Marzena Sowa s’est fait connaître avec sa série autobiographique « Marzi » (dessinée par Savoia) dans laquelle elle racontait avec humour et tendresse son enfance dans la Pologne communiste des années 70. « N’embrassez pas qui vous voulez » est en quelque sorte sa suite logique. Car si l’auteur y aborde pour la première fois la fiction, on retrouve dans ce joli roman graphique ses thèmes de prédilection.

En fait, « N’embrassez pas qui vous voulez » commence par un incident anodin : un petit garçon, Viktor, essaie d’embrasser sa copine Agata alors qu’ils sont en train de regarder un film au cinéma avec toute leur école. Sauf que rien n’est anodin dans la Pologne communiste d’avant la chute du mur de Berlin. Alors, quand la jeune fille, surprise, pousse un cri, l’institutrice interrompt manu militari la projection, le « camarade » Viktor est convoqué dans le bureau du directeur pour s’expliquer tandis que l’institutrice interroge ses camarades sur le fauteur de trouble et surtout son père, dont on dit qu’il écrit clandestinement des poèmes et autres contes interdits par le régime…

Sowa s’empare de cet incident (risible au départ mais qui peut finalement avoir des conséquences graves pour Viktor et sa famille) pour brosser un portrait édifiant de la Pologne de son enfance, en décrivant, notamment, avec justesse la mécanique sur laquelle reposait la dictature soviétique : l’endoctrinement des enfants à l’école, l’impossibilité de dire tout haut ce que l’on pense sous peine d’être envoyé au goulag ou pire, d’être effacé, la paranoïa qui poussait les individus à servir le régime avec zèle pour mieux (espéraient-ils) protéger leurs vies…mais aussi les différents stratagèmes que chacun trouvait pour résister : poésie, théâtre ou amour…

Une ode à la liberté inspirée, racontée à hauteur d’enfant, joliment mise en images par Sandrine Revel (avec notamment quelques jolies trouvailles dans les cadrages pour mettre en relief l’obsession communiste du contrôle). Le genre d’œuvre dont la nécessité vient malheureusement une nouvelle fois d’être démontrée avec la récente condamnation des Pussy Riot en Russie !

 

(Récit complet – Dupuis)