ROUGES ESTAMPES (Trébor et Robert/Gobbi)

BD. Bateau d’Austerlitz, prison flottante de Brest, 1872. Raoul Avoir, condamné à l’exil, va bientôt être envoyé en Nouvelle-Calédonie. Il prend le temps d’écrire une dernière lettre à ses parents pour leur expliquer ses choix. Pour qu’ils comprennent pourquoi il a abandonné ses études de droit pour rejoindre la Commune un an auparavant afin d’œuvrer pour la vraie justice, la justice sociale. Comment il a été nommé commissaire d’arrondissement pour que l’ordre continue de régner dans la nouvelle république. Et comment il a enquêté malgré toutes les tâches qu’il avait à accomplir sur ces meurtres bizarrement mis en scène inspirés d’estampes japonaises pour mettre son auteur hors d’état de nuire…

Après la parution de l’incroyable trilogie Les damnés de la Commune (dont l’adaptation télé vient d’ailleurs de passer sur Arte) de Raphaël Meyssan ou la réédition à venir de Le Cri du peuple de Tardi, il devient difficile d’aborder la Commune de Paris sans souffrir de la comparaison avec ces œuvres marquantes. Robert, Trébor et Gobbi s’y sont pourtant risqués en choisissant, judicieusement, un angle différent : celui d’une enquête, celle de Raoul Avoir, sur les traces d’un serial killer influencé par la mode du Japonisme qui régnait alors à Paris. Une bonne idée qui est néanmoins avant tout un prétexte narratif car ce qui intéresse surtout les auteurs ici c’est bien de revenir sur cet épisode de la Commune, dont ils nous content le combat contre les versaillais et les mises en œuvre principales (séparation de l’église et de l’état, institution de l’école laïque gratuite et obligatoire…), parsemant le récit de reproductions de gravures et d’affiches de l’époque. Et aussi, en même temps, de rendre hommage à ces révolutionnaires dont beaucoup sacrifièrent leur vie (rappelons que 3000 d’entre eux moururent sur les barricades, au combat, et que 15 000 à 20 000 autres parisiens furent sommairement fusillés dans les rues, les squares ou devant les maisons) pour leurs idéaux. Si Rouges estampes ne rivalise pas avec l’originalité de Les damnés de la Commune ou la force de Le Cri du peuple, le récit fonctionne bien, néanmoins, porté par un dessin agréable et fluide. Une belle façon, en tout cas, de célébrer les 150 ans de la Commune.

(Récit complet, 128 pages – Steinkis)

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