De l’avis même des membres des clubs huppés de gentlemen de Londres, on s’ennuie ferme dans la capitale anglaise en ce début de XXe siècle. Alors, à l’instar du prince Flouzel de Bohême, on s’encanaille, le soir venu, grimés, dans les bas fonds, pour tromper l’ennui. On s’aventure dans des bouges sordides à la recherche de vrais frissons et de davantage de fantaisie. C’est au cours de l’une de ces virées que le prince et son bras droit, le colonel Géraldine, sont intronisés dans le club du suicide. Une organisation secrète qui propose aux déprimés et autres fatigués de la vie rien moins que de les aider à disparaître honorablement !

Nouvelle adaptation aux petits oignons de la collection Noctambule, ce « Club du suicide » permettra peut-être aux lecteurs de découvrir (comme moi) ce recueil de nouvelles de Robert Louis Stevenson à haute teneur rocambolesque !

Car ce club mystérieux, que le prince et Géraldine n’ont pu effacer de leur mémoire après cette première nuit, trop curieux d’en apprendre davantage à son sujet, va bien sûr entraîner les deux hommes dans des aventures aussi dangereuses que palpitantes. Eux qui voulaient être divertis vont en avoir pour leur argent. Et nous avec car Baloup et Vaccaro livrent ici une partition sans fausse note. Le premier est parvenu à mêler avec brio les différents récits pour qu’ils ne fassent plus qu’un tout en gardant l’esprit et le ton des écrits originels (notamment l’ironie, la dérision de Stevenson aux dépens de ses contemporains aristocrates -surtout représentés par le prince- et de leur préciosité, de leur soif d’aventure voire de leur étiquette parfois absurde) et le second met très judicieusement l’ensemble en scène avec ce trait vif et fin relevé d’aquarelles tout à fait raccords avec l’ambiance londonienne. De la très belle ouvrage.

(BD –noctambule)