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LA BIBLIOMULE DE CORDOUE (Lupano/Chemineau)

BD. Fin du Xe siècle à Cordoue, capitale du califat d’Al-Andalus. Al-Hakam II, le calife qui avait comme son père œuvré, en construisant des universités gratuites, en étant le mécène de poètes et de savants de l’Europe entière et en rassemblant des milliers de livres dans sa bibliothèque, à faire de Cordoue le plus grand centre culturel de l’ouest du monde connu, meurt en 976. Son fils, 11 ans, est trop jeune pour réellement gouverner. Le vizir Amir y voit rapidement l’occasion de s’emparer du pouvoir. Pour ce faire, il doit être dans les petits papiers des religieux et accepte, pour leur plaire, de purger la bibliothèque de tous les ouvrages qui pourraient détourner les croyants de Dieu…Tadir, le bibliothécaire, a heureusement eu vent de ces funestes desseins et décide, avant le gigantesque autodafé, de sauver, en secret, des livres dont la connaissance est fondamentale, aidée par Lubna, une esclave copiste et, bien malgré lui, par Marwan, venu avec sa mule (qui sera bientôt chargée des grimoires), lui rendre le livre qu’il lui avait volé quelques années plus tôt…Commence alors, pour les 3 complices, une course poursuite aussi dangereuse que mouvementée (la mule n’en fait bien sûr qu’à sa tête…) à travers la campagne andalouse…

Traiter de sujets graves à travers l’aventure, l’humour et l’évasion : voilà l’objectif que se fixe très souvent Wilfrid Lupano dans ses bandes dessinées. Et La Bibliomule de Cordoue ne fait pas exception. Car le road movie (qui a clairement un côté La Grande vadrouille, la mule remplaçant ici la vache) de l’eunuque obèse Tadir, de la féministe avant l’heure Lubna et du filou Marwan, sans oublier leur mule, par définition têtue, est souvent truculente, jalonnée de rencontres, avec une mémé et son petit-fils, des vikings ou des brigands, inattendues. Un humour évidemment soutenu par le dessin de Chemineau, léger et parfois moqueur envers ses personnages. Mais les auteurs nous parlent aussi, bien sûr, de la fin d’une période bénie pour l’islam qui était alors éclairée et ouverte et avait atteint un haut niveau de civilisation (bien plus qu’au royaume de France…) avec les intrigues du vizir Amir qui va promettre ce qu’ils veulent aux religieux radicaux afin de devenir calife à la place du calife. Une période de ténèbres symbolisée par ces autodafés de livres (qui ont malheureusement régulièrement réapparu ensuite dans l’Histoire de l’Humanité) supposés dangereux pour la foi alors que beaucoup d’entre eux étaient d’une valeur inestimable.

Le talent de Lupano n’est plus à démontrer et il propose avec La Bibliomule de Cordoue une ode à la tolérance et à la connaissance doublée d’une mise en garde contre toute forme de dictature, politique, morale ou religieuse, divertissante et très inspirée. Vraiment un beau livre (l’objet, superbe, avec signet et tranche colorée en bleu, a été pensé pour ressembler à l’un des vieux grimoires de la bibliothèque), dans tous les sens du terme !

(Récit complet, 264 pages – Dargaud)

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