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BINAIRE
"filth abhors filth"
(autoproduit)
Duel entre l'homme et la machine, duel entre deux guitaristes ; Binaire
s'écoute comme on visionne un combat. Mur de guitares noise contre
boîte à rythmes minimaliste. Ce premier album renoue avec
une culture typiquement urbaine : béton et mur de gris à
l'honneur. Derrière une approche plus punk, le duo rappelle l'énergie
des excellents Distorted Pony. L'électronique des rythmiques ne
se veut jamais vulgaire. Pas de jungle ou de disco ici. La programmation
se rapproche plus d'une culture indus-punk ou techno-hardcore pour les
plus jeunes. Le résultat est brut, violent et sans camouflage.
Les chants et les guitares ne font qu'accentuer cet effet avec une énergie
particulièrement plaisante. Et si le combat peut parfois devenir
répétitif, au fil des morceaux, le duo finit par un titre
plus mélancolique, noir comme du Killing Joke… Pour ne rien
gâcher, le duo offre par ailleurs des concerts visuellement à
la hauteur de ce combat imaginaire : répétitif mais intense.
Binaire, certes, mais terriblement efficace.
[mg]
Voir aussi :
Distorted Pony, Big Black, Pailhead, Killing Joke
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MAN
"Helping Hands"
(quatermass/nocturne)
Voici le genre de groupe dont la démarche mérite le respect.
Car Man a décidé d'être exigeant avec sa musique.
Pas question pour notre duo de suivre les chemins trop bien balisés
par ses prédécesseurs. Non, les aspirations de Man le poussent
à sortir des sentiers battus et à défricher des champs
musicaux encore peu explorés. Avant tout, Man aime prendre son
temps pour installer ses ambiances. Petite touche par petite touche :
une mélodie de piano, un riff de guitare, un mélodica par-ci,
une rythmique électro discrète par-là, leur univers
prend corps dans un style très dépouillé et s'impose.
Avare en mots, Man ne l'est pourtant pas en sons de toutes sortes : nos
deux hommes sont multi-instrumentistes et ont, de plus, souvent recours
à des bruits tout droit sortis de la rue et du quotidien pour créer
des pièces très cinématographiques qui font indéniablement
penser à une bande originale imaginaire rassemblant Matt Elliott,
Godspeed You Black Emperor ou Tortoise. Aux confins de l'electronica,
du post-rock, du jazz (plutôt free) et de la musique contemporaine,
la musique de Man peut parfois donner l'impression d'être décousue.
Probablement parce que les dix morceaux de "Helping Hands" ne
ressemblent que de très loin à des chansons. Au contraire,
ces pièces musicales, de par leur structure, sont ouvertes et inattendues,
libres et inventives, mêlant très probablement canevas de
départ et parties improvisées.
"Helping Hands" est le genre d'album qui exige du temps, qui
ne se dévoile qu'au fur et à mesure des écoutes,
qui ne livre ses richesses qu'aux plus assidus, qu'aux plus curieux. C'est
sûr, il perdra beaucoup d'auditeurs en cours de route. Mais comblera
certainement ceux qui resteront jusqu'au bout.
[sullivan]
•••
voir aussi : Matt Elliott, GYBE!
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KABU
KI BUDDAH
"life is a bitch"
(rock'n'roll masturbation)
Après un premier album remarqué et une pelleté de
concerts à l'ambiance chaleureuse, le "no guitar hero trio"
lyonnais revient avec un second long format convaincant. Mélangeant
avec toujours autant d'habileté, l'humour le plus gras, le punk
le plus décalé, la disco la plus pailletée et même
quelques gouttes de mélancolies, les trois clowns arrivent encore
une fois à livrer un album irrésistible. Certes, sur papier,
la recette peut laisser perplexe, et pourtant ce "life is a bitch"
n'a pas à rougir… Car s'ils gardent bien un fort penchant
pour la dérision juvénile proche d'une école festive
peu appétissante, les Kabu Ki Buddah ne sont pas des clowns acculturés
restés scotchés sur les années alternatives. Et ce
n'est pas un hasard s'ils ont partagé l'affiche avec le groupe
free-noise italien Zu plutôt qu'avec Marcel et son Orchestre. Armés
d'un violoncelle, d'une basse, d'une batterie, et à l'occasion
d'un trombone et d'un orgue, les Kabu Ki livrent une musique dansante
et le plus souvent joyeuse, qui voit passer autant les B52's (le chant
féminin), Fugazi (chant masculin) et Mighty Mighty Boston (le trombone)
que The Ex (le chant féminin again) et Abba (!!!). Encore une fois,
le mélange semble étrange, mais le savoir faire des tenanciers
(Seb joue dans Miss Goulash et the Rubiks, Hasmig a offert ses services
à Busyman ou Eric Aldéa) transforme l'ensemble en un exercice
de haute voltige. Certes, on se serait bien passé de l'introduction
trop pipi/caca, ou de quelques passages superflus, mais en général,
même si les intellos diront le contraire, le disque tient merveilleusement
bien la route… reste plus qu'à apprendre la chorégraphie…
[mg]
•••
voir aussi : B52's, the Ex, Abba
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CAFE
FLESH
"pig on the dancefloor"
(furne rds)
Après une démo qui nous avait laissé un goût
agréable en bouche, Café Flesh revient avec un album proche
de l'idée que nous nous faisions du groupe : de jeunes gens nés
au pays de François Mitterrand (Jarnac) et élevés
aux sons des disques des Cows et autre Sweep the Leg Johnny. Les références
sont bonnes, et, comme si le groupe voulait se faire plaisir, il insiste
en intitulant un titre "jesus a retrouvé son lizard"
(réponse à un titre de leurs potes de Gatechien nommé
"jesus a perdu son lizard") et colle le logo Noise Amphetamine
Reptile au dos du CD… hommage plus que réel coup, puisque
malgré l'autorisation du boss pour utiliser son logo, le mythique
label est bel et bien mort et enterré depuis quelques années
maintenant. Mais la référence est méritée.
Le groupe possède la même furie, crado et rock'n'roll, la
même démence, à la limite de la déviance, le
même amour pour les guitares noise et sales. Alors, le rôle
est souvent sur-joué, c'est vrai ; le chant a tendance à
prendre un peu trop de place, même si le mixage agace moins que
sur la démo, mais peu importe… Café Flesh ne sera
pas nominé aux oscars et n'a pas prévu de dépasser
ses maîtres (malgré d'excellentes guitares). Mais en tant
qu'hommage réussi à une génération de groupes
qui ont marqué les années 90 comme peu d'autres, on ne peut
nier que Café Flesh mérite une sincère salutation.
[mg]
•••
voir aussi : Cows, Jesus Lizard, Sweep the Leg Johnny
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SIGUR
ROS
"Takk"
(emi)
Ce groupe est des plus insaisissables. Un Godspeed You Black Emperor grand
public ? Du post-rock scandinave ? La bande originale d'un film
d'heroic fantasy ? De la pop symphonique aux jolies mélodies
dont l'exotisme serait surtout dû au chant islandais ? Sigur
Ros est certainement un peu de tout cela à la fois. Car l'univers
de ces islandais est des plus surprenants et ouverts. Difficile, en effet,
de voir un quelconque point commun entre la lente montée en tension,
la colère de "Glosoli" et l'innocence, voire la naïveté
du quatrième morceau (désolé pour le titre, mais
je ne lis pas encore couramment l'islandais). D'où une palette
d'instruments large : de la guitare au piano, des cuivres aux clochettes,
du xylophone au violon. Et des possibilités multiples : structures
de morceaux très différentes, durées allant de deux
à plus de dix minutes. On serait tenté de dire, par facilité
peut-être, que "Takk" ressemble à l'âme humaine.
Il semble, en tout cas, connaître les mêmes humeurs : une
mélancolie de fond, sereine et légère, qui se mue
parfois en bonheur éphémère ou en colère passagère.
Et si, ici ou là, on sent l'influence de Radiohead, plus dans la
volonté de découvrir de nouveaux paysages musicaux que dans
la musique elle-même d'ailleurs, Sigur Ros creuse, bel et bien,
avec son chant d'elfe, assez haut perché, son propre sillon. Un
sillon qui peut paraître étrange de prime abord mais qui,
quoiqu'un peu longuet (les deux derniers morceaux n'apportent pas grand
chose, je trouve), se révèle finalement attachant.
[sullivan]
•••
voir aussi : Radiohead, GYBE!
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