ALBUM. Dans l’Amérique profonde, il n’y a pas que des Magas… Il y a aussi d’obscurs groupes bosseurs qui répètent, enregistrent et tournent sans relâche pour gagner de quoi vivre de leur passion en espérant un jour se faire repérer. La plupart du temps, ils finissent par jeter l’éponge, épuisés par les tournées et asphyxiés par les galères d’argent. Mais parfois, comme Cor de Lux, ces groupes finissent par arriver chez Ipecac. Pour notre plus grand plaisir ! Car le troisième album de ce quatuor de Caroline du Nord est une bombe. Produit par J. Robbins (déjà un gage de qualité…), Year of the Horse propose 9 titres d’indie-rock particulièrement enthousiasmants. Comme souvent avec ce genre d’album, la première écoute est déstabilisante : on a l’impression que ça part à droite à gauche et que le groupe se disperse. Post-hardcore tendu par ci, punk-garage par là, no wave ailleurs… On a d’abord du mal à voir où le groupe veut en venir. Et puis, ensuite, les choses se mettent en place, comme par magie, et on comprend que Cor de Lux est avant tout très inventif et ne s’interdit rien. Car le groupe a envie de surprendre mais peut-être avant tout de se surprendre. Avec des structures de morceaux qui sortent de l’ordinaire (avec sa structure en miroir, The Cringe, excellent, est un bon exemple : il commence sur les chapeaux de roues à la façon d’un Hot Snakes puis voit l’arrivée de ce que l’on croit d’abord être un break, étonnant, lent et dissonant et un brin flippant, mais qui se prolonge finalement avant de reprendre comme sur l’intro), des breaks totalement inattendus (Cannibals, Bread Bag…), des refrains improbables (comme le refrain très no wave de Long Face People, qui, sinon, tire sur un garage punk à la LA Bitches) ou encore des riffs singuliers (comme ce riff de guitare un rien espiègle qui emmène Blind Smile, qui ouvre parfaitement l’album). Bref, Cor de Lux est du genre insaisissable et imprévisible. C’est bien sûr plutôt déconcertant de prime abord, on l’a dit mais finalement jubilatoire car c’est fait avec beaucoup de fluidité et, surtout, de talent. Les voix et guitares de Dawn et Tim, vraiment inspirées, y sont pour beaucoup, montrant une vraie complicité. Mais derrière, la section rythmique tient parfaitement la baraque, y compris dans les moments de folie (la fin ébouriffée de Bread Bag) du groupe. Grosse claque !
(Ipecac Records)



