L’ECHELLE DE RICHTER (Frydman/Desportes)

BD. Une jeune femme d’à peine 20 ans est retrouvée morte dans une chambre d’hôtel. Un véritable séisme, avant tout pour ses parents, bien sûr, mais dont l’onde de choc va se faire sentir bien au-delà de cet épicentre familial. Car Hassan qui bosse au noir, la nuit, dans l’hôtel va bientôt recevoir de la visite dans son appartement. Et le flic qui doit bosser sur l’enquête ne va plus pouvoir passer autant de temps avec sa mère mourante. Quant au chirurgien qui se trouvait dans la chambre d’à côté avec sa maîtresse quand le meurtre a eu lieu, il va être interrogé par la police. Sans parler de Full G, le rappeur ou de son ex-acolyte MC Aztaca qui rêve de faire son comeback mais n’essuie que des refus auprès des maisons de disques…

Certes L’Echelle de Richter est un polar, noir comme il faut, à l’os, à l’image de ce trait fin et direct simplement rehaussé de lavis de gris qui va à l’essentiel. Mais l’essentiel, ici, n’est pas ce que l’on croit de prime abord. Il y a bien sûr l’enquête, que les auteurs résolvent progressivement, avec chaque nouveau personnage sur lequel ils mettent un coup de projecteur. Mais elle passe quasiment au second plan. Car ce qui intéresse vraiment Frydman et Desportes, ce sont les personnages, leurs personnages, et l’impact (la fameuse onde de choc dont on parlait précédemment, d’où le titre…) que le meurtre va avoir sur leur vie. Et le moins que l’on puisse dire est que l’on a ici une galerie de personnages en piteux état, malmenés par la vie, abimés par la société. Entre Hassan qui doit supporter le mépris et même le racisme de son employeur pour pouvoir manger et envoyer un peu d’argent au bled ; Ruben, alias l’ex MC Aztaca, obligé de vendre des machines à laver dans un magasin d’électro-ménager alors qu’il ne rêve que de remonter sur scène pour montrer ses talents à ses enfants dubitatifs ou encore J.O. qui va commettre l’irréparable pour rembourser les dettes qu’il a contractées auprès d’un caïd : les protagonistes ont une existence bien merdique, faite de frustrations, d’humiliations et de mensonges. Et on n’a même pas parlé des trafiquants de drogue et de ceux qui bossent pour eux. C’est dire…

Difficile d’être original dans le genre, très codifié, du roman noir mais force est de constater que L’Echelle de Richter le renouvelle avec talent, à l’image du découpage, particulier et très singulier du récit puisque seul le blanc sépare les dessins sur la page, dessins qui sont même parfois imbriqués, comme les destins des personnages…

Magnitude 8 sur l’échelle du roman noir !

(Récit complet, 496 pages – Gallimard BD)

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