TOAJENE (Bozzetto/Panaccione)

BD. Un microbe s’ennuie dans son univers microscopique. Il est seul. A longueur de journée, il saute de branche en branche et de caillou en caillou pour passer le temps. Et les organismes qui l’entourent ne sont d’aucune aide : ils sont trop bêtes pour faire ses additions et ne partagent aucune de ses interrogations existentielles : qu’est-ce qu’ils font là dans cette jungle ? Quel est le but de tout ça ? Pourquoi doit-on mourir ? Mais un soir de pleine lune, 2 personnages géants lui apparaissent : un homme, Moâtarzan, à qui les animaux de la jungle semblent obéir quand il pousse un cri et surtout Toajêne, une femme, belle, dont il tombe immédiatement amoureux…

Après Minivip et Supervip, le réalisateur de films d’animation (on lui doit notamment Allegro non Troppo, sorti en 1975) Bruno Bozzetto et Grégory Panaccione sortent un nouveau livre ensemble : Toajêne. Surprenant récit dans lequel on retrouve le lointain cousin du personnage principal d’Ame perdue, l’un des premiers livres (il est sorti en 2013) que Panaccione réalisa, dans le rôle du héros. Un microbe donc ! Mais un microbe singulier puisqu’il est philosophe à ses heures perdues (et il y en a beaucoup) et est féru de mathématiques. Mais aussi parce qu’il cherche l’Amour. Et qu’il pourrait bien être le sauveur de l’Humanité car il possède le don de soigner les humains de leur terrible maladie (des parties de leur visage, le nez, une oreille, la bouche, disparaissent subitement) en poussant son fameux cri, imitation de celui de Moâtarzan.

Une fable décalée et espiègle, drôle et poétique aussi, qui permet à Bozzetto de parler de Johnny Weissmuller et Maureen O’Sullivan et du pouvoir du cinéma, d’Amour aussi tout en se moquant de l’Homme, dont le destin dépend ici d’un être infiniment petit qu’il ne peut voir qu’avec une loupe, un microbe. Inutile de dire que Panaccione se montre ici très à l’aise pour mettre en images cet univers loufoque dans lequel son trait (que l’on peut d’autant plus apprécier qu’il n’est ici accompagné d’aucune couleur!) fait des merveilles. Toujours aussi intuitif et spontané (si vous êtes observateur, vous remarquerez ici ou là quelques imperfections techniques, que le dessinateur ne prend d’ailleurs pas la peine d’effacer…), il porte littéralement le récit en lui donnant beaucoup de mouvement et de vie. Du pur plaisir !

(Récit complet, 104 pages – Delcourt)

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