ROMAN. Un corps vient d’être retrouvé dans une tourbière du Nord de l’Angleterre. C’est Agnes, jeune anthropologue américaine qui a décidé de mettre de la distance avec sa famille, qui est chargée de « faire parler » ce corps. S’il est exceptionnellement bien conservé, grâce aux qualités géologiques particulières de la tourbière (ce qui devrait aider Agnes à identifier ce cadavre), cette dernière est cependant l’objet de tensions entre écologistes qui ont installé un camp pour manifester et appeler à la protéger et l’entreprise qui fait des saignées dans la terre pour exploiter la tourbe depuis des années. Agnes devra faire preuve de diplomatie et d’habileté (ce qui n’est pas forcément son fort…) pour pouvoir mener son enquête à bien…
Enquête pour découvrir qui est ce corps qui vient d’être retrouvé, personnage principal plutôt asocial que l’on essaie de manipuler, fausses pistes : si De Tourbe et d’os utilise les codes, assez classiques, du roman policier, il parvient cependant à tirer son épingle du jeu. Avant tout parce que le fameux corps est « âgé » de plus de 2000 ans et que le récit mêle donc, avec naturel, fouilles archéologiques dans la tourbière pour retrouver d’autres indices pouvant éclairer la personnalité du défunt ou analyses scientifiques à partir de prélèvements de tissus et d’os et plongées dans le passé pour éclairer la trajectoire de cette druidesse qui officiait à Bereda, un village celte. Mais aussi parce qu’elle est portée par plusieurs voix, certaines assez étonnantes. Agnes donc, à la personnalité singulière (elle est plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants…), qui veut s’émanciper de son père. La jeune druidesse, intronisée par sa mère récemment, qui doit faire face à la jalousie et à la défiance des hommes qui l’entourent. Enfin, et c’est là que cela devient intéressant, la mousse. Qui fait le lien spatio-temporel entre ces deux humains. A qui Anna North donne la parole, histoire de nous rappeler le caractère immuable de la nature, qui est là, imperturbable et voit les générations d’êtres humains passer et, avec eux, leurs lubies, leur appétit de pouvoir, leurs exactions contre elles aussi. Tout cela fait de De tourbe et d’os un chant écologique et féministe bien senti, joliment écrit et à la narration alerte avec ses différentes voix qui se répondent à travers le temps. Un récit qui pointe aussi, habilement, les dangers du repli sur soi et de l’oubli.
(Récit complet, 272 pages – Phébus)