LES VACANCES DU MAJOR – L’HOMME DU CIGURI (Moebius)

BD. Pour la première fois, Les vacances du Major et L’Homme du Ciguri se trouvent réunis dans un même volume. Un recueil qui est, du coup, presque (on trouve également ici quelques autres histoires courtes, assez délirantes, parues à l’époque dans Métal Hurlant ou d’autres périodiques) entièrement consacré à Grubert, le fameux Major fatal. Que l’on se représente souvent (il a en fait évolué au fur et à mesure de ses apparitions, sa « naissance » remontant à 1974) avec un casque colonial et un physique à la Clark Gable. Grubert est en fait le créateur du monde M, un univers à trois niveaux contenu dans un astéroïde. De multiples portes secrètes permettent de passer de l’un à l’autre mais aussi dans des niveaux intermédiaires, les Terres Aléatoires, qui sont autant de réalités parallèles (c’est d’ailleurs dans une de ces réalités que le Major se retrouve perdu dans L’Homme du Ciguri et il faudra que son double vienne à sa rescousse pour le sortir de ce mauvais pas). Depuis son vaisseau spatial placé en orbite autour de l’astéroïde, le Ciguri, le Major surveille son monde et y retourne parfois pour y remettre de l’ordre quand certains de ses ennemis comme le Bakalite, le président d’Armjourth, le sorcier Tar’aï ou Sper Gossi menacent de mettre la main sur certains niveaux…

Un univers qui a offert un formidable terrain de jeux à l’imaginaire de Moebius, qui venait y tester de nouveaux modes de narration, en roue libre, reposant entièrement sur l’improvisation (l’auteur s’attelait au récit au dernier moment pour voir ce qui pouvait alors sortir de son cerveau), parfois aidé par la consommation de cannabis auquel Moebius (comme Mandryka et bon nombre d’autres auteurs de l’époque) avait recours pour libérer son imaginaire (le « Ciguri » est d’ailleurs l’autre nom du peyotl…). Il en résultait alors une sorte de dessin automatique (comme l’écriture que pratiquait les surréalistes), dont le protagoniste principal, le Major, était comme un double fictionnel de Moebius. On comprend, du coup, mieux pourquoi il flirte régulièrement avec l’absurde et le non-sens…Et s’autorise des traitements graphiques très différents pour éviter la routine. Un volume auquel l’éditeur a eu l’excellente idée d’adjoindre un long essai de Claude Ecken qui éclaire l’œuvre de Moebius/Giraud de façon captivante et donne des clés de lecture à ceux qui sont moins connaisseurs de son œuvre et pourraient être un peu déstabilisés de prime abord par cette « bande désastreuse (BD), totalement improvisée par Moebius », comme la décrit lui-même l’auteur dans le résumé d’un épisode précédent…Bravo en tout cas aux Humanos de continuer à mettre en valeur l’œuvre de Moebius, un pan important du patrimoine de la BD mondiale !

(Recueil, 132 pages – Les Humanoïdes Associés)

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