BD. Berlin, à la fin de la seconde guerre mondiale. La ville, constamment bombardée, vit dans le chaos. Les dignitaires nazis commencent d’ailleurs à quitter le navire national-socialiste. C’est dans ce contexte que l’on vient chercher l’officier SS Kalterer à l’hôpital (il se remet d’une blessure à la jambe) pour lui confier une enquête des plus sensibles : celle du meurtre, en plein jour, d’un membre du parti, Egon Karasek. Au même moment ou presque, Rupert Haas profite d’un bombardement allié pour s’échapper du camp de Buchenwald. De retour dans la capitale, il apprend que sa femme et son fils sont morts dans un bombardement. Jusque-là, il tenait le coup pour les revoir, maintenant, c’est la haine qui le motive : il lui faut retrouver celui qui l’a dénoncé et envoyé en camp…
Déjà réunis sur la série Demain, Rodolphe et Alloing ont de nouveau travaillé ensemble pour, cette fois, une adaptation. Celle du roman éponyme de Bikenfeld et Hachmeister. Un polar crépusculaire (dans ce Berlin en ruines, cela sent la fin pour le régime nazi mais aussi pour bon nombre de personnages…) qui mêle les destins de 2 hommes qu’a priori tout sépare : l’officier Kalterer en charge de l’enquête et l’ex-détenu de Buchenwald et opposant au régime nazi Haas mais dont les chemins vont bien sûr se croiser et qui sont tous les 2 à la recherche de la vérité. Une enquête originale qui tire bien sûr tout son sel de son arrière plan historique et qui nous fait vivre la débandade du régime nazi de l’intérieur. Elle permet aussi aux 2 auteurs de montrer toute la complexité de vivre dans une dictature. Les notions d’obéissance, de résistance et de fidélité à ses valeurs prennent en effet un tout autre sens, car ce qui importe surtout, alors, c’est de survivre. Et beaucoup font donc le choix d’obéir aux ordres, même si cela signifie cautionner, voire faire, des choses horribles…
Un récit sombre parfaitement adapté par Rodolphe et Alloing. Le premier orchestre le chassé croisé entre les 2 hommes avec un vrai savoir-faire, mettant parfaitement en exergue ce que la guerre engendre de plus repoussant en l’Homme quand le second met le tout en images d’un élégant trait ligne claire rehaussé d’aplats de noir et de gris idoines, simplement troués de quelques rares tâches de rouge ici ou là. Un travail graphique qui donne une vraie élégance à ce polar en tous points réussis.
(Récit complet, 208 pages – Pictavita)