SWEET TOOTH Volume 4 (Lemire)

BD. Sweet Tooth tient une place particulière dans la carrière de Jeff Lemire. De par les thèmes que la série aborde, probablement. Mais aussi parce que c’est celle qui l’a accompagné le plus longtemps, 4 ans, et peut-être le plus intensément. Voilà qui explique pourquoi, alors qu’il pensait que ce ne serait jamais le cas (notamment parce qu’il était très satisfait de sa conclusion), l’auteur canadien, 7 ans après la sortie du dernier numéro, a décidé de travailler à une suite. C’est le tournage de l’adaptation de la série pour la télévision (Netflix a d’ailleurs commencé à diffuser les premiers épisodes en juin dernier) qui a déclenché cette envie, pour la petite histoire. Mais le défi s’avérait complexe : car davantage qu’une suite, Lemire voulait que ce prolongement puisse se lire de façon autonome, tout en ayant des liens avec la série-mère bien sûr. Voilà pourquoi cette nouvelle mini-série est sous-titrée The Return aux Etats-Unis.

Dans ce retour, l’action se passe 300 ans après les événements de la série-mère et Lemire se focalise sur le personnage de Gus, un garçon avec des bois de cerf maintenu à l’écart des humains, à son insu, par Père. Un prêtre qui utilise la parole de Dieu (et la violence des miliciens aux masques de bois…) pour tenir sous sa coupe ses ouailles. Et fait des expériences génétiques, en secret, pour que les humains reprennent la place qui leur est due, en haut, et que les hybrides, des créatures mi-homme mi-animal, leur ont prise. Mais la curiosité, et la solitude, vont pousser Gus à traverser le lac souterrain, malgré les drones de surveillance, pour partir à la découverte de l’immense grotte…

Une « suite » très réussie. On retrouve en effet les incroyables qualités de conteur de Lemire qui nous emmène dans son univers sans même que l’on s’en rende compte. Pourtant, son cadre post-apocalyptique, avec ces humains obligés de vivre sous Terre par la nouvelle espèce dominante de la planète, les hybrides, a de quoi surprendre. Mais la narration, incroyablement fluide, est tellement maîtrisée que l’on y entre le plus naturellement du monde. Sans parler du dessin, pas forcément le plus beau à regarder, mais sûrement l’un des plus expressifs et des plus touchants, qui donne véritablement vie à ses personnages et à leurs sentiments. Du coup, difficile de résister aux nouvelles aventures de Gus, toujours aussi intelligentes et critiques (surtout envers l’Eglise !), qui nous parlent de mensonge, de manipulation et de la nécessaire résistance au lavage de cerveau que certains tentent de nous imposer. Le problème, avec la lecture de ce retour, c’est que votre budget va en prendre un coup : vous allez ensuite acheter les 3 intégrales qu’Urban Comics vient de ressortir pour découvrir la série-mère…

(Mini-série complète, 160 pages – Urban Comics)

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