L’HEURE H (de Luca et Damato/Castaldi)

BD. Italie, 1970. Sara et Sébastiano rêvent de révolution. Ils en ont assez de voir des ouvriers agricoles se faire tirer dessus par les carabinieris alors qu’ils manifestent pour leurs droits ; assez de constater que les multinationales comme Italsider font passer la vie de leurs ouvriers après leurs profits ou que ces mêmes compagnies peuvent polluer les mers avec leurs rejets industriels, privant ainsi les pêcheurs de leur gagne-pain, sans même être inquiétés…Alors ils militent à Lotta Continua, un mouvement de lutte ouvrière d’extrême gauche. Ils vendent son journal devant les usines pour fédérer les travailleurs et unir le peuple et préparent des bombes pour qu’enfin vienne l’heure H…

Pour son premier roman graphique, le célèbre écrivain Eri de Luca nous plonge dans la lutte politique des années 70 avec nostalgie…et un certain désenchantement. Car à l’époque un autre monde semblait possible. Si, quand L’Internationale retentissait lors des manifestations ou devant les prisons, on était convaincus que les grèves sauvages (des arrêts d’un quart d’heure sur les chaînes de montage pour gripper la production sans perdre de salaire…) ou les occupations de maisons vides porteraient leurs fruits et changeraient la société, il faut se rendre à l’évidence : aujourd’hui, les choses n’ont pas beaucoup changé. Et on n’entend plus beaucoup L’Internationale…mais L’heure H n’est pas pour autant une histoire résignée car il suffit que quelqu’un quelque part l’entonne à nouveau pour que le combat reprenne. C’est bien sûr ce que de Luca appelle de ses vœux dans ce récit, lui qui a justement milité, dans sa jeunesse, au sein de Lotta Continua ses et poursuit son combat, grâce à ses mots et à son engagement, toujours bien vivants.

Si le scénario manque un peu de consistance, de Luca, épaulé par Damato, livre malgré tout un bel hommage à Lotta Continua et à ses militants. D’autant qu’il peut compter sur le joli travail graphique de Castaldi (qui avait déjà démontré tout son talent avec Vann Nath, Le peintre des khmers rouges), un trait au crayon rehaussé d’aquarelles inspiré.

(Récit complet, 112 pages – Futuropolis)

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