BD. La femme la plus laide du monde : derrière ce titre en apparence monstrueux se cache en fait l’histoire, vraie, de Mary Ann Bevan. Une infirmière, plutôt jolie dans sa jeunesse (l’éditeur a eu la bonne idée de reproduire une photo d’elle jeune ainsi qu’une autre prise un peu plus tard en guise de postface…), qui vit dans le Londres des années 1910-1920 où elle élève ses enfants avec son mari. Mais rapidement atteinte d’une maladie qui déséquilibre la sécrétion d’hormones, elle commence à avoir des vertiges ainsi que des insomnies et voit ses mains et ses pieds gonfler et son visage devenir difforme. Une infirmité qui la rend maladroite et lui fait perdre son travail. Et quand son mari meurt brutalement, c’est la misère qui guette sa famille. Elle tombe alors sur un article de presse qui annonce l’élection, organisée par le cirque Barnum et Bailey, de « la femme la plus laide du monde » promettant quelques shillings à la gagnante. Vous devinez la suite…Mary Bevan s’y présente, est élue puis engagée dans un « cirque de monstres » où pour quelques pièces, les gens viennent voir la femme à barbe, le géant, l’Hercule, le nain, la femme sans jambes, le sauvage et la femme la plus laide du monde…Une décision qui l’éloigne de ses enfants (on la montrera jusqu’à New York) mais lui permet de leur payer des études pour qu’ils puissent être ensuite indépendants. Un très beau portrait, saisissant et touchant (le dessinateur a notamment trouvé le bon équilibre dans sa représentation de Mary Bevan que le lecteur ne perçoit, du coup, jamais comme laide, au contraire…), signé Geslin et Jean-Côme, qui souligne avec inspiration le combat de cette femme, et même son sacrifice (même si parmi les autres membres du cirque elle se sent finalement parmi les siens…), pour élever correctement ses enfants qui nous fait aussi réfléchir à la notion de « monstre » en nous emmenant dans les coulisses des freak shows (notamment mis en exergue dans le film culte Freaks de Tod Browning) qui existèrent à une époque heureusement révolue…
(Récit complet, 128 pages – Pictavita)
