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INEXISTENCES (Bec)

BD. Si les séries de Christophe Bec sont omniprésentes dans les rayonnages des libraires (Olympus Mons, Abaddon ou encore Carthago, c’est lui…), il les dessine rarement, préférant se concentrer, depuis pas mal de temps maintenant, à son travail de scénariste. Ainsi, cela faisait 7 ans (depuis Les Tourbières noires paru en 2016) qu’il n’avait pas sorti un récit en auteur complet. Voilà pourquoi Inexistences est un petit événement en soi. Et un livre surprenant. Pas vraiment pour le genre qu’il aborde, la science-fiction étant l’un des genres fétiches de notre homme, mais parce que c’est un objet hybride qui mélange les techniques picturales (noir et blanc, couleurs, peintures) et les formes narratives. On trouve en effet ici de la bande dessinée “classique”, bien sûr, mais aussi des dessins, parfois pleine page (et même parfois en quadruple pages, qui se déplient), accompagnés de récitatifs et même une nouvelle illustrée. Autant de voies et de voix (les chapitres focalisent souvent sur un personnage différent) qui se croisent, s’imbriquent pour conter le monde d’après. Celui de l’hiver nucléaire que vivent quelques centaines d’humains miraculeusement rescapés des révolutions et de la troisième guerre mondiale qui ont abouti à des cataclysmes en série et précipité une nouvelle ère glaciaire. Réunis en clans revenus à un moyen-âge technologique qui se font la guerre pour faire main basse sur des armes et le peu de provisions qu’il reste pour survivre. Car cette Humanité a bien sûr oublié son passé. Et sans mémoire elle dérive. Même si l‘on raconte qu’un enfant bleu qui vit dans une ancienne cathédrale se souviendrait de l’Histoire des Hommes…

Ce n’est pas la première (ni la dernière, les temps n’étant pas vraiment à l’optimisme…) fois que l’on raconte la (quasi-)fin de l’Humanité, loin de là, mais il faut avouer que l’évocation de Bec, glaçante, a de quoi marquer. Parce qu’elle nous montre souvent les regards vides des humains qui ont survécu. Nous fait ressentir, avec réalisme, le froid, âpre et menaçant, qui règne (au dehors mais aussi dans les cœurs) dans ce futur peu enviable. Et, surtout, nous donne à voir, aussi, le paradis dans lequel ces humains auraient pu vivre si jalousie, entêtement ou mégalomanie n’avaient dirigé les actes de certains d’entre eux…

Un récit sombre, à l’image du dessin de Bec et ses nombreuses hachures et aplats de noir, forcément, qui parvient à renouveler le genre post-apocalyptique avec sa forme originale. Un retour graphique réussi pour Bec !

(Récit complet, 152 pages – Soleil)

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