LE ROI DES VAGABONDS (Spät/Davies)

BD. Gregor Gog, ce nom ne vous dit probablement rien. Pourtant, il fût une figure contestataire originale des années 1920 et 30 en Allemagne. Un homme qui consacra sa vie à lutter contre l’intolérance de la bourgeoisie de l’époque et pour le droit à une vie différente, de vagabond sur la route. Spät et Davies reviennent sur la trajectoire de ce personnage haut en couleurs et hors normes dans Le Roi des Vagabonds, roman graphique porté par un dessin en noir et blanc inspiré au découpage qui sort souvent, forcément, des sentiers battus…

Le récit, qui commence par la fuite de Gog et d’un comparse d‘un camp pour asociaux (vagabonds, prostituées, Roms, ennemis du travail, il y en avait beaucoup…), que le régime national-socialiste commençait à mettre en place en Allemagne, en 1933, propose ensuite un long flash-back qui revient sur les moments clés du parcours de Gog. Sa décision de parcourir le monde sur des navires alors qu’il n’a que 19 ans ; sa condamnation, en 1918, par la cour martiale de la marine (il avait été enrôlé en 1914 pour faire la guerre), à un an de prison, pour insubordination ; la création de « la commune du chemin vert » avec sa femme Anni, Theodore Plievier et Karl Raichle, communauté de vie anarchiste ouverte à tous les anti conformistes et les libre penseurs ; sa décision de vivre sur les routes avec les quelques 70 000 autres vagabonds allemands au milieu des années 20 avant de créer la confrérie internationale des vagabonds et de devenir le rédacteur en chef du Trimardeur, journal d’information et de contestation des vagabonds puis d’organiser un congrès international des vagabonds à Stuttgart le 21 mai 1929 pendant lequel il décrétera « la grève générale à vie » pour lutter contre l‘esclavagisme capitaliste…ou un voyage en U.R.S.S. en 1930 qui lui fît abandonner l’anarchisme pour le communisme, seul à même, selon lui, de contrer la montée du national-socialisme en Allemagne.

Une vie de luttes et d’utopies incroyablement intense et romanesque qui condamna bien entendu Gregor Gog à la misère et l’exposa régulièrement aussi aux amendes, arrestations et internements et qu’il fallait absolument sortir de l’oubli. C’est désormais chose faite grâce à Spät et Davies et à leur roman graphique inspirant !

(Récit complet, 160 pages – Dargaud/Seuil)

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