BD. Mathieu Blanchin avait travaillé 4 ans à la réalisation de Le Voyage du Commodore Anson et après une pause autobiographique (avec Comment je ne suis pas devenu un salaud), il a décidé, toujours en compagnie de Christian Perrissin au scénario, de reprendre la mer. Car si Le Voyage du Commodore Anson suivait les aventures du vaisseau principal de l’expédition (qui avait pour but, rappelons-le, de faire route vers les mers du Sud pour nuire aux intérêts espagnols dans leurs colonies : en abordant et en brûlant les vaisseaux qu’ils rencontrèrent, en attaquant et pillant des villes le long de la côte et en faisant main basse sur les caisses d’or du Galion Royal à Acapulco), le HMS Centurion, Naufrage en Patagonie suit, cette fois, le Wager, dont la mission tourna court. Lourdement endommagé après une violente tempête, le vaisseau se perd le long de la Patagonie chilienne et doit laisser le HMS Centurion, qu’il a de toute façon perdu de vue, poursuivre sa route. Naufragés et livrés à eux mêmes dans un environnement qu’ils ne connaissent pas, le capitaine Cheap et son équipage vont devoir s’organiser et tenter de s’entendre au mieux pour survivre. Malgré la maladie, les tentatives de mutinerie de certains (le règlement maritime stipule qu’en cas de naufrage les matelots ne sont plus payés et ne sont donc plus sous les ordres du capitaine…), la faim et la soif ou les intempéries…
Une nouvelle fois basé sur les souvenirs d’un membre de l’équipage (cette fois de l’aspirant John Byron, qui allait devenir, pour la petite histoire, le grand-père du poète Lord Byron et prit aussi possession, au cours d’une autre mission, des îles Falkland, les Malouines en français, au nom du roi britannique), le récit est d’une grande rigueur historique. Et il nous propose une véritable immersion dans cette expédition tragique (les pertes furent énormes), incroyable (més)aventure vécue par Cheap, Byron et les autres membres de l’équipage. On est en effet avec eux, sur le pont, lors de la tempête. Et on partage les hésitations, comme si on y était, de Byron quand il ne sait plus s’il doit rester fidèle au capitaine ou non. D’autant mieux que le dessin de Blanchin, rapidement esquissé, d’une grande spontanéité, est très vivant. Alors, prêts à embarquer sur le Wager ?
(Récit complet, 128 pages – Futuropolis)