A première vue, il ne se passe pas grand chose dans « Barcazza ». Une famille italienne a immobilisé son bateau dans une petite crique bien tranquille. Les adultes s’y prélassent, allongés, tandis que les enfants s’amusent dans l’eau. Il fait beau, la mer est chaude. On parle de la pluie et du beau temps. Rien ne semble pouvoir perturber cette ambiance calme et indolente de vacances. Les heures passent dans la plus grande oisiveté et, la petite sortie en mer terminée, la petite troupe retourne à sa villa de location…
A première vue seulement car l’orage gronde dans les têtes et finira bientôt par éclater. Pour le voir venir, il ne faut pas se laisser envahir par la torpeur estivale de « Barcazza » mais au contraire montrer une grande attention à l’évolution du récit et être à l’affût des moindres indices semés en cours de route par Francesco Cattani, pas vraiment du genre démonstratif : ici une cheville foulée qui concourt à installer une certaine tension, là une remarque désobligeante de la « Tata » à la fiancée de son neveu…
Car pour son premier livre, Cattani démontre en effet une grande volonté de chercher une voie personnelle, étrange et singulière, avec ce noir et blanc au trait fin et fragile et ce rythme contemplatif particulier. Comme chez Carver, il n’y a rien d’exceptionnel dans ce récit : des enfants qui s’amusent sous un lit, un jeune couple qui se déchire, une femme qui se caresse pendant la sieste…Mais au travers de ces personnages évoluant dans des scènes a priori banales, ce jeune auteur italien nous laisse entrevoir, en accéléré, les grandes étapes sexuelles et amoureuses de la vie, que nous sommes, semble-t-il, condamnés à (tous ?) connaître : les premiers émois à l’adolescence, la vie de couple et les difficultés qu’elle engendre, la séparation, la solitude…Comme un condensé de la condition humaine.
Plus complexe et profond qu’il n ‘y paraît de prime abord, « Barcazza » est vraiment un récit particulier. Autant par ses choix graphiques et narratifs que par sa vision sombre et désenchantée de la vie. Une curiosité qui laissera certains perplexes tandis que d’autres seront comme sonnés, une drôle d’amertume en bouche, une fois le livre refermé.

(BD – atrabile)