 92240 Malakoff - France
positiverage@hotmail.com
|