Après 3 tomes et un film (Snowpiercer) adapté de la série par le coréen Bong Joon-Ho, la mort de son premier dessinateur (Alexis) et de son scénariste originel (Jacques Lob) et plusieurs longues parenthèses, le Transperceneige arrive enfin à son terminus avec un nouveau binôme aux commandes. Et c’était là la difficulté majeure qui se présentait à Rochette (qui était là quasiment depuis le début de l’aventure puisque c’est lui que Lob avait choisi pour remplacer Alexis) et Bocquet : parvenir à boucler la boucle de cette série mythique de la bd (qui a vu le jour en 1982 dans (A suivre) tout en intégrant, de manière satisfaisante, les différents éléments et développements des précédents épisodes et du film.
Brisons tout de suite le suspense : le défi est relevé, avec talent, par le tandem ! Pour ce faire, les 2 hommes ont choisi d’introduire d’emblée une rupture avec les précédents Transperceneige : quand leur histoire commence, le train est arrêté et alors qu’auparavant le mouvement du scénario était vertical (les humains opéraient une sorte de fuite en avant puisque le train ne devait pas s’arrêter sous peine de les mettre en danger), ici il sera horizontal : les 4 arpenteurs vont découvrir, à proximité de l’émetteur, une ouverture qui s’avérera être le sommet d’un gratte ciel et qu’ils vont emprunter pour descendre plus bas et tenter de trouver des vivres, des médicaments ou, sait-on jamais, des survivants. Une descente qui va leur (et nous) réserver pas mal de surprises. On ne va pas en dire beaucoup plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture mais sachez seulement qu’ils vont tomber, eux et l’ensemble des passagers qui les rejoignent bientôt, sur des individus autoritaires portant des masques de souris qui vont les emmener dans une ville souterraine qui ressemble au paradis : on y mange presque à volonté, on y est logé, blanchi et soigné. Mais il y aura bien sûr une contre partie à toute cette générosité qui paraît si belle et spontanée…
Un dernier épisode vraiment captivant, au scénario aussi efficace qu’intelligent qui propose quelques scènes ou images très fortes (on pense aux masques de souris, troublants, aux « artistes » cachés dans la zone interdite, à la scène de l’orque ou à la ville souterraine et son dôme…) tout en n’oubliant pas d’épingler, avec virulence, les travers de l’Homme (notamment son penchant pour l’autoritarisme ou pour jouer aux apprentis sorciers : le nucléaire est d’ailleurs irrémédiablement dézingué ici). Le dessin, quant à lui, sombre, mystérieux et vif, est parfait. De la très bonne SF !
(Récit complet – Casterman)