LA PART MERVEILLEUSE 1. Les Mains d’Orsay (Ruppert et Mulot)

BD. C’est l’été. Orsay a préféré rester à Essoyes, chez ses parents, plutôt que d’aller faire des petits boulots dans les Cévennes avec ses amis du lycée pour pouvoir être auprès de sa mère malade. Mais quand un Toute, l’une de ces créatures magnifiques et mystérieuses qui est apparue quelques années auparavant, a une attitude inquiétante à proximité d’enfants, le jeune homme attire son attention vers lui et l’arrose pour le tuer. Sans pouvoir éviter le contact avec lui malheureusement. Du coup, Orsay se retrouve avec des mains Toutes, capables de s’allonger à l’envi et de prendre les formes les plus variées. Il décide donc de partir à Paris pour voir un docteur afin qu’il lui propose un traitement ou une opération…

Les univers de Ruppert et Mulot sont toujours singuliers et décalés. C’est une nouvelle fois le cas avec La Part Merveilleuse, récit qui voit le talentueux duo se frotter, pour la première fois, à la science-fiction. Ils imaginent ici un futur proche, très semblable au nôtre, à ceci près que des Toutes, des êtres étranges dont on ne connait pas l’origine, sont présents parmi les gens. Ils semblent flotter dans les jardins publics ou les rues et peuvent changer de forme à volonté. Une apparition qui déclenche des réactions très différentes parmi la population : certains sont bien sûr plein de sympathie pour ces êtres doux et pacifiques quand d’autres sont effrayés et réagissent par la violence. C’est le cas du gouvernement en place qui envoie régulièrement les CRS les déloger d’endroits trop fréquentés voire les mettre hors d’état de nuire…Et ça ce n’est pas de la science-fiction. Car avec La Part Merveilleuse, Ruppert et Mulot nous tendent un miroir (le dessin est réaliste), légèrement déformant, dans lequel on voit notre société actuelle. Intolérante. Qui a peur de l’inconnu, de l’autre, de celui qui est différent, clairement ce que symbolisent les Toutes dans le récit. Et contre qui on est capables des pires violences…Auxquelles Orsay va se retrouver confronté malgré lui à partir du moment où il devient en partie Toute…

Un récit étonnant, poétique par moments, quand les auteurs mettent en scène (ils font tout à 4 mains, scénario comme dessin) l’univers Toute dans des scènes très colorées et hallucinées mais qui peut basculer rapidement dans la violence, lorsqu’il dépeint les manifestations réprimées par la police ou les actions pro-Toutes de certains activistes ayant été modifiés comme Orsay. A vrai dire, on ne sait pas vraiment où Ruppert et Mulot vont nous emmener par la suite mais on les suit avec grand plaisir, le sourire aux lèvres et les yeux grands ouverts…

(Série, 156 pages pour ce tome 1 – Dargaud)

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