www.binaire.info

BINAIRE
"filth abhors filth"

(autoproduit)
Duel entre l'homme et la machine, duel entre deux guitaristes ; Binaire s'écoute comme on visionne un combat. Mur de guitares noise contre boîte à rythmes minimaliste. Ce premier album renoue avec une culture typiquement urbaine : béton et mur de gris à l'honneur. Derrière une approche plus punk, le duo rappelle l'énergie des excellents Distorted Pony. L'électronique des rythmiques ne se veut jamais vulgaire. Pas de jungle ou de disco ici. La programmation se rapproche plus d'une culture indus-punk ou techno-hardcore pour les plus jeunes. Le résultat est brut, violent et sans camouflage. Les chants et les guitares ne font qu'accentuer cet effet avec une énergie particulièrement plaisante. Et si le combat peut parfois devenir répétitif, au fil des morceaux, le duo finit par un titre plus mélancolique, noir comme du Killing Joke… Pour ne rien gâcher, le duo offre par ailleurs des concerts visuellement à la hauteur de ce combat imaginaire : répétitif mais intense. Binaire, certes, mais terriblement efficace.
[mg]

Voir aussi : Distorted Pony, Big Black, Pailhead, Killing Joke

 

MAN
"Helping Hands"

(quatermass/nocturne)
Voici le genre de groupe dont la démarche mérite le respect. Car Man a décidé d'être exigeant avec sa musique. Pas question pour notre duo de suivre les chemins trop bien balisés par ses prédécesseurs. Non, les aspirations de Man le poussent à sortir des sentiers battus et à défricher des champs musicaux encore peu explorés. Avant tout, Man aime prendre son temps pour installer ses ambiances. Petite touche par petite touche : une mélodie de piano, un riff de guitare, un mélodica par-ci, une rythmique électro discrète par-là, leur univers prend corps dans un style très dépouillé et s'impose. Avare en mots, Man ne l'est pourtant pas en sons de toutes sortes : nos deux hommes sont multi-instrumentistes et ont, de plus, souvent recours à des bruits tout droit sortis de la rue et du quotidien pour créer des pièces très cinématographiques qui font indéniablement penser à une bande originale imaginaire rassemblant Matt Elliott, Godspeed You Black Emperor ou Tortoise. Aux confins de l'electronica, du post-rock, du jazz (plutôt free) et de la musique contemporaine, la musique de Man peut parfois donner l'impression d'être décousue. Probablement parce que les dix morceaux de "Helping Hands" ne ressemblent que de très loin à des chansons. Au contraire, ces pièces musicales, de par leur structure, sont ouvertes et inattendues, libres et inventives, mêlant très probablement canevas de départ et parties improvisées.
"Helping Hands" est le genre d'album qui exige du temps, qui ne se dévoile qu'au fur et à mesure des écoutes, qui ne livre ses richesses qu'aux plus assidus, qu'aux plus curieux. C'est sûr, il perdra beaucoup d'auditeurs en cours de route. Mais comblera certainement ceux qui resteront jusqu'au bout.
[sullivan]

••• voir aussi : Matt Elliott, GYBE!

 

kabbukibuddah.free.fr

KABU KI BUDDAH
"life is a bitch"

(rock'n'roll masturbation)
Après un premier album remarqué et une pelleté de concerts à l'ambiance chaleureuse, le "no guitar hero trio" lyonnais revient avec un second long format convaincant. Mélangeant avec toujours autant d'habileté, l'humour le plus gras, le punk le plus décalé, la disco la plus pailletée et même quelques gouttes de mélancolies, les trois clowns arrivent encore une fois à livrer un album irrésistible. Certes, sur papier, la recette peut laisser perplexe, et pourtant ce "life is a bitch" n'a pas à rougir… Car s'ils gardent bien un fort penchant pour la dérision juvénile proche d'une école festive peu appétissante, les Kabu Ki Buddah ne sont pas des clowns acculturés restés scotchés sur les années alternatives. Et ce n'est pas un hasard s'ils ont partagé l'affiche avec le groupe free-noise italien Zu plutôt qu'avec Marcel et son Orchestre. Armés d'un violoncelle, d'une basse, d'une batterie, et à l'occasion d'un trombone et d'un orgue, les Kabu Ki livrent une musique dansante et le plus souvent joyeuse, qui voit passer autant les B52's (le chant féminin), Fugazi (chant masculin) et Mighty Mighty Boston (le trombone) que The Ex (le chant féminin again) et Abba (!!!). Encore une fois, le mélange semble étrange, mais le savoir faire des tenanciers (Seb joue dans Miss Goulash et the Rubiks, Hasmig a offert ses services à Busyman ou Eric Aldéa) transforme l'ensemble en un exercice de haute voltige. Certes, on se serait bien passé de l'introduction trop pipi/caca, ou de quelques passages superflus, mais en général, même si les intellos diront le contraire, le disque tient merveilleusement bien la route… reste plus qu'à apprendre la chorégraphie…
[mg]

••• voir aussi : B52's, the Ex, Abba

 

CAFE FLESH
"pig on the dancefloor"

(furne rds)
Après une démo qui nous avait laissé un goût agréable en bouche, Café Flesh revient avec un album proche de l'idée que nous nous faisions du groupe : de jeunes gens nés au pays de François Mitterrand (Jarnac) et élevés aux sons des disques des Cows et autre Sweep the Leg Johnny. Les références sont bonnes, et, comme si le groupe voulait se faire plaisir, il insiste en intitulant un titre "jesus a retrouvé son lizard" (réponse à un titre de leurs potes de Gatechien nommé "jesus a perdu son lizard") et colle le logo Noise Amphetamine Reptile au dos du CD… hommage plus que réel coup, puisque malgré l'autorisation du boss pour utiliser son logo, le mythique label est bel et bien mort et enterré depuis quelques années maintenant. Mais la référence est méritée. Le groupe possède la même furie, crado et rock'n'roll, la même démence, à la limite de la déviance, le même amour pour les guitares noise et sales. Alors, le rôle est souvent sur-joué, c'est vrai ; le chant a tendance à prendre un peu trop de place, même si le mixage agace moins que sur la démo, mais peu importe… Café Flesh ne sera pas nominé aux oscars et n'a pas prévu de dépasser ses maîtres (malgré d'excellentes guitares). Mais en tant qu'hommage réussi à une génération de groupes qui ont marqué les années 90 comme peu d'autres, on ne peut nier que Café Flesh mérite une sincère salutation.
[mg]

••• voir aussi : Cows, Jesus Lizard, Sweep the Leg Johnny

 

SIGUR ROS
"Takk"

(emi)
Ce groupe est des plus insaisissables. Un Godspeed You Black Emperor grand public ? Du post-rock scandinave ? La bande originale d'un film d'heroic fantasy ? De la pop symphonique aux jolies mélodies dont l'exotisme serait surtout dû au chant islandais ? Sigur Ros est certainement un peu de tout cela à la fois. Car l'univers de ces islandais est des plus surprenants et ouverts. Difficile, en effet, de voir un quelconque point commun entre la lente montée en tension, la colère de "Glosoli" et l'innocence, voire la naïveté du quatrième morceau (désolé pour le titre, mais je ne lis pas encore couramment l'islandais). D'où une palette d'instruments large : de la guitare au piano, des cuivres aux clochettes, du xylophone au violon. Et des possibilités multiples : structures de morceaux très différentes, durées allant de deux à plus de dix minutes. On serait tenté de dire, par facilité peut-être, que "Takk" ressemble à l'âme humaine. Il semble, en tout cas, connaître les mêmes humeurs : une mélancolie de fond, sereine et légère, qui se mue parfois en bonheur éphémère ou en colère passagère. Et si, ici ou là, on sent l'influence de Radiohead, plus dans la volonté de découvrir de nouveaux paysages musicaux que dans la musique elle-même d'ailleurs, Sigur Ros creuse, bel et bien, avec son chant d'elfe, assez haut perché, son propre sillon. Un sillon qui peut paraître étrange de prime abord mais qui, quoiqu'un peu longuet (les deux derniers morceaux n'apportent pas grand chose, je trouve), se révèle finalement attachant.
[sullivan]

••• voir aussi : Radiohead, GYBE!

 

 

 

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