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ILS ONT TUE OPPENHEIMER (Ollagnier)

ROMAN. 6 avril 1945, Little Boy est lâché sur Hiroshima, obligeant le Japon à capituler sans conditions. Robert Oppenheimer a réussi son pari : dans son laboratoire de Los Alamos, entouré d’une incroyable équipe de scientifiques, il a réussi à mettre au point la bombe atomique avant les nazis et ainsi à assurer la victoire des alliés. Pourtant, 19 ans plus tard, celui que l’on surnomme “le père de la bombe atomique”, véritable héros de guerre pour les américains, est trainé dans la boue et poussé à la démission (il était consultant à la Commission de l’énergie atomique) par le président Eisenhower, à qui Strauss et Nichols ont remis un dossier regroupant toutes les preuves démontrant qu’Oppenheimer pouvait être une menace pour la sécurité nationale…

Ils ont tué Oppenheimer est bien un roman, fruit d’un travail de documentation conséquent et basé, vous l’avez compris, sur des faits réels. La chronique d’une chute annoncée. Par le titre du récit. Et par l’Histoire elle-même. Qui montre, en 33 chapitres, qui sont autant de flash-backs chronologiquement “aléatoires” (en apparence seulement, bien sûr, car tout a été pensé pour que le livre se lise comme un thriller politique) dans la vie d’Oppenheimer, comment l’éminent physicien est passé de héros à menace pour l’Amérique. Virginie Ollagnier (pour la petite histoire, elle est l’épouse d’Olivier Jouvray, scénariste BD, notamment de la série Lincoln) rappelle comment dès son travail à Los Alamos sur le projet Manhattan, Oppenheimer comprend que sa découverte va être une malédiction qui va mettre le monde en péril et décide de militer, en conséquence, dès la fin de la guerre, pour une mise en commun des connaissances américaines sur l’atome avec les autres puissances mondiales (c’est l’opération sincérité), dont l’URSS, pour stopper l’escalade nucléaire. Et démontre comment le complexe militaro-industriel, mené par Strauss (un banquier), Nichols (un militaire devenu directeur général de la Commission de l’énergie atomique) et Borden (leur soldat), a œuvré, à partir de ce moment-là, en coulisses, pour salir l’image d’Oppenheimer et avoir les mains libres pour continuer les recherches sur la bombe thermonucléaire, bien plus puissante que celle mise au point par Oppenheimer et d’autres armes de destruction massive. La chasse aux sorcières anti-communiste de McCarthy leur donnera le petit coup de pouce nécessaire (le frère d’Oppenheimer, sa belle-sœur et quelques-uns de ses amis étaient communistes, ce qui, à l’époque, suffisait pour faire de lui une menace pour la sécurité nationale…) pour enfin exaucer leur vœu en 1954. Malgré le discours “Atomes pour la paix”, très influencé par Oppenheimer, prononcé par Eisenhower à l’O.N.U. quelques mois plus tôt…

Ils ont tué Oppenheimer est un superbe portrait (Ollagnier évoque aussi quel père était Oppenheimer, ses idéaux humanistes -il finança les Brigades internationales luttant contre Franco en Espagne-, son goût pour les belles voitures ou sa relation avec Jean, sa maîtresse), très bien écrit, qui nous plonge aussi au cœur de la guerre froide, dans les méandres de la politique américaine et raconte, en creux, la prise de pouvoir du complexe militaro-industriel aux Etats-Unis à qui l’on doit quelques guerres récentes…Captivant !

(Récit complet, 352 pages – Editions Anne carrière)

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ILS ONT TUE OPPENHEIMER (Ollagnier) – Positive Rage