BD. Depuis la mort de sa mère, un jeune garçon et son père évitent scrupuleusement les Hommes. Nomades, ils ne dorment jamais plus de 3 nuits au même endroit et chassent pour se nourrir. Mais quand ils décident de se rendre à la petite ville de Montenalo pour y vendre les dents d’un crocal qu’ils ont tué quelques jours auparavant et acheté un couteau au petit, leurs origines les rattrapent et ils évitent de justesse de se faire arrêter…
La science-fiction avec Sylvain Runberg, c’est très bien, mais après une trilogie (l’excellent On Mars) et un one shot (Space relic hunters), Grun a eu envie d’une petite pause. D’une récréation graphique. Et tant qu’à faire, pourquoi, du coup, ne pas travailler à un récit avec sa compagne, Laurine Clin ? Habituellement créatrice d’objets artistiques originaux, cette dernière s’est, pour l’occasion, lancée dans l’écriture de son premier scénario. Avec des envies d’heroic fantaisy et de nature en tête. Cela aboutit finalement à Les Hautes herbes. Un roman graphique initiatique au thème certes classique pour le genre (une quête des origines) mais qui fait preuve d’une belle maîtrise. Au-delà de la narration intelligemment construite (le premier chapitre, une sorte de prologue, donne des clés de lecture, mais pas toutes…, pour la suite), Clin a ici imaginé tout un univers, très cohérent, qui doit, selon ses dires, autant à Miyazaki qu’à Rosinski, avec ses croyances, ses différentes tribus, sa mythologie et ses us et coutumes, duquel ressort l’importance de la transmission des valeurs, du respect de la nature et de la tolérance. Un monde à la fois poétique (notamment avec les ciblétilles, mi-insectes mi-fées, qui veillent sur les hommes) et violent (la tribu des ichoromes est rejetée et même pourchassée parce qu’il se dit que ses membres, uniquement des hommes, kidnappent des femmes pour ensuite les violer) que Grun met brillamment en images d’un trait à la fois sûr et sensible (grâce, notamment, à un encrage léger) réhaussé de magnifiques aquarelles aux teintes pastels très immersives. Résultat : on suit avec grand plaisir les aventures de ce jeune garçon au sang noir. Une première collaboration très réussie !
(Récit complet, 112 pages – Editions Daniel Maghen)