COMES, D’OMBRE ET DE SILENCE (Bellefroid)

LIVRE. Pour que l’hommage à Didier Comès soit complet (en plus de la réédition de tous ses romans graphiques en 3 volumes chez Casterman), il fallait une grande exposition. Et un beau livre catalogue revenant sur son Œuvre tout en l’éclairant grâce à des anecdotes, des témoignages de proches, des traits de sa personnalité et aux événements qui ont jalonné sa vie. La grande exposition, intitulée Comès, d’Ombre et de Silence a lieu en ce moment même au musée BELvue de Bruxelles et durera jusqu’au 3 janvier 2021 (l’entrée est gratuite!). Le catalogue, au titre éponyme, écrit par l’un de ses 2 commissaires, Thierry Bellefroid, vient quant à lui de paraître. Et il est superbe. Une véritable mine d’or pour les fans de Comès. Organisé de façon chronologique, il permet à son auteur (qui était un proche du dessinateur) de faire de constants va-et-vient entre les événements importants qui ont jalonné la vie de Comès et leur influence sur ses récits. Car tout était lié chez Comès. Ainsi, Bellefroid revient sur les origines allemandes (son nom de famille, Comès, a été francisé par la suite par l’auteur en ajoutant un accent sur le « e » et son prénom de baptême, Dieter, est devenu Didier quand il est entré à l’école francophone…) de la famille du dessinateur qui s’était installé dans un canton germanophone de Belgique annexé par le IIIe Reich lors de la seconde guerre mondiale (beaucoup d’hommes, dont le père de Comès, furent enrôlés de force dans l’armée allemande) pour expliquer l’intérêt, qui était presque devenue une obsession, de notre homme pour la guerre, omniprésente dans ses récits (comme Dix de der ou L’Ombre du corbeau). En s’appuyant sur des planches originales des albums, des témoignages de proches (le beau-fils de Comès, des amis dessinateurs, comme Pratt, Schuiten ou Chabouté) ou des photos rares, il met aussi en exergue l’importance de la nature pour Comès, qui aimait le calme et la simplicité de la campagne ardennaise belge où il pouvait, notamment, observer les animaux sauvages. Des aspects omniprésents dans ses œuvres. Mais il n’y a pas que les aspects positifs de la campagne qui transpirent de ses récits. Ses superstitions (Comès avait vu, par exemple, une chouette clouée sur la porte de la grange d’un voisin pour éloigner le mauvais œil), ses rebouteux mais aussi sa mentalité, parfois particulière (jalousie, appât du gain, cancans…), y sont en effet également présents. En fait, on se rend compte, grâce à ce livre, que l’auteur s’inspirait de ce qui l’entourait pour nourrir ses œuvres. Et de ce qui comptait dans sa vie. La musique (Comès jouait des percussions dans des groupes de jazz ou de folk), dont on n’a pas encore parler. Et Christiane (l’ex-femme de René Hausman, autre dessinateur belge dont Comès a longtemps été proche), bien sûr, qui fût sa muse et son principal soutien. Enfin, Thierry Bellefroid n’oublie pas d’analyser le style Comès : en partant de planches tirées des œuvres, il montre l’art de la composition des planches chez l’auteur belge ainsi que l’évolution de son noir et blanc au gré des découvertes d’autres auteurs (Caniff, Pratt, Munoz…) qui l’ont impressionné.

Au final, Comès, d’Ombre et de Silence s’avère passionnant. Un beau livre très complet et richement illustré, qui donne l’occasion au lecteur de mieux comprendre ses récits en proposant des clés de lecture liés à sa personnalité et à sa vie. Un livre qui nous permet aussi, en filigrane, de revivre l’aventure du magazine (A Suivre) ainsi que l’émergence de figures de la BD comme Munoz, Pratt, Tardi, Schuiten ou Sokal.

(Catalogue d’exposition, 144 pages – Casterman)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.