LES AMANTS DE SHAMHAT (Berbérian)

BD. XVIIIe siècle avant Jésus-Christ. Gilgamesh règne en tyran sur Uruk. Descendant des Dieux, il considère avoir droit de vie ou de mort sur ses sujets qu’il méprise ouvertement. Y compris ses officiers qui lui ont pourtant rapporté de nombreuses terres et richesses au cours des combats livrés en son nom. Autant dire qu’il est détesté de tous. Un jour, il demande à l’une de ses amantes, Shamhat, de lui rapporter un léopard blanc, pour en faire son animal de compagnie. Mais au lieu de l’animal mythique, la courtisane lui ramène un beau jeune homme, Enkidu, qui a grandi loin des hommes et dont elle a fait son amant. Une arrivée qui va complètement changer le roi…

Malgré son titre trompeur, c’est bien l’histoire de Gilgamesh que Berbérian conte dans son nouveau récit qui paraît pour les 15 ans de la collection qui a vu Futuropolis et les éditions du Louvre sortir 20 livres (dont le plus réussi reste, pour nous, le premier, à savoir Période glaciaire de de Crécy). Ou plutôt sa légende car si Gilgamesh a bien existé, les 12 tablettes d’argile en caractères cunéiformes qui la racontent comportent des « trous » que chacun a pu combler à sa convenance en s’attaquant au mythe de Gilgamesh (en fait un avatar d’Hercule). C’est le cas de Berbérian qui, s’il respecte les grandes lignes de la légende (en gros, un roi égoïste et tyrannique qui prend conscience – grâce à Shamhat ? Au sage Utanapishtim ?- qu’il doit s’occuper de ses sujets et améliorer leurs conditions de vie s’il veut rester dans les mémoires et être vraiment immortel), en livre ici sa propre vision. En faisant jouer un rôle plus important à Shamhat, qui ne s’en laisse pas conter (voilà pourquoi son nom se retrouve dans le titre), en choisissant Ebih-Il (dont la statue, magnifique, faite d’albâtre et de lapis-lazuli pour les yeux, visible au Louvre, a déclenché l’envie de ce récit chez Berbérian au cours d’une visite), un haut responsable proche du roi, comme narrateur, ou en ajoutant de l’humour à l’ensemble. Et, aussi, en faisant le choix d’un trait intuitif et « primitif », souvent (l’auteur mêle en fait ici les techniques) exécuté au pinceau et rehaussé d’encres ou d’aquarelles sur papier Velin couleur ivoire pour être au plus près de son sujet. Une évocation, pleine d’ironie, réussie !

(Récit complet, 128 pages – Futuropolis/Louvre éditions)

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