
Victims Family au
Lowlands Festival (1998) - © Vince
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Victims
Family au Divan du Monde.
Déjà,
le Divan du Monde, salle parisienne, ne bénéficiait pas
d'une bonne réputation, mais le 13 novembre, elle a connu un évènement
grave et impardonnable. En effet, les Victims Family ont vécu,
ce soir-là, une agression violente de la part d'un membre du service
d'ordre. Voici le témoignage d'une personne présente ce
soir-là, qui revient rapidement sur les faits
Mardi 13 novembre
2001, un soir au Divan du Monde, à Paris.
Après un concert déchaîné du groupe américain
Victims Family, un temps de pause s'installe : il est 22h45 et l'équipe
du Divan interdit au groupe de jouer ses trois derniers morceaux (soit
dix minutes applaudissements compris). Les musiciens retournent dans leur
loge après avoir hésité un moment, tant le public
insiste pour voir et entendre la fin du set. Ils tentent de rejouer un
dernier morceau, mais l'électricité n'est plus sur la scène.
Elle se trouve désormais dans le public qui hue les techniciens
qui démontent le backline. La frustration est là, devant
des horaires si scrupuleusement tenus sans tenir aucun compte de l'artistique
; c'est pourtant ce qui rempli les caisses de cet établissement.
Le service d'ordre se plaint du fait que le public ne sorte pas de lui-même
et discute au stand avec le groupe. Et c'est un membre du service d'ordre
qui sort à ce moment de ses gonds en voulant virer de la salle
le groupe et son stand. Insultes, bousculades, nous sommes à deux
doigts de la bagarre. Une heure durant, le groupe va subir les assauts
verbaux et physiques d'un membre du service d'ordre, imposant et surtout
armé d'une barre de fer. Il teste plusieurs fois celle-ci sur les
murs et les colonnes du Divan du Monde en hurlant. Durant cela, le public
est évacué, le matériel et le stand plié.
La pression est permanente ; les autres membres du service d'ordre et
la direction ne font rien pour calmer les choses, ils contiennent juste
les pires débordements afin que personne ne soit sur le carreau.
Nous nous pressons tous vers la sortie afin d'éviter le carnage
; accompagnateurs et asso organisatrice aidons le groupe à empiler
précipitamment son matériel dans le camion, une barre de
fer hurlante à nos trousses. Les artistes sont littéralement
pourchassés sous les yeux du public encore présent dans
la rue des Martyrs ! La police est appelée, mais ne sera pas là
avant la fin des évènements. Cela ne s'arrête pas
là : les musiciens réfugiés dans leur camion ne peuvent
dire au revoir, ils ont eu à peine le temps d'être payé
: leur véhicule reçoit des coups et ils démarrent
donc pour échapper à ce mauvais film.
Choqués et dépités, ils ne remettront pas les pieds
de sitôt à Paris, et gageons qu'ils ne fassent pas non plus
de la bonne pub. Et les nouvelles vont vite dans les réseaux, surtout
lorsque l'on est connu. C'est sûrement une image du monde de la
musique que ne partagent absolument pas les personnes y travaillant avec
passion.
Toute personne présente ce soir-là pourra témoigner
de la sauvagerie de la scène. Pourquoi confier à des personnes
aussi peu maîtresses d'elles-mêmes, le soin -rémunéré
!- d'assurer la sécurité du public ? Pourquoi la direction
du Divan du Monde n'a t-elle pas réagi ? Qu'en est-il aujourd'hui
du service d'ordre : a-t-il eu des instructions sur sa conduite future,
a t-il été remplacé ? Que serait-il arrivé
si les coups de barre de fer avaient porté : des blessés
graves, des morts, et pour quels motifs ? Pour quelles raisons sinon l'intolérance,
les choses ont-elles dégénérées ? Est-il,
aujourd'hui encore, possible d'aller sereinement à une soirée
au Divan du Monde ? Autant de remises en cause du fonctionnement actuel
des concerts sur Paris, dans certains types d'établissements où
l'argent est le seul moteur de la création...
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Nous
nous sommes renseignés
il semblerait que le Divan du Monde passe par une société
extérieure pour assurer la sécurité. La salle, qui
regrette heureusement l'évènement, a demandé de ne
plus travailler avec la personne responsable de l'incident. Pour sa défense,
l'équipe du Divan du Monde rapelle qu'elle ne peut dépasser
un certain horaire (normal puisque la salle est louée une seconde
fois dans la soirée, pour toujours plus de profits), et si elle
condamne le geste de l'agent de sécurité, elle rapelle que
le chanteur du groupe aurait insulté le cowboy
et alors ?
Si tout cela est bien dommage, cet incident révèle surtout
le climat des concerts parisiens. Combien d'entre nous se sont faits chassés
parce qu'ils discutaient avec le groupe, ou des amis, après un
concert ? Doit-on l'accepter ? Les concerts devraient être des moments
agréables, pendant lesquels les gens se rencontrent, discutent
et écoutent de bons groupes. Alors faut-il encore soutenir ce genre
de concerts millimétrés, lors desquels le groupe ne peut
discuter avec son public ? Faut-il continuer à organiser des concerts
indés dans ce genre de lieux ? Vu l'absence de concerts indépendants
à Paris, je crois que beaucoup ont déjà choisi !
Je les comprends.
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