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GRAILS
deep politics
(Temporary Residence)

Ce nouvel album a d'abord fait l'effet d'une énorme surprise et d'une grosse déception ensuite. Mais chemin faisant il s'est progressivement imposé sur la platine. Si depuis 2003 les quatre de GRAILS ne se sont pas imposés de limites et de règles dans leur trip musical, une s'est pourtant logiquement incrustée au coeur de leurs albums: celle de ne jamais faire deux fois le même disque. Vos souvenirs de leur production d'il y a deux ans (avec Doomsdayer's Holiday) doivent donc quelque part disparaître. Exit les riffs sombres et si les nuages psychédéliques n'ont pas été totalement chassés du ciel ('Almost Grew My Hair'), ils sont un peu plus dissimulés dans l'impressionnant tableau sonore proposé ici. Et il ne serait sans doute pas ce qu'il est si Timba Harris, violoncelliste et compositeur ayant travaillé avec SECRET CHIEFS 3 et MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE n'avait pas activement mis son grain de sel dans ces huit compositions instrumentales. Dans un esprit avant-rock lorgnant toujours vers des influences progressives, GRAILS signe une bande originale d'un film imaginaire très déroutant. En cela Emil Amos nous donnait déjà une des clés de leur art. "En plaçant dès le départ imagination et fantasme au coeur du processus musical..." disait-il dans le numéro 8 de NOISE "... la B.O. s'affranchit de toute considération du genre. Et c'est avant tout la façon dont une chanson influe sur l'imaginaire qui fait sa qualité." Les cultures musicales et les influences s'entremêlent, parfois s'entrechoquent. Quel rapport peut-il en effet exister entre les très Morriconiens 'All the Colors of the Dark' et 'Deep Politics' et le beat hip-hop sauce orientale de 'Corridors of Power'? La musique classique se marie aussi avec celle des 70's. Des sérieux coups de coudes à PINK FLOYD aux touches world, de la musique transcendantale aux arpèges hispanisants, les américains nous brinquebalent comme les oeuvres d'Angelo BADALAMENTI pourraient le faire dans une bande son d'un film hallucinant de Lynch. Les ambiances très cinématographiques associent une multitude d'instruments. Les guitares se font parfois discrètes au profit d'un piano, d'un violon ou d'une flûte. L'atmosphère apaisée des chansons parfaitement orchestrées nous convie plus à la rêverie qu'au cauchemar. L'imagination débordante du quatuor n'a d'égal que son envie d'expérimenter pour peut-être enfoncer des portes. Toujours est-il qu'il vous faudra indubitablement ouvrir vos chakras pour apprécier la politique de cette formation qui s'amuse à nous en faire voir de toutes les couleurs. La première surprise passée, le plaisir naît.
[chRisA]



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