AU NORD DU MONDE (Théroux)

ROMAN. C’est sur une ville fantôme que Makepeace doit veiller désormais. Par habitude plus qu’autre chose, elle continue (elle était shérif) de patrouiller à cheval dans Evangéline mais il y a bien longtemps qu’il ne s’y passe plus rien puisque rares sont les âmes qui y vivent encore. Après les troubles, ses habitants sont morts, tués ou de faim, ou ont fui. Alors, pour passer le temps, Makepeace récupère les livres dans les maisons en ruines et les stocke, persuadée que les connaissances qu’ils renferment pourront un jour servir à l’Humanité pour, pourquoi pas, redémarrer quelque chose, un début de société organisé, peut-être. Un jour, elle perçoit du mouvement dans un édifice et surprend une jeune femme mal en point s’affairer à trouver de quoi manger…

Le décor est différent, on se trouve en effet ici dans le Grand Nord, mais avec son shérif, cette ville fantôme et ses cavaliers qui arpentent la taïga et la toundra, Au Nord du monde a tout d’un western. Y compris parce que des colons sont venus s’installer dans ce désert nordique de Sibérie pour fuir la civilisation : sa cupidité, la technologie à outrance et la pollution. Ils y ont créé des villes basées sur des utopies. Pas de règles préétablies, entre-aide et solidarité entre tous ses membres, guidés par Dieu. Ces utopies ont tenu jusqu’à ce que le monde parte à vau-l’eau…Car quand la catastrophe environnementale annoncée a eu lieu et que les ressources pour survivre ont commencé à manquer, les hommes sont redevenus des bêtes et beaucoup d’entre eux ont migré vers le nord et ces villes créées par les colons pour y trouver de quoi survivre. C’est à ce moment-là que les problèmes ont commencé pour Makepeace et les siens.

Un récit mené de main de maître par l’anglais Marcel Théroux, que l’on découvre ici, sur lequel planent les ombres de Tchernobyl et Fukushima ou des camps de concentration. Un grand roman d’anticipation comme on les aime : bien écrit (« Le monde avait tout l’air d’un canasson à bout de forces que de vieilles blessures font boiter, bien décidé à envoyer valser son cavalier »), à l’intrigue imprévisible et forte (certaines scènes sont même dures). Et qui tend, en bon récit post-apocalyptique qu’il est, un miroir à notre présent. Pour l’obliger à considérer ce qu’il est en train de faire à notre planète, pour lui rappeler d’où l’homme vient mais aussi ce qu’il est capable de faire quand le vernis de la civilisation disparaît…Théroux fait tout cela de façon très personnelle même si les œuvres de Mac Carthy (The Road, Blood Meridian surtout) peuvent venir à l’esprit lors de la lecture de Au Nord du monde. Et il livre aussi, en filigrane, un magnifique (et assez singulier) portrait de femme, indépendante et résiliente. Bref, un coup de cœur !

(Récit complet, 400 pages – Zulma)

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