Skip to content Skip to footer

JOURNAL DE GUERRE (Krug)

JOURNAL ILLUSTRE. A ce rythme-là, chaque nouveau livre de Nora Krug va devenir un événement à ne pas manquer ! Car chaque création de l’autrice allemande, qui vit désormais aux Etats-Unis, est un projet aussi singulier que marquant. Porté par un bel humanisme aussi. Et donc, après Heimat, qui raconte le retour de l’autrice en Allemagne après un long moment, et sa confrontation avec l‘histoire de son pays mais aussi de sa famille et De la tyrannie, dans lequel elle illustrait, avec inventivité, l’essai de Snyder qui propose de découvrir comment résister à la tyrannie en 20 leçons, elle a décidé d’aborder la guerre en Ukraine. En trouvant, une nouvelle fois, une approche originale et intelligente : elle a en fait demandé à deux connaissances de lui envoyer, chaque semaine, un message relatant leur quotidien en temps de guerre. K., une journaliste ukrainienne qui vit à Kiev et se rend souvent dans les zones de combat. Et D., un artiste russe anti-Poutine vivant à Saint-Pétersbourg. Pendant un an, ses deux correspondants ont ainsi livré ce qu’ils vivaient, leurs réflexions sur ce qu’ils voyaient, leurs souffrances ou leurs états d’âme. Des témoignages présentés de façon chronologique, semaine après semaine, l’un en regard de l’autre, accompagnés d’illustrations au trait enfantin et aux couleurs douces, qui forment un double portrait de cette guerre par ceux qui la vivent. Et c’est là tout l’intérêt de ce livre. Car derrière les faits et les chiffres (Zelinsky vient d’annoncer, par exemple, que 30 000 soldats ukrainiens sont morts depuis le début de la guerre…), il y a surtout des gens qui souffrent, sont séparés, quittent le pays, meurent…On lit ainsi l’angoisse d’une mère quand elle doit faire partir ses enfants en lieu sûr, au Danemark. D’une épouse quand elle se rend compte qu’elle ne verra pas son mari pendant un mois pour rendre visite à ses enfants. On découvre la difficulté d’avoir un avis différent que celui de Poutine et ses soutiens en Russie. Les renoncements et les petites lâchetés que cela implique si l’on veut protéger les siens (D. a une femme et deux fils…). La culpabilité de ne pas pouvoir faire plus pour changer le cours des choses. L’obligation de quitter son pays pour éviter la mobilisation en tant que soldat dans cette guerre….

Fort, émouvant, Journal de guerre est un livre une nouvelle fois magnifique, pétri d’humanisme, qui nous permet de comprendre ce que ceux qui vivent cette guerre ressentent au plus profond d’eux-mêmes, intimement. Indispensable !

(Récit complet, 128 pages – Gallimard BD)

Leave a comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.