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ACTING CLASS (Drnaso)

BD. Ennui, manque de confiance en soi, mal-être, besoin de se reconstruire : chacune du groupe de personnes qui vient assister au premier cours (celui-là est gratuit) de l’atelier de théâtre de John Smith a une bonne raison, consciente ou inconsciente, de venir. Si les premiers exercices sont simples, le “professeur” (qui dit avoir beaucoup d’expérience mais évite de parler de sa formation ou de ses diplômes…) demande progressivement, séance après séance, un investissement, émotionnel et psychologique, de plus en plus important à ses “élèves” et fait émerger chez eux, par l’improvisation ou des jeux de rôles, des peurs, voire des névroses jusque-là refoulées. A tel point que certains commencent à attendre ses cours avec impatience…

Après avoir été récompensé par le Fauve révélation à Angoulême 2018 pour son premier roman graphique Beverly et avoir été sélectionné pour le Man Booker Prize (apparemment, c’est la première fois que cela arrivait pour un roman graphique…) aux Etats-Unis pour son second récit Sabrina, le nouveau récit de Nick Drnaso était clairement attendu avec curiosité et impatience. Pourtant, autant le dire d’emblée, Acting class déçoit. Bien sûr, cet auteur a indéniablement quelque chose, une singularité formelle que l’on peut rapprocher d’un Chris Ware et une ambition narrative évidente. Et oui on pourra voir ce récit comme la métaphore d’un pays à la dérive, dont la population, perdue (réalité et imaginaire se confondent à plusieurs reprises dans le récit, ce que les “élèves” jouent devenant alors ce que l’on voit…) et donc facilement manipulable, est prête à suivre le premier beau parleur (et il y en a quelques-uns en politique ou dans les milieux religieux…) bien coiffé qui passe. Certes. Mais pour en arriver là (pendant très longtemps on se demande tout de même où Drnaso veut en venir…), il nous aura fallu assister à plus de 200 pages d’exercices et autres improvisations théâtrales de ces apprentis acteurs, dont les visages et corps (et dialogues…) sont donc de toutes les cases ou presque ! Une monotonie graphique forcément voulue par l’auteur puisqu’elle est renforcée par le choix d’un gaufrier de 15 cases (le format du livre est quasiment carré) qui revient presque (on a droit à une petite variation de temps à autres) invariablement, page après page. Et un dessin minimaliste, avec des visages esquissés simplement (ce qui fait que l’on peut parfois confondre certains personnages…) d’un trait pourtant net, mis en couleur par informatique dans des tons la plupart du temps froids. Un travail graphique radical, allié à une narration jusqu’au-boutiste, très exigeants avec le lecteur, qui risquent fort de le laisser perplexe une fois le livre refermé.

(Récit complet, 268 pages – Presque lune)

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