SATCHMO (Heitz)

BD. La Nouvelle-Orléans, dans les années 20. Satchmo n’a pas vraiment une vie dorée. Abandonné par son père quand il était gamin, il doit aussi composer avec la bipolarité et l’alcoolisme de sa mère qu’il aimerait sortir du bordel où Slim, son barbeau, la fait bosser mais c’est bien entendu plus facile à dire qu’à faire…Heureusement, il y a la musique. Dès qu’ils le peuvent, lui et ses potes improvisent une scène dans la rue et jouent du jazz pour les blancs qui passent…Cela leur permet de gagner quelques pièces et de survivre. En attendant mieux, par exemple intégrer le King Joe band, qui se produit tous les soirs au Lala’s bar, le rêve de Satchmo…

Pour sa première bande dessinée, Léo Heitz marque incontestablement les esprits. D’abord parce qu’il fait déjà preuve d’une belle personnalité graphique avec ce dessin anthropomorphe (depuis qu’il dessine, les personnages de Heitz sont des souris) au trait légèrement ondulant, à la façon d’un David B., déjà très sûr, rehaussé de noirs et de marrons, pour un rendu vintage du plus bel effet. Mais aussi, et peut-être surtout, parce qu’il livre avec Satchmo une histoire forte, à la narration fluide et parfaitement maîtrisée. Inspirée de la jeunesse de Louis Armstrong, le jeune auteur y conte la relation complexe d’un fils, qui veut un peu remplacer son père parti, avec sa mère. Car Satchmo, jusqu’à la mort de celle-ci, n’aura qu’une chose en tête : l’extirper des griffes de Slim, peu importe les conséquences que cela peut avoir pour lui, et lui offrir une vie plus digne que celle de prostituée qu’il l’a toujours connu vivre. Mais peut-on vraiment aider quelqu’un contre son gré ? C’est l’une des questions que pose Heitz dans ce joli roman graphique qui vaut aussi par son contexte ici parfaitement restitué : le sud profond des Etats-Unis des années 20 qui voyait le jazz envahir bars et cabarets et les afro-américains essayer de s’émanciper de la domination des blancs…

Un beau coup éditorial pour Jungle et sa nouvelle collection RamDam !

(Récit complet, 184 pages – Jungle RamDam)

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