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THE
EVENS
"s/t"
(dischord)
Profitant de la mise en veille de Fugazi, Ian Mackaye retrouve une nouvelle
jeunesse aux côtés d'Amy Farina (The Warmers) avec qui il
fonde ce duo étrange et décalé qu'est The Evens.
Célèbre pour ses poussées hardcore émotionnelles
et sa grande contribution aux grandes lignes de l'histoire du punk américain,
l'homme que l'on retrouve derrière le label Dischord s'ouvre ici
à un autre volet de la musique indépendante. The Evens nous
livre un premier album de pop minimaliste et instable qui, passé
la première surprise, s'avère vite convaincant. La batterie
typique d'Amy Farina, apporte un aspect minimaliste et parfois enfantin
aux titres de cet album. Loin d'être un défaut, c'est une
particularité inhérente à la personnalité
du duo. De son côté, Ian Mackaye, s'il choisit de susurrer
plus que de hurler, n'est pas si loin de ce que nous connaissons de lui,
notamment sur les derniers albums de Fugazi… Lignes de chant reconnaissables,
mélodies de guitare (bariton dans The Evens) typiques… Si
l'emballage diffère fortement, le fond reste bien le même.
"All these Governors" aurait pu se retrouver sur le "Instrument"
de Fugazi sans dépareiller, tout comme les textes qui semblent
tout droit sortis d'un livret de Fugazi. L'alternance de chant masculin
/ féminin prend une part importante des compositions, transformant
ce qui aurait pu devenir monotone en une réussite délicate
et pleine de tendresse. Certains risquent bien entendu d'être déçus
par la simplicité de cet album, et sa définitive orientation
calme, mais l'écoute des quelques tubes, entre rythmes entraînants
et spleen agréable, de "Mt Pleasant isn't" à "On
the face of it" devrait remettre tout le monde d'accord. The Evens
ne deviendra jamais culte, mais il prouve qu'après plus de 20 ans
d'activités au sein de groupes mythiques (Minor Threat, Fugazi,
Embrace, Teen Iddles, etc.), Ian Mackaye arrivent encore à pondre
des albums d'une simplicité et d'une humilité incroyable.
Le résultat touche juste, sans jouer les gros bras ni les génies,
sans être la nouvelle révélation à ne pas louper,
sans maquillage, et en s'offrant même le luxe d'une pochette assez
lamentable graphiquement. Ce nouveau projet nous présente simplement
un duo dont les voix et les sensibilité se marient à merveille,
un duo sincère et émouvant, qui vient nous susurrer à
l'oreille des histoires toutes plus touchantes les unes que les autres…
rien de plus, mais cela fait du bien.
[mg]
•••
voir aussi : Fugazi (notamment "instrument"), Warmers, Swell
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MISS
GOULASH
"karaoke karate club"
(ektic)
Si la sortie de ce premier album de Miss Goulash ne peut qu'avoir un goût
amer du à l'absence de l'un de ses membres fondateurs parti trop
tôt, nous ne pouvons bouder notre plaisir de retrouver l'orchestre
lyonnais dans toute sa splendeur. Petit rappel des faits : en 1999, Gilles
Laval (Parkinson Square / Chef menteur) réunit quelques musiciens
venus d'univers différents pour travailler, improviser, avec Fred
Frith en guest star un moment, puis seuls… La rencontre a donné
naissance à Miss Goulash, groupuscule de 8 personnes souvent déjà
actives dans la scène lyonnaise puisqu'on retrouve au sein du groupe
la basse des Bananas at the Audience, le chant de Kabu Ki Buddah, l'ancien
violon de Plod, ainsi que des musiciens venus d'autres univers (Cube,
Sunnymoon, etc.). Le résultat puise allègrement dans la
musique de l'Est, la noise, le jazz et le free-jazz, le rock progressif
et bien évidemment le rock à tendance angulaire. On passe
ainsi de l'énergie animale du rock aux structures les plus déstructurées.
Madame Goulash sent bon la mixité… Mixité des sons
(basse, clarinette, violon, batterie…), mélange des cultures
(les cuivres et violons rappellent l'Est de Kusturica, la basse et le
chant l'énergie urbaine, la pochette renvoie à l'Asie…),
et comme je le mentionnais précédemment partouze des styles…
Miss Goulash a la classe des Bâtardes ! Et plutôt que de se
perdre dans une fusion que nous laisserons aux années 80, la Miss
crée son univers, délicieusement décalé mais
concret, abracadabrant, mais définitivement punk ! Car il ne faut
pas l'oublier, derrière ses airs complexes, Miss Goulash n'est
jamais aussi captivante que quand elle joue les rockeuses avec des chansons
déglinguées mais entraînantes. Un bel exercice de
jonglerie qui séduira, malgré quelques lâchées
de quilles ennuyeux, les amateurs d'innovation contrôlée
et de musique de l'Est. Un joli clin d'œil à Guillaume Quemener
(Happy Anger / Plod / Miss Goulash) dont l'ombre plane sur le disque grâce
à Nico Poisson (Ned), Gilles Laval (Parkinson Square) ou Nico Matagrin
(ingé son des Happy Anger)…
[mg]
•••
Voir aussi : Emir Kusturica and the No Smocking Orchestra, Mr Bungle
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TREVOR
DUNN'S TRIO-CONVULSANT
"sister phantom owl fish"
(Ipecac)
Plus souvent connu comme le bassiste de Fantômas et de Mr Bungle,
Trevor Dunn s'affiche à nouveau aux côtés de Ches
Smith (batterie) et Mary Halvorson (guitare) pour laisser libre cours
à ses amours jazzy...au sens large. Délaissant sa basse
pour mieux s'arc-bouter sur sa contrebasse, notre bonhomme fait exploser
tous ses talents de musicien et de compositeur. On le sent à l'aise
dans cet univers musical où se côtoient merveilleusement
l'avant-garde rock et le jazz aventureux avec ses figures free-style.
Souvent saupoudrées d'éclats metalliques ('Liver-colored
Dew' et 'Dawn's Early Vengeance' en autres), les morceaux se construisent
sur une alchimie instrumentale qui ne brille pas que par ses qualités
techniques. Les pièces ont souvent cette âme nécessaire
pour révéler des émotions fortes. J'en veux pour
preuves l'excellent 'Specter of Serling' et ses envolées guitaristiques
jubilatoires, le très beau 'The Single Petal of a Rose' avec sa
harpe apaisante, l'envoûtant 'She Ossifies' au calme pénétrant
ou encore le jovial 'I'm Sick' une 'reprise' de Duke Ellington. Les premières
écoutes sont certes difficiles pour tout indécrottable du
rock que nous sommes mais elles laissent filtrer une forte envie de revenir
sur chaque titre pour mieux les comprendre et mieux capter ce qu'ils ont
à nous dire. Suffisamment complexe tout en gardant une accessibilité
certaine, cette œuvre est tout sauf singulière et ennuyeuse.
Non conformiste, elle respire l'élégance. Elle met aussi
en avant une vision artistique qui n'aurait pas dépareillée
sur le label de John Zorn. Ipecac ou le pendant de Tzadik ? Quand
la liberté s'associe au plaisir ! Fuck monoculture !
(chRisA)
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NICK
CAVE AND THE BAD SEEDS
"B-sides and Rarities"
(mute)
Il y a vraiment à boire et à manger dans ce coffret. Je
sais, l'expression est galvaudée mais, en l'occurrence, elle est
vraiment appropriée à cette nouvelle fournée de Nick
Cave. Jugez-en plutôt : 3 cds. 56 chansons. Des faces B de singles,
des reprises, des instrumentaux, des originaux jamais publiés.
Le tout s'étalant de 1984 à 2004. De la fin de Birthday
Party jusqu'à nos jours. Une mine pour les fans qui vont plonger
dans ces 20 ans et s'y perdre pour découvrir quelques magnifiques
pépites. Les autres? Ils risquent de se retrouver un peu perplexe
devant cette montagne qui ne propose ni plan ni réel fil conducteur.
Et pourtant, cette mosaïque représente fidèlement ce
que Nick Cave et les Bad Seeds a pu être : un groupe aux multiples
facettes. Aussi bien attiré par le folk traditionnel que le blues
sombre en passant par la soul ou le rock sale et sensuel. Quant à
l'objet, il est aussi joli que sobre : noir avec lettrage argenté.
[sullivan]
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THE
PLOT TO BLOW UP THE EIFFEL TOWER
"Love in the Fascist Brothel"
(revelation)
Derrière un apparat douteux de provocations largement dépassées,
ces gars de San Diego nous balancent là un punk chaotique et émotionnel
ma foi bien attachant. Furieux, bruyants, chaotiques et mélodiques
à la fois, le groupe arrive à mélanger dans cet album
l'expression directe du punk aux crises épileptiques de riffs maniaques…
le son, volontairement brouillon et saturé, accentuant l'étrange
agressivité noise de ces provocateurs. L'approche semble définitivement
plus directe et violente que sur leur précédent album, paru
en 2003, rendant l'attaque, d'autant plus efficace, même si certains
titres ont tendance à se perdre. Je ne reviendrais pas outre mesure
sur leurs délires satiriques liés au troisième reich
(avec des titres comme "Reichstag Rock", "Rattus über
Alles", ou "Lipstick SS", et un graphique liant imagerie
nazie et détournement extravagants), même si celui-ci fait
partie intégrante du concept de cet album. Je sais que certains
ont été dérangés par cette provocation…
Personnellement, je trouve cette tradition punk dépassée
mais la satire étant largement visible, je n'y vois aucune ambiguïté,
d'autant plus vu les origines juives et les positions clairs des membres
du groupe. A chacun de se faire son avis. Une chose est sûre, cet
album peut rapidement faire mal à la tête, épuisé
l'auditeur par un manque de renouvellement, il n'en reste pas moins un
bon remède contre le sommeil, et une bonne petite claque d'agressivité.
Quand on n'en attend pas plus, les 24 minutes de cet album font leur effet.
Ils ont beau vouloir détruire la Tour Eiffel, leur visa pour la
France est accepté.
[mg]
••• Voir
aussi : Arab on Radar, Blood Brothers
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LANDSCAPE
"one"
(autoproduit)
There must be something that we can do against them…?! Une phrase
comme un leitmotiv. Comme une raison de vivre. D'espérer. Comme
l'ossature d'un concept puisque chaque mot de cette phrase est le titre
d'une chanson. Essentiellement instrumental (les voix sont traitées
plutôt comme un 'instrument' réhaussant le côté
harmonieux), cet album s'effeuille avec un romantisme mélancolique
et une poésie volatile douce-amère. En paysagiste sonore
créatif, Landscape compose à partir d'éléments
simples (piano, Fender Rhodes, organ) qui confèrent une touche
faussement minimaliste. Is less better? Sur les traces d'un Sigur Ros
ou encore d'un Mogwai toujours en plein quête, le groupe exploite
à fond le détail et cherche l'ultraprécision. Il
caresse les silences pour souvent mieux laisser évoluer chaque
morceau vers leur point le plus beau et le plus émouvant. D'une
grande générosité, "One" souffle la vie
et aurait presque des allures d'un parcours initiatique. Elaboré
avec soin, jusque dans son graphisme, il étonne aussi par sa maîtrise
sonore. Landscape est une formation française née des cendres
de The Misadventures Of.... Elle est à présent le catalyseur
d'images musicales qui poussent dans la tête en ébullition
de Guillaume de Chirac, un compositeur exigeant et rigoureux qui s'est
entouré du batteur d'Overhead, Cyril Tronchet et de Richard Cousin,
bassiste sur le dernier album de Sébastien Schuller. Ceci explique
peut-être cela... "One" ouvre tellement d'espace et laisse
tellement de place aux émotions que vous aimerez sans doute vous
y perdre aussi. Réussite !
(chRisA)
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voir aussi : Radiohead, Sigur Ros, Mogwaï
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V/A
"Le Nouveau Rock'n'Roll Français"
(V2/Chronowax)
Rarement aura-t-on fait nom plus débile et pochette plus hideuse.
Le pire étant qu'en lieu et place de nouveau rock'n'roll français,
nous avons surtout affaire ici à toute une hype de groupes français
pillant allègrement les années 60, 70 et 80 ! Bref, une nouveauté
qui ne bernera que les moins de 20 ans ! Ceci étant dit, on retrouve
sur ce disque quelques bonnes trouvailles et la présence de quelques
noms dans le listing permet de retrouver le sourire… Certes, il s'agit
principalement d'exercices de style, reprenant des recettes nostalgiques,
mais certains ont le mérite de le faire merveilleusement. Je suis
heureux de retrouver par exemple les Men In The Moon et leur rock sixties
psychédélique (malgré la mise en stand-by de leurs
activité aujourd'hui), Flytrap et leur rock dansant et déglingué,
ou Operation S (avec des membres des No Talents) qui se permettent d'invité
Daniel Darc pour un punk 80's frais et efficace… L'autre intérêt
de cette compilation est de mettre du son sur certains noms revenant souvent
mais dont personne n'a eu l'occasion d'entendre un morceau… Parmi
ces noms à tendance "hype", on retrouve Volt et leur electro-clash
sympathique mais sans grande innovation, AS Dragon et leur rock sale (je
n'apprécie guère ce groupe mais je dois avouer que le titre
présenté ici passe excellemment bien), Steeple Remove et leur
new-wave répétitive ou The Film (dont le tube, ma foi fort
réussi, passait en boucle avec une pub télé)…
On retrouve aussi Prototype dont le chant me rappelle étonnamment
Niagara (!), Fancy et leur rock déglingué hésitant
entre punk et sonorités glam (pas mal), Temple Temple qui donne l'impression
d'entendre Hermann Düne faisant du rock, Electronicat qui imite Le
Tigre (jusque dans le nom !), The Magnetix et leur bon blues dégueu
qui nous rappelle Doo-Rag et les Cramps, ou encore Lilli Z et son electro-clash
musclé, et j'en passe.
Bref, la recette est simple, une dose de rock sale (garage, punk, new-wave,
post-punk, etc.) - au moins dans le son - pour l'humeur un peu dévergondée,
une dose de bonnes mélodies indispensables pour rentrer dans le format
chanson (pour les radios), une dose de rythme dansant pour le popotin, et
un look sur mesure pour les magasines ! C'est le dominateur commun de quasiment
tous ces groupes. Une sorte de version française en réponse
aux succès anglo-saxons des Strokes, Yeah Yeah Yeahs ou autres Robots
In Disguise. Et si, sur la longueur (22 groupes), on a tendance à
zapper, les chercheurs d'or risquent tout de même d'y trouver une
ou deux pépites… mais d'argent. Il va juste falloir faire le
tri. Et tant pis pour l'innovation…
[mg] |
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