VA-T’EN-GUERRE (Ducoudray/Mousse)

BD. La baronne de Pomfrougnac ne voit pas d’un bon œil la concurrence des autres associations d’aide aux poilus. Son association des marraines de soldats doit rester la plus en vue dans les journaux. Elle a donc eu l’idée d’organiser un jeu concours, truqué, que le soldat Antoine Carapat, un seconde classe lambda, va remporter. Son assistante Louise et Mme Zaza, la voyante, iront sur le front lui annoncer la bonne nouvelle. Cela fera une belle photo qui marquera les esprits. Elle compte (la photo qu’elle a de lui dans une position assez équivoque avec un autre soldat devrait le convaincre…) sur le général Pichard pour organiser tout cela. Le responsable des armées s’empresse d’ailleurs de nommer son secrétaire, Trouffon, et Shrapnel, un grand gaillard multi-blessé et décoré, pour aider les 2 femmes dans leur mission. Cette drôle de troupe se met donc en route pour le front…

Des masses de noir très présentes qui donnent un côté sombre au travail graphique de Mousse contrebalancées par son dessin comique : voilà qui résume bien Va-t’en-guerre : traiter d’un sujet grave, la guerre, de façon burlesque et déjantée. Car bien sûr la mission mise sur pied par la baronne de Pomfrougnac va s’avérer plus compliquée que prévue : jalonnée de rencontres cocasses (avec un boche en armure desséché par exemple) et de péripéties délirantes (comme quand Shrapnel attaque des allemands, en fait des figurants sur le tournage d’un film…), elle ne finira pas comme la baronne l’avait imaginé…

Le récit a clairement choisi le registre de l’absurde, comme s’il n’y avait finalement pas d’autres façons pour les auteurs de traiter cette guerre qui a vu tant de soldats, dont des sénégalais ou des indochinois, que l’on voit ici dans les tranchées, être envoyés à la boucherie par des généraux obtus et orgueilleux. D’ailleurs, quand Va-t’en-guerre débute, le général Pichard est en train de jouer aux petits soldats, littéralement, très loin du front, bien à l’abri dans son bureau…

On a déjà lu de meilleurs récits d’Aurélien Ducoudray mais on aime néanmoins la singularité avec laquelle Va-t’en-guerre dénonce la guerre de 14, ses responsables mais aussi ceux qui en ont profité sans vergogne ainsi que l’originalité du travail graphique de Mousse. Un livre qui inaugure de belle façon RamDam, la nouvelle collection lancée par les éditions Jungle.

(Récit complet, 176 pages – Jungle RamDam)

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