ALBUM. Une ligne de basse appuyée qui tourne et hypnotise couplée à une rythmique simple mais efficace et, bien sûr, la gouaille d’un Williamson en verve qui débite ses histoires inénarrables relayée par la voix mélodique de Big Special sur le refrain : The Good Life, premier single séduisant du nouvel album de Sleaford Mods, avait accroché nos oreilles, nous laissant espérer un The Demise of Planet X plus inspiré que UK Grim de la part du duo anglais.
Il était évident, et compréhensible, que la formule, restrictive, voix/basse et boîte à rythmes, du groupe, les obligerait à évoluer vers autre chose que leur post-punk rapé des premiers albums. Mais le virage électro pris sur UK Grim nous avait clairement refroidi. Et si cette période n’est apparemment pas totalement révolue, contrairement à ce que The Good Life pouvait laisser penser, c’est cette fois fait avec davantage de subtilité et de goût (à part sur Megaton et ses beats bodybuildés ou Kill List et son électro-rap qui nous laisse froid), comme le prouvent No Touch, électro cool avec chant mélodique pop signé Sue Thompkins, l’inquiétant Bad Santa, sorte d’électro-new age singulier, ou encore l’électro-pop sympa The Unwrap. L’album confirme surtout que le duo continue d’ouvrir sa musique pour explorer de nouveaux horizons comme sur le jazzy Double Diamond ou la balade Don Draper. Une volonté confirmée par la présence de plusieurs invités et l’utilisation d’autres instruments (un xylophone sur The Demise of Planet X ; des percussions un peu bluegrass et un synthé sur Shoving the Images ou un piano et du violoncelle sur Double Diamond) pour apporter de la variété et ainsi éviter l’impression de répétition et de routine chez l’auditeur. Le groupe n’en oublie pas pour autant ses racines rock/punk, en attestent The Demise of Planet X et ses arrangements surprenants de jeux vidéos, Elitest G.O.A.T avec son refrain mélodique très sucré signé Aldous Harding, Gina Was ou The Good Life dont on a déjà parlé.
Et cela donne, du coup, effectivement, un album varié même si le chant typique de Williamson reste, lui, le même (et pour cause le bonhomme demeure bien énervé!), avec, notamment, ces petites intonations humoristiques ici ou là. Et inspiré. Certes, le post-punk des débuts n’est désormais présent que par intermittence seulement mais le duo montre ici qu’il évolue bien.
(Rough Trade)