BD. Un petit garçon entre en scène. Il salue le public puis se regarde dans un miroir. Il manque quelque chose. Alors il se mord le doigt et utilise le sang qui coule pour se maquiller : un peu de rouge sur les lèvres et au coin des yeux. Ressemblant désormais à une fille, il est heureux et peut, alors, commencer à danser. Mais cette joie est de courte durée. Des silhouettes sombres apparaissent, en effet, pleines de reproches et de méchanceté : « Un garçon qui fait ce genre de choses », « tu es un monstre », « une aberration ». Le garçon, en pleurs, revêt alors un masque qui n’affiche aucune émotion…
La genèse de Kabuki date en fait de 2017, quand Tiago Minamisawa, son scénariste, tombe sur une vidéo postée sur Youtube. Ce film, qui montre l’agression, et le meurtre, de Dandara Dos Santos, une femme transgenre, par des adolescents, ne le quittera plus. La seule manière qu’il ait trouvé pour évacuer la douleur inhérente à ces images a été d’en réaliser un film pour changer les mentalités et faire avancer les choses. Ce film d’animation, c’est Kabuki, qui a ensuite été adapté en bande dessinée. Kabuki, c’est le prénom du petit garçon mais aussi un art théâtral traditionnel japonais (Minamisawa est brésilo-japonais…) . Car il a semblé plus pertinent aux auteurs d’utiliser le symbolisme et la métaphore qu’offre le théâtre pour raconter l’histoire de ce petit garçon confronté à sa différence (c’est en tout cas ce que les autres lui renvoient dès son plus jeune âge) qui va, après un long chemin pavé de doutes, de souffrance et de remises en question, comprendre qu’il doit, pour lui mais aussi pour ceux qui sont comme lui, s’accepter tel qu’il est.
Le thème commence, et c’est heureux, à être régulièrement abordé dans les Arts et donc en bande dessinée mais il l’est rarement de cette façon, très personnelle et originale. Le choix de faire monter Kabuki sur scène est on ne peut plus judicieux, lui qui doit jouer un personnage qu’il n’est pas et à qui l’on demande de porter un masque, l’empêchant ainsi d’être celui qu’il voudrait être vraiment.
Une histoire forte, inspirante, portée par un joli travail graphique, délicat, sobre et poétique à la fois, en même temps qu’un bel hommage au Kabuki, cet art dramatique japonais encore méconnu chez nous, sur lequel Jérôme Collet, un spécialiste, revient longuement dans un cahier bonus très fourni proposé à la fin du livre.
(Récit complet, 160 pages – Ankama)