MORGUE PLEINE (Cabanes/Headline, d’après Manchette)

BD. Paris, 1975. Avec moins de cent sacs en banque, les débuts de l’ex-gendarme Eugène Tarpon comme détective privé ne sont pas vraiment une réussite. A ce train-là, il sera rapidement obligé de quitter Paris pour rentrer dans l’Allier, à Saint Pourçain sur Sioule, chez sa mère…C’est alors qu’une fille, jolie comme tout, une certaine Memphis Charles, qu’il avait rencontrée par hasard quelques semaines plus tôt, sonne à sa porte à minuit passé. Emotionnellement perturbée, elle lui crie qu’elle vient de retrouver sa copine de piaule, Griselda, égorgée. Un meurtre : pas vraiment une affaire pour Tarpon, ça ! Sauf que la demoiselle lui rétorque, en appuyant son argument d’un coup de pied bien placé, qu’elle ne peut pas aller aux flics car elle s’est mis du sang partout sur ses vêtements et que le crime a été commis avec son couteau…Tarpon va visiblement devoir se la coltiner cette enquête-là…

La collaboration du duo Cabanes/Headline (qui est le fils de Manchette, rappelons-le) commence à être bien rodée. Après La Princesses de sang, Nada et Fatale, ils livrent en effet avec Morgue pleine leur quatrième, et probablement meilleure, adaptation d’un roman de Manchette ! Avec, à peu de choses près, le même dispositif : une narration qui s’appuie sur de nombreux récitatifs pour mettre en exergue le style truculent inimitable, désabusé et ironique, de Manchette (« Tarpon, vous me faîtes mal aux seins », lui lance Haymann à un moment ou encore « Sale juif, m’a dit Gérard Sergent, ce qui était absurde car je suis de l’Allier… ») et le trait nerveux et direct de Cabanes, dont la reconstitution des années 70 (pantalons pattes d’eph, papier peint à fleurs, estafettes de police…) est tout simplement parfaite. Un dispositif qui a déjà fait ses preuves et qui sert une nouvelle fois idéalement ce polar, souvent comique, qui voit le débutant, mais tenace, Tarpon (un gars foncièrement bon) croiser une cellule terroriste gauchiste, un frère vengeur, des policiers peu coopératifs, des réalisateurs de films pornos ou des hommes de main américains qui ne plaisantent pas au cours de son enquête mouvementée.

Un régal de roman graphique (les dialogues sont tout simplement délicieux) qui remet le roman de Manchette sur le devant de la scène !

(Récit complet, 104 pages – Aire Libre/Dupuis)

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