www.hydrahead.com

JESU
"s/t"

(Hydra Head)
Auto-passation de pouvoir. Dieu est mort ! Vive son fils ! Godflesh renaît en Jesu sous les yeux d'une Marie dépitée devant la perte du S à la naissance. Cet album ne pourra pas être sanctifié par la main tremblante du Muppet Pope mais rassurez-vous son géniteur a déjà été béatifié par Aaron Turner. Ce fan inconditionnel de la Chair de Dieu doit être aux anges d'avoir sur son autel toute la matière grise, que dis-je, noire charbon, du Sieur Justin Broadrick. Il faut dire que ce dernier n'a pas lésiné. Huit longues pièces d'en moyenne neuf minutes pour faire résonner toute l'obscurité et la lumière d'une machine lourde et implacable. Dans une atmosphère metal ambiant oppressante mais techniquement bien construites avec ses différentes strates sonores, Broadrick déclame ses versets avec lenteur, s'assurant de la force de l'écho dans cette cathédrale musicale à ciel ouvert. En chaman charismatique et visionnaire, il conçoit chaque morceau comme une expérience intense et poétiquement troublante. Tout en s'appuyant sur l'héritage conséquent de Godflesh, Broadrick apporte une touche plus mystique et confère aux plages un caractère plus hypnotiques. Ici les basses sont les Enfers, les nappes synthétiques les Cieux. Entre les deux, les chocs cardiaques de la batterie sourde et lente de Ted Parsons (Swans, Prong et Godflesh). Et puis, au détour de quelques souffles, ces vocaux à l'amplitude quasi-angélique. Bref il y a bien quelque chose de religieux dans cet opus. Avec le temps, on aurait pu imaginer un Justin Broadrick moins tourmenté, moins jusqu'au-boutiste. Que nenni ! Jesu n'est qu'une autre belle étape dans une quête sans fin. Alleluia.
[chRisA]

••• Voir aussi : Godflesh

 

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NATSAT
"Angle"

(Space Patrol)
Souvenez-vous, il y a quelques années, un petit groupe sortait coup sur coup 3 EPs sur les traces de certains phénomènes noise français (Prohibition à leur début, puis Bastärd par la suite). Puis le groupe se sépare… 6 ans après, Sylvain Jegorel, seul membre originel, revient avec deux nouveaux comparses pour ce premier album. Nouvelle formation, nouvelle orientation. Natsat a définitivement mué vers un postrock pur souche. Les sons sont beaux, les ambiances feutrées, les harmonies délicates, tout est là pour faire de ce Angle un pur produit postrock… On retrouve un peu (beaucoup) de Tortoise ici, un peu des derniers pas de Prohibition là… pas franchement révolutionnaire, mais le résultat entier s'ouvre, beau, délicat, et envoûtant. Certains arpèges de guitare sont superbes… malheureusement, tout cela se répète rapidement, sans vraiment de relief, au risque d'ennuyer sur la longueur. A force de jouer avec les ambiances et la subtilité, on en perd l'émotion et l'auditeur. C'est le problème d'un style qui, s'il surprenait lors de ses premières apparitions, s'est vite essoufflé à cause de tous ces défauts inhérents à son concept même. Pourtant, Natsat sait y faire, et n'hésites pas non plus à lâcher pour la forme quelques montées noisy, mais rien à faire, ce disque aura du mal à sortir d'un cercle d'amateurs de pur post-rock feutré, car rien ici ne sort de cette logique. Et c'est ce que je reprocherais à ce disque qui reste, au demeurant, très agréable.
[mg]

••• Voir aussi : Tortoise, Prohibition, New Wet Kojak, Dianogah

 

www.noidearecords.com

GLASS AND ASHES
"Aesthetic Arrest"

(No Idea)
Gueule de requin, mâchoire ouverte, sur la pochette, logo de No idea au dos, ce disque annonce la couleur ! Avec une telle entrée en matière, Glass and Ashes devrait envoyer du gros son, de l'énergie chaotique et de la mélodie imposante. On est en plein dedans. Les décibels vous agrippent la gorge et vous plaquent contre le mur ; le grand requin blanc n'a plus qu'à vous régler votre compte pendant que les piranhas, plus fourbes, viendront jouer avec vos orteils. Interdit aux âmes sensibles, Glass & Ashes, s'ils frappent largement en dessous de la ceinture, méritent le soutien de No Idea car il répond exactement aux exigences du label de Hot Water Music : violence héritée d'une certaine branche du hardcore (voix), sens de la mélodie poussée, et cette approche tout à fait moderne, dû notamment à une guitare chaotique et maléfique qui n'hésite pas à titiller vos nerfs… C'est à mon avis cette guitare qui permet à "Aesthetic Arrest" de dépasser sa brutalité basique — due principalement au chant, trop virile — qui aurait pu nous faire décrocher. C'est elle qui évite au requin de s'échouer lamentablement sur la plage… Elle encore qui joue son rôle de piranha pendant que le chanteur fait son pitbull ! Et c'est pour elle, en premier lieu, que nous vous conseillerons cet album.
[mg]

••• Voir aussi : Plane Mistaken for Stars, Yaphet Kotto, Torches to Rome


MATT ELLIOTT
"Drinking Songs"

(ici d'ailleurs)
The Third Eye Foundation est mort, vive Matt Elliott ! La mue débutée avec "The Mess We Made" (sorti chez Domino en 2003) se poursuit avec ce nouvel album. En quittant son ancienne peau, notre anglais a également laissé derrière lui ses penchants électro-drum'n bass. Seul le superbe "The Maid We Messed", perle de plus de 20 minutes qui clôt "Drinking Songs", est là pour rappeler son ancienne vie. Car Matt Elliott a désormais décidé d'émouvoir avec simplicité, sobriété. Et ça fonctionne, madame. Magnifiquement même. Doucement, par petites touches, le natif de Bristol parvient à créér ses ambiances tristement belles, joliment poignantes. D'abord, un petit air de piano, puis un violon mélancolique qui va et vient, puis une voix, ou plutôt une complainte que l'on entend au loin. Même si un accordéon ou une guitare prennent parfois le relais, le minimalisme reste de mise pour ces chansons d'ivrogne qui veulent noyer leur chagrin. Des ivrognes qui carburent visiblement à la vodka car, au travers de ces choeurs quasi mystiques, c'est bel et bien un vent slave qui souffle sur cet album et son folk dépouillé. Un folk hypnotique et touchant, sombre et enivrant. Dont l'âme est hantée par des fantômes. Santé !
[sullivan]

••• voir aussi : Third Eye Foundation

 

www.poney-club.org

PONEY CLUB
"gusty winds exist"

(Poney Club / Noise Digger)
2003. "A Six Stock Speeches". Une précieuse découverte. 2004. L'attente. 2005. Le plaisir et la joie d'écouter la suite des belles constructions sonores de ces orléanais, travailleurs sérieux et méticuleux. Evolution logique : les dix nouveaux titres offrent tout d'abord un bien meilleur son. Ils brillent ensuite d'une audacité dans l'écriture et d'une grande maturité dans l'aboutissement de leurs desseins. Riche en subtilités, leur univers instrumental ouvre forcément sur de larges horizons. Il serait donc trop simple de dire qu'il pointe vers des constellations canadiennes bien connues ou vers les bords du Lac Michigan ou bien encore vers les landes sauvages et perdues chères à Mogwai. Non, "gusty winds exist" c'est une peu tout ça et autre chose. L'album étale une belle collection de polaroïds développés au gré des sautes d'humeur de leurs réalisateurs. Collage bigarré. Fragments d'émotions. Mosaïque sonore. Aux quatre vents, les pistes se brouillent. Dans ce grand souffle inspiré, l'unité n'est pas toujours de mise et constitue quelque part une faiblesse. Là où autrefois une certaine mélancolie servait de fil conducteur, ici l'imprévu et la spontanéité prévalent. Le groupe tranche souvent dans le vif en proposant des breaks nets et des cassures déstabilisantes ('Brrussels' et 'Bullcat'). D'autre part l'intelligence et la sensibilité des compositions ont pour dénominateur commun une poésie certes muette mais toujours palpable et généreuse ('Wisteria' et 'Sand'). Cet album vous garantit une bonne bouffée d'air. Laissez-vous emporter.
[chRisA]

••• Voir ausii : Mogwaï, Do make say think, Godspeed You Black Emperor, Explosion in the Sky

 

PITCH BLACK
"This is the modern Sound"

(Revelation)
Voilà bien longtemps que Revelation, malgré le nombre de sorties à son actif, ne nous avait pas habitué à un disque de ce calibre. Car, si Pitch Black jouait autrefois un hardcore de seconde division, le groupe a depuis dû se prendre une énorme claque à l'écoute des albums de Hot Snakes, puis par la même occasion redécouvrir le rock sixties ! Et dès le premier morceau de l'album, on navigue bien dans les mêmes eaux qu'Hot Snakes : punk rock'n'roll direct et noisy survolé d'une voix qui lorgne plus que franchement vers le pourtant inimitable Rick Froberg (Drive Like Jehu / Hot Snakes). Si l'originalité en prend un coup, ces petits paramètres placent tout de suite le disque dans la pile des recommandés. Le passé hardcore du quatuor donne une bonne dose d'excitants personnalisés à leur compos pendant que la présence discrète d'un clavier accentue leur penchant rock sixties dansant. Au final, malgré quelques titres en dessous, et un album qui s'essouffle sur la longueur, l'ensemble renferme quelques pépites ("Tonopak", "Toothcutter", "Lovelock"...) qui devrait permettent à cet album de séduire tous les amateurs du style. Bel exercice de style.
[mg]

••• Voir aussi : Hot Snakes, The Wipers, the Sultans

 

V/A
"DFA #2"

(dfa)
Tu aimes la musique électro mais ton vécu de punk-rocker fait que tu culpabilises quand tu en écoutes ? Alors DFA est fait pour toi ! Plus besoin de se cacher grâce à ce label créé par un binôme dont un ex-punk-rocker. Et voici une compilation de 3 cds, rien que ça, pour découvrir leur travail. Ecléctique, forcément. Les groupes présents représentent différentes tendances de l'électro. Les plus intéressants sont les délirants J.O.Y. très influencés no-wave (l'un des membres du groupe est d'ailleurs un ex-Boredoms), The Rapture qui mixe rythmique électro, noisy-pop psychédélique à la Quickspace et même, parfois, feeling disco et enfin Pixeltan, avec son approche plus débridée et punk. Et, ici ou là, on croise les fantômes de The Make Up et son gospel yéyé ou de Radio 4 dans certaines parties de batterie ou lignes de basse. Comme d'habitude avec ce genre de compiles, l'ensemble est vraiment hétérogène et tout n'est pas forcément digne d'intérêt. D'ailleurs, le cd 3 est bien le plus abouti : il s'agit d'un mix énergique de morceaux de groupes du label par les deux boss de DFA. Par contre, la démarche est clairement intéressante. Ne serait-ce que pour prouver que l'électro peut être inventif, anti-conformiste et sortir des sentiers battus...
[sullivan]

 

ELECTRIC TURN TO ME
"clouds move so fast"

(no quarter)
Après la séparation de Laddio Bolocko, voici donc le groupe dans lequel nous pouvons retrouver Marcus Degrazia (clavier) et Blake Fleming (batterie)… Malheureusement, les fans du gang de New-York risquent de ne pas vraiment se retrouver dans ces 5 titres indie au chant féminin très présent. Pas que ce disque soit mauvais en soit, mais l'ensemble manque de cran ; on était en droit d'en attendre plus de la part du batteur de feu-Dazzling Killmen ! Electric Turn To Me travaille une musique sombre qui a du mal à se placer entre new-wave accessible et leurs racines plus pointues… Il en ira de même pour l'auditeur qui risque d'avoir du mal à rentrer dans ce disque. Il y a pourtant de bons passages mais, si la voix féminine peut agacer certains, et c'est mon cas, c'est bien ce manque de prise de position qui perturbe… Les amateurs de pop new-wave préféreront les maîtres du style qui ne craignent pas la facilité, tandis que les puristes en manque de Laddio Bolocko se sentiront complètement perdus par ce manque surprenant de déviance ! Dommage…
[mg]

 

www.enregistreparstevealbini.fr.st

ENREGISTRE PAR STEVE ALBINI
"the ephemera's worship"

(autoproduit)
Dans la série des noms de groupes à rallonges, avouez que celui-ci est vraiment original. Il montre aussi que ces strasbourgeois ne manquent pas d'humour. Côté musique, c'est du sérieux. Un sax lâché dans des ambiances post-rock toujours prêtes à virer au free à chaque fois que l'envie s'en fait sentir. Des textes réalistes en français ou en anglais. Une voix emo bien dans la tradition nineties. Une section basse/batterie super puissante et totalement efficace. Un son riche et ample à faire rougir tous les débutants. Une inspiration, une envie, une liberté et une vision musicales rarement atteintes pour une première démo. Ces cinq titres possèdent une force qui les rapprocherait de celle d'un Sweep The Leg Johnny, d'un Prohibition et d'un Ground Zero (en un peu moins barjo tout de même). Sans prétention mais avec les meilleures intentions, le quatuor maîtrise et libère dans une créativité qui fait vraiment plaisir à entendre. Mention spéciale au morceau 'je sourirai sur une autre danse'...excellent ! A suivre donc et surtout à soutenir dès maintenant.
[chRisA]

••• Voir aussi : Sweep The Leg Johnny, Prohibition, Ground Zero, God is My Co-Pilot

 

www.idem-kzfp.com

IDEM
"aérobiose 2"

(Kéim Zo Fed / Mosaic Music)
Dubindusambientrocknoiselectronicandgroovysounds. Rien que ça ! Qui dit mieux ? Pour un groupe qui souhaiterait ne pas rentrer dans les cases établies des fédérations de vente de disques, un catalogue aussi exhaustif peut prêter à sourire. Actif depuis 99, le trio, originaire de Saumur, sort un deuxième album qui, on s'en doute, ratisse un peu plus large. L'accessibilité comme un risque à double tranchant. Celui d'y perdre son âme. Celui de glisser aussi vers des sonorités banales. Le groupe n'approche même plus l'esprit de Hint et encore moins celui de Scorn. Idem fait du Ez3kiel et pond dix titres sans idées fortes et sans personnalité dans le son. Pour chaque morceau ou presque, on a le droit à deux, trois plans mis en boucle. On met des samples de voix ou on invite des gens qui parlent pour faire passer le temps. Ah on imagine bien la grosse artillerie technico-visuelle qui peut accompagner ces morceaux sur scène. Des images comme de la poudre aux yeux car la musique au final est tout à fait convenue et dépourvue d'émotions en tout genre. On a connu la formation plus affûtée pour rendre un dub-electro-rock plus intéressant.
(chRisA)

••• Voir aussi: Ez3kiel

 

NEDELLE
"From The Lion's Mouth"

(Kill Rock Stars)
Je ne sais pas pourquoi mais je sens que vous êtes allés un peu vite en besogne. Je vois le tableau d'ici : vous avez vu "Kill Rock Stars" et là, vous vous êtes dits : Unwound, Bikini Kill, Free Kitten, Universal Order Of Armageddon… et vous avez commencé à avoir des souvenirs rocks plein la tête ! Mais vous faisiez fausse route. Nedelle est en effet à 1000 lieues de tout cela. Point de rock ici, et encore moins de noise. Non, cette sage demoiselle a plutôt un penchant pour ce qui est calme. Entre pop et jazz, ses ballades font la part belle à sa jolie voix, très mise en avant, soutenue par une instrumentation toujours très mélodique et dépouillée : une petite ligne de piano par-ci, une guitare acoustique par-là, des cuivres discrets ailleurs… C'est agréable, on ne peut le nier, reposant, à défaut d'être réellement excitant. Les inconditionnels du label vont être un peu surpris. Cela prouve en tout cas que Kill Rock Stars prend des risques et aimerait peut-être ouvrir un peu les esprits.
[sullivan]

 

 

 

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