
Après un premier mini album sorti il y a quelques années et un changement de batteur survenu peu de temps avant l’enregistrement, Kimmo revient en 2010 avec un disque qui devrait marquer les esprits. Bolt And Biscuit ressemble d‘une part à ce que sont leurs prestations scéniques en règle générale, un concentré d’énergie et de finesse puisant largement dans l’émo, le noise rock et la pop. Mais, il marque aussi une évolution évidente qui ressemble à une vraie montée en puissance. C’était assez manifeste pour ceux qui avaient pu les voir live, ça le sera désormais pour qui voudra bien entendre ce LP sorti conjointement par Rejuvenation, Les Disques du Hangar 221, Karaoke 666 et My Kimono. Vieux activistes de la scène parisienne, Kimmo avance, Kimmo progresse et il faut bien que cela finisse par se savoir. Bolt And Biscuit devrait aider à propager la bonne nouvelle. Les nouvelles compos pleine d’allant, d’explosions de guitares, de petites mélodies tendues se déroulent sur un tapis tissé autour d’une rythmique plus que servie par le son de Miguel Constantino. Et c’est un vrai bonheur de se laisser prendre par le groove de velours de cette basse qui rappellera sans aucun doute celle de Erskine de June Of 44 et de Hoover. On avait d’ailleurs souvent parlé de l’inspiration de Blonde Redhead pour définir le quatuor parisien, c’est désormais une vision complètement dépassée. Par cette section rythmique donc, mais aussi grâce à un travail des voix féminine et masculine à présent plus discrètes, plus précises mais toujours aussi saillantes. Mathieu Gelezeau et Natasha Herzock, qui forment aussi le duo de guitares ont fait évoluer le chant mais ils ont aussi pris soin de mettre en place des compos truffées de surprises, de chausse-trappes. On pense évidement à June Of 44 sur les premiers passages, on se rapproche de PJ Harvey sur l’excellent Flowers Eater, on se rappelle brièvement Slint sur le très engageant Une Rose à Luxembourg ou encore Papier Tigre pour le son (West Coast – France) et l’inspiration (East Coast – USA), et on termine avec l’irrésistible envie de remettre ce disque sur la platine à chaque fois qu’il se finit. En général, c’est un très bon signe.
(10/10)
{Olivier}
chronique publiée sur Nextclues
La distinction se fait bien trop rare par les temps qui courent, sans parler de la classe et de l'élégance. Mais il faut bien avouer que Kimmo, quartette parisien navigant entre rock noisy et pop emo, fait preuve de ces qualités. Et de bien d'autres encore. Bolt and Biscuit entérine le talent de compositeurs de ces jeunes gens énergiques qui ont parfaitement su trouver l'équilibre entre exigence mélodique, affûtage des guitares et assises rythmiques. Si allergique à Sonic Youth (milieu de carrière) et Blonde Redhead (leurs premiers disques uniquement), on passera évidemment son chemin. Si au contraire dissonances subtiles, dentelles d'arpèges, chant d'anges déchus et de diablotins taciturnes sont votre tasse de thé, Kimmo et sa pop énervée, noisy, virant à l'envi vers un rock acéré plus pêchu mais toujours affiné, sauront amplement vous convaincre. Et une fois que la séduction opère à plein, impossible de lâcher quoi que ce soit de ce Bolt and Biscuit, un album qui se révèle passionant de bout en bout. La richesse des inspirations de Kimmo (on peut ajouter aux deux groupes déjà mentionnés quelques accents emo à la Washington DC, mais aussi de rares tournures très The Ex notamment sur "Flowers eater" ou "After the Show" et sa magnifique ligne de chant en introduction) ne confine jamais au patchwork maladroit : non, Kimo synthétise avec brio, au gré de compositions riches et toujours inspirées. L'un des principaux point fort du groupe (en dehors du jeu subtil des guitares) c'est bien évidemment la voix mi-caressante mi-épineuse de la chanteuse, souvent (sur)aiguë, mais pas irritante, pleine de sensations jamais naïve et contrebalancée par un chant masculin bien plus brut. Une dualité gagnante sur After the Show, décidemment le meilleur titre — parce que très changeant sans être brouillon — d'un album qui frise l'excellence. Bravo, bravo, bravo !
H. MODOFF
chronique publiée dans Noise Magazine N°15
Avec Bolt And Biscuit, Kimmo semble toujours tourné vers l’orient, mais au lieu d’insister sur les japoniaiseries larmoyantes typique des disques citroniques de Blonde Redhead, comme c’était un peu trop le cas sur After The Show, leur EP précédent (déjà chez Rejuvenation), les quatre parisiens se font maintenant un malin plaisir de nous servir des chinoiseries dont ils ont le secret, et ce dans la bonne humeur. Elles sortent d’où ces étranges mélodies aux couleurs inhabituelles ? Ce sont parfois les lignes de chants de Natasha qui donnent cette très étrange impression que la belle Eli Medeiros de l’époque Stinky Toys serait en train de reprendre le Hong Kong Garden de Siouxsie, d’autres fois ce sont les guitares qui semblent dévaler les rizières du Yunnan. Vous pouvez ressortir vos Raincoats pour la mousson : Kimmo est ici intenable, alignant, tous crocs dehors, des passages tendus et d’une grande originalité comme si ces derniers mois ils n’avaient mangé que du chien enragé. Les morceaux ayant cet étrange goût d’un post-punk à la mode dimsum sont en nombre dans Bolt And Biscuit. C’est ce qui donne à cet album un incroyable optimisme, un vrai côté ludique et une énergie régénératrice, le tout démultiplié par l’enregistrement de Miguel Constantino qui arrive à te faire croire que Kimmo a installé son matos dans ton salon. Dès l’intro enlevée de Kikkoman – un clin d’œil aux lyonnais d’Akiko ? -, on se doutait bien que l’ambiance (électrique) allait être à la fête, mais pas que. J’ai parlé de dimsum un peu plus haut, et si mon cantonais n’est pas encore trop rouillé, je crois que ce terme peut se traduire par quelque chose comme « touche au cœur ». Dans le mille : l’émo. Une des grandes spécialités de la plupart des groupes de chez Rejuvenation. L’émo, oui, mais l’émo comme dans emocore, ce dans quoi baignaient la majeure partie des combos de chez Dischord au début des 90’s. L’émo avec la grande classe, du groove et des idées à foison. Comme chez Hoover, par exemple, un groupe qui n’a certainement pas laissé indifférente la section rythmique de Kimmo. La transition avec June Of 44 ? Rien de plus facile. Elle s’était faite avec la basse de Fred Erskine – pas le premier venu -, et Kimmo n’oublie pas non plus de faire tourner des plans qui sentent bon les Four Great Points, avec un soupçon de dub, et des boucles de guitares qui, comme sur Coureur de Fond, rappelleront les entourloupes combinées de Sean Meadows et Jeff Mueller. Le reste, c’est un équilibre parfait entre deux voix, une féminine, qui peut aller d’un beau chant fragile mais éclairé, à la 27, aux étonnantes intonations orientales (interventions souvent bi-syllabiques et placées sur le un et le deux de la mesure, d’où la ressemblance avec Blonde Redhead qui tend à persister, mais The Au Pairs veillent également au grain) dont j’ai déjà parlées, et une masculine, plutôt tournée vers les gueulantes indispensables au bon fonctionnement de la Kimmothérapie. Et puis c’est aussi un tube dont je pourrai jamais plus me passer, qui dit « Turn off the radio, alright ! » lors de son refrain, et qui s’enfonce tellement loin dans les conduits auditifs qu’ils ont décidé de l’intituler Coton tige. Eux appellent ça de la « musique ouvrière distinguée », et ce qui est sûr, c’est qu’avec Bolt And Biscuit, la Longue Marche (en avant) vient de commencer pour Kimmo. Alors que jusqu’à présent leur musique me laissait impassible, ils viennent de me faire connaître une petite révolution intérieure, me faisant directement passer du « Kimmo, no ! » au « Kimmo, (fuck) YES ! » [Bil]
chronique publiée sur Positive Rage
Ça fait maintenant une paye que Kimmo écume le circuit rock underground, à un rythme de croisière qui semble lui être bénéfique. Toujours debout après huit ans d’existence, habité par une motivation inaltérable, le groupe parisien poursuit tranquillement sa route, sans ambition démesurée, avec “Bolt And Biscuit”, un nouvel album qui lui fait pourtant gravir une nouvelle marche. Tirée à 500 exemplaires vinyls et autant de CD, cette nouvelle galette, enregistrée à l’air iodé de Bretagne et dans des conditions live sous la houlette de Miguel Constantino, décortique toujours un peu plus la rencontre jouissive d’une noise angulaire et d’une pop qui se plait à l’arrondir, le tout avec un chant en partie féminin qui tient bon la corde et empêche l’embarcation Kimmo de tomber dans les travers de l’extrême virilité. Au lieu de cela, il entretient l’originalité, souligne d’un trait franc un contraste omniprésent, fil conducteur de la musique du quatuor. Ainsi, la basse s’enroule sur une rythmique précise et mesurée, les guitares imprévisibles vous incisent ou vous caressent mais entretiennent inlassablement une tension héritée de leurs ainés indie de la côte Est des Etats Unis. Autrefois un tantinet approximatif, Kimmo avance donc désormais avec une pleine assurance, sans tracas ni blabla, juste avec des morceaux qui ne laissent plus aucun doute sur les efforts de composition fournis par le groupe. De l’ouverture “Kikkoman” et son riff répétitif au final “Hell Sinki” qui pour un peu se serait même passé de chant, Kimmo se montre plus inspiré que jamais (les excellents “After The Show”, “Coton Tige”), possède même ce groove électrique aussi discret qu’efficace que seules les sections rythmiques d’expérience finissent par entretenir à ce point (”Backlash Pistache”, “Une Rose à Luxembourg”). Alors qu’on sait pourquoi, mais qu’on ne parvient pas toujours à l’écrire avec justesse, Kimmo fascine. Et le mieux reste encore de laisser parler l’écoute attentive et répétée de ce nouvel album en tous points réussi. [matthieu]
chronique publiée sur Mowno
Entre "After The Show" et "Bolt And Biscuit", Kimmo aura pris son temps pour enregistrer cet album. Pas moins de 5 ans. C'est dire s'il était attendu. On aurait pu imaginer que le son du groupe aurait radicalement changé, ou à ce qu'il se soit assagi. On peut dire d'emblée qu'au contraire, l'intensité, déjà bien palpable sur les précédents disques, a été renforcée et est plus présente que jamais sur ce "Bolt and Biscuit". Et ce, en partie grâce à des parties chants/refrains plus incisives, parfois scandées ("After The Show", "Backlash Pistache", "Coton Tige"), ainsi qu'à des guitares beaucoup plus tranchantes et à une base rythmique qui bastonne beaucoup plus ("Coureur De Fond", "Clac Son"). La production y est également pour quelque chose, puisque Miguel Constantino (Marvin, Papier Tigre, Clara Clara, Sincabeza...) a su parfaitement restrancrire leur puissance scénique sur disque. Le chant féminin, qui apporte à Kimmo ce coté onirique, poétique, est en totale complémentarité avec le chant masculin, qui lui est plus direct et urgent. Kimmo s'essaie à de nouvelles ambiances et ça lui réussit, notamment avec ce "Flowers Eater", finalement assez proche d'un PJ Harvey, mais aussi cette intro très post-rock de "Hell Sinki", ou encore cette longue plage bruitiste "Sécurité enclenchée" sur laquelle se mêlent larsens et ronflements de fréquences basses pour un résultat proche d'une ambiance bästardienne sombre et inquiétante. La noise aux penchants doucement pop de Kimmo a atteint avec ce "Bolt and Biscuit" le dosage savant entre ce qu'il faut d'effleurement et d'agitation pour atteindre euphorie et quiétude à son écoute. Il ne vous reste plus qu'à savourer.
chronique publiée sur Excit
Mine de rien, ce n'est pas tous les jours qu'on tombe sur un groupe qui parvient à adopter, et surtout à s'approprier, le trait de finesse faussement limpide de June Of 44 et la propension à maintenir une tension toute en retenue, comme le faisait à merveille Fugazi ou bien Hoover.
Chez Kimmo, on y retrouve cet amour sans faille pour les notes égrainées comme des tintements et qui fatalement, dérapent vers des versans râpeux et acérés ("Une rose au Luxembourg"). Hypnotiques et enivrantes, on voudrait bien que les envolées de ces dernières durent des heures, comme une longue injection de Codeine, au goutte à goutte ("Hell Sinki"). Car c'est un fait, Kimmo est le moteur d'une énergie lumineuse, positive et antalgique, de la première à la dernière note de Bolt And Biscuit.
Puis il y a cette paire vocale féminine/masculine, complémentaire, versatile, capable de s'immiscer doucement au creux des tympans, mais aussi d'être sur le devant, lorsqu'il s'agit appuyer avec force les moments les plus nerveux ("Kikkoman"). Sans la moindre poudre aux yeux, sans le moindre verni racoleur, tout se fait de manière humble et sincère chez les parisiens, pour ne laisser en surface que l'extrême sensibilité des mélodies et la délicatesse éloquente d'une section rythmique toujours très juste.
Non, décidément, ce n'est pas tous les jours qu'on croise un groupe comme Kimmo. Tendre méticuleusement une corde entre Chicago et Washington DC, entre poésie rêveuse et frissons d'urgence, n'est pas donné à tout le monde, et encore mois de part chez nous. Une superbe sortie pour Rejuvenation Records, qui avec le CD, offre le LP.
chronique publiée sur Metalorgie