www.kythibong.org

ROOM 204
"Trans Panda"

(effervescence)
Comme le représente merveilleusement la pochette, c'est avant tout sur scène (ou devant, puisque, comme leurs amis de Chevreuil, le duo joue dans le public) que la musique de Room 204 prend forme. Une fois couché sur disque, les titres ne s'en sortent pas trop mal non plus mais le manque d'émotions se fait plus sentir. L'enchaînement de combinaisons mathématiques qui a fait la force de Don Caballero se retrouve donc ici avec autant d'émotions qu'un cours de sciences physiques… Et pourtant, la chambre 204 n'est pas du style à intellectualiser son approche. C'est même ce qui différencie le duo de ses grands frères, jamais bien loin, de Chevreuil. Comme eux, Room 204 vient de Nantes, comme eux, le duo se compose d'une guitare et d'une batterie et comme eux le groupe explore un mathrock instrumental… désolé pour la comparaison, je suis sûr que le groupe doit en avoir plein le dos de cette affiliation à Chevreuil, mais elle était obligatoire et au moins c'est chose faite. Mais là où Room 204 prend les devants, c'est justement quand il s'agit de sortir le poignet de force, ranger les disques de jazz de papa et enfin ouvrir les portes au rocker qui sommeille en eux. C'est encore plus visible en concert où la dimension humaine prend de l'envergure, mais la force de Room 204 est bien là : ne pas partir trop loin, rester dans le domaine du rock et de l'énergique, les deux pieds bien sur terre… Alors, les changements de structures et de rythmes sont toujours suffisant pour vous donner mal à la tête, mais avec ce disque les deux sauvageons risquent bien de passer pour des metalleux au pays des jazzeux, et c'est ce qu'on aime ! Et c'est aussi ce qui fait la force de leurs idoles, de Oxes à Shellac. Joli coup les pandas !
[mg]

••• Voir aussi : Chevreuil, Shellac, A Minor Forest, Ocre, Oxes, Don Caballero

 

www.subpop.com

www.threegutrecords.com

CONSTANTINES
"s/t"
(Sub Pop)
Grâce à leur talent, grâce au label de Seattle et grâce à un album impeccable en 2003 ("You Shine a Light"), ces canadiens sont sortis de l'anonymat. Une mise en lumière tout en progression et complètement méritée. Flashback. Sub Pop endosse la réédition et brandit avec fierté ce disque enregistré fin 2000. Ces treize titres qu'une fine couche de poussière aurait malheureusement condamné à une confidentialité injuste et frustrante. Les bases de l'emo rock de ces gars de Toronto sont donc là. Guitares fines, arpèges ciselés et voués à rendre chaque titre mortellement mélodique. Un songwriting éblouissant d'une fausse facilité et de vraies émotions. Une musique tellement classe qu'elle en devient étrangement intemporelle. Beaucoup de titres nous confirment qu'ils ont grandis sous l'influence des feux sonores de Washington DC mais le quatuor (désormais quintet) y a tout de suite mis une petite touche blues ('Hyacinth Blues') et folk ('Saint You'). Sur ce premier enregistrement, la justesse du tir est remarquable. D'une précision et d'une rigueur touchantes, il prête d'emblée une entité musicale d'une grande crédibilité au groupe. Sous l'impulsion du timbre de Bry Webb totalement investi dans ces paroles, les chansons font bloc et ont ce pouvoir d'interpeller l'auditeur. De lui glisser à l'oreille que tout ça n'est pas juste que du divertissement. La séduction d'un rock adulte, déterminé, engagé et à 100% engageant.
(chRisA)

••• Voir aussi : Fugazi, Joe Strummer, Bruce Springsteen

 

31KNOTS
"The curse of the longest day"

(own records)
Après deux albums sorti par l'excellent label 54°40 or Figth!, l'ovni de portland revient avec un maxi 5 titres toujours aussi déstabilisant sur le petit label luxembourgeois Own records. Pour ceux qui n'auraient jamais croisé cette bande d'extra-terrestres, décrire la musique du trio n'est pas chose aisée. 31Knots est de ces groupes que l'on adore ou que l'on déteste tant ses choix sont marqués ; de ces groupes que la critique encense devant tant d'ingéniosité, mais qui ne connaîtront jamais le succès pour ne pas composer de chansons à proprement parlé. Etranges musiciens anachroniques, on imagine les trois de 31Knots en membres d'un vieux groupe progressif des années 70 décidés à remonter, 30 ans après, le meilleur groupe de pop psychédélique à ce jour… Malheureusement, les trois ont été transpercé par la vague noise et l'influence vient détruire toute mièvrerie, gage de gloire et beauté. Le résultat est psychédélique, compliqué, émotionnel, et possède cette petite pointe de génie qui rend le groupe unique. Rythmique sinueuse, chant maniéré, guitare hésitante entre arpèges pop décalés et noise angulaire… quelque part, la démarche du groupe n'est pas si éloignée d'un Mars Volta, mais les ingrédients d'origine diffèrent. Le groupe n'a toujours pas compris que le chemin le plus rapide entre deux points est la droite. Pour eux, il est bien plus amusant d'en faire le tour trois ou quatre fois avant de se décider si ils vont prendre à gauche ou à droite… il sera bien assez temps de retrouver le second point par la suite ! Et le pire, c'est que le groupe arrive au sein d'un petit 5 titres a vous faire danser (the story of Ivan Normal), vous perdre (souvent), vous bercer (The Corpse & the Carcass et son piano, la fin de Coward with claws), vous attaquer les conduits auditifs (Welcome to Stop, les explosions de The Corpse & the Carcass), ou se faire passer pour des poètes (les 5 titres)… Toujours aussi énigmatique, mais tellement jouissif.
[mg]

 

www.chairkickers.com

LOW
"The Great Destroyer"

(Rough Trade / Sub Pop)
Je suis entré dans l'univers de Low via l'excellent "Things We Lost In The Fire". Album d'un calme inquiétant et d'une mélancolie poétique troublante. D'ailleurs certains de ces morceaux ont magnifiquement contribué à rehausser les images de Tarnation, le film-document de Jonathan Caouette. "Trust", leur avant dernier album, n'avait rien produit chez moi. Cardiogramme plat. Décevant. Mais voilà que "The Great Destroyer" affiche d'autres ambitions. Des sonorités rock (voire noisy parfois) plus prononcées. Un entrain mélodique plus marqué… comme si un nouveau souffle frais et vif avait balayé les plaines perdues de leur Minnesota d'origine. Les morceaux resplendissent de couleurs si différentes qu'elles confèrent à cet indie rock intimiste un caractère beaucoup plus imprévisible. La guitare n'est plus aussi introvertie ('When I Go Deaf', 'Everybody's Song' et 'California') mais elle se fait toujours aussi touchante lorsque viennent se plaquer les superbes harmonies vocales de Mimi Parker et Alan Sparhawk ('Silver Rider', 'On The Edge Of' etc.), véritable marque de fabrication du groupe. Le trio mise toujours sur une profondeur harmonique de bon aloi. Avec ce soucis de peaufiner chaque idée, Low s'éloigne ici d'un minimalisme autiste et ouvre ses compositions aux rayons d'une créativité plus aventureuse. Low est un groupe vraiment atypique et signe à nouveau un album réussi. Let's get high on it !
(chRisA)

 

EXSONVALDES
"time we spent together"

(noise digger)
Entre le retard que le groupe a mis pour m'envoyer son disque, et mon retard légendaire pour me mettre à le décortiquer, voilà que la chronique tombe quasiment un an après sa sortie ! Quelle honte ! D'un autre côté, cet album a reçu une bonne couverture, et c'est assez logique vu sa qualité. Parti d'une pop maniérée pas si loin d'un Pinback, le groupe parisien a recentré le tir vers une approche plus grand public encore et sort ici un album digne des travaux pop de Radiohead, sans le côté expérimentation des anglais. Et malgré l'aspect particulièrement formaté qui peu devenir désagréable, le groupe s'en sort particulièrement bien. Cette nouvelle orientation, un poil trop lisse pour moi leur réussi pourtant particulièrement. Les morceaux glissent, sans accrocs, pas un mot plus haut que l'autre, avec un sens de la mélodie assez pointu. On aurait apprécié un peu plus de vagues, d'humeurs plus contrastées et de chemises un peu moins bien repassées, mais je dois avouer que les choix fonctionnent… Avis aux amateurs de pop lisse et bien éduquée, cet album devrait vous séduire.
[mg]

••• Voir aussi : Radiohead, Girls in Hawaï

 

www.revok.fr.st

REVOK
"Biocarbon Amalgamate"

(autoproduction)
En dehors de l'extrait de la genèse qui fait office de bio, et le nom des titres ("evil won"t…", "aide-moi à naître" ou "revok is supplied by the martyr's blood") qui nous rappelle l'imagerie des groupes metal mystiques, et qui nous fait donc forcément peur, et bien ce nouveau groupe possède de quoi retenir notre attention. En effet, oubliez cette imagerie ennuyeuse et vous découvrirez une musique qui, quand elle ne se perd pas dans les clichés emo/screamo, renouvelle justement le style en le mêlant à des éléments bien plus noise. Et ce n'est pas un hasard puisqu'on retrouve au sein de ce groupe un mélange étonnant entre des membres de Belle Epoque (emo Amanda Woodward style), Gameness (screamo) et Goo Goo Blown (pop). Et ce mélange fonctionne… Je suis notamment touché par toutes les parties musicales qui creusent le sillon d'une noise rageuse et émotionnelle, avec une guitare qui n'hésite pas à triturer vos nerfs comme je l'aime. J'accroche moins sur le chant qui nous replonge dans l'emo/screamo DIY typique (notamment sur les 2 premiers titres). C'est d'autant plus dommage que musicalement, le groupe arrive à poser une passerelle entre cet emo touchant et une noise plus perfide. L'instrumentale "Aide-moi à naître" en est le parfait exemple : ligne emo typique, à en faire pleurer les emo kids, petit à petit couverte par cette vague de guitare saturée… et un basse-batterie solide qui tourne et tient la barre idéalement. Quand le chant revient sur "Sediment", il évite le cliché screamo pour transformer l'ensemble en une noise rythmée et légèrement dégénérée… Je préfère. Le disque finit d'ailleurs en confirmant définitivement son penchant avec un basse-batterie quasi-Shellac-ien, et un morceau de clôture qui sent bon le Jesus Lizard, du moins musicalement ! Bref, avec ce premier disque, ce groupe de région parisienne montre de jolis atouts et notamment celui de faire se rencontrer une culture emo et l'héritage d'un label comme Amphetamine Reptile par exemple. Tant mieux.
[mg]

••• Voir aussi : Amanda Woodward, Jesus Lizard

 

 

 

 

 

 

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