Borderline, limite, sur le fil du rasoir : voilà la situation dans laquelle Fernando Villa se trouve depuis qu’au cours d’un voyage au Chili il a fumé cette herbe étrange qui a tout déclenché. Certes, lui le romancier jadis en panne d’inspiration ne connaît plus la peur de la page blanche mais ce qu’il écrit lorsqu’il est en crise -des sortes de transes incontrôlables- est si sombre, si violent, que cela a forcément des répercussions sur sa vie. D’autant que ces récits inconscients ne racontent que des faits authentiques : ce sont des victimes de meurtres qui s’expriment en fait au travers de notre homme…

Alexis Robin et Nathalie Berr ont certainement l’impression d’avoir fait le tour avec « Borderline » et Fernando Villa puisque ce quatrième épisode est annoncé comme le dernier de cette série convaincante qui repose avant tout (même si le dessin, réaliste et précis, de Berr est très réussi) sur une magnifique trouvaille scénaristique, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler (avec cette herbe chilienne…) l’écriture automatique des écrivains surréalistes qui cherchèrent, par l’entremise de psychotropes, d’autres voies d’inspiration…A ceci près que pour Villa cela a tout d’une malédiction qui peut frapper à tout moment.

Dans « Martyr », par exemple, c’est au beau milieu d’un café alors qu’il est en train de prendre un verre avec un ami…Tout ça parce qu’un jeune homme, Jalil, vient de se tuer en se faisant sauter au-dessus de la Seine non loin de là. Cette fois, Villa aurait vraiment aimé rester en dehors de cette affaire. Seulement médias et enquêteurs commençaient à parler de terrorisme et d’islamisme…Et si Jalil était entré en contact avec lui c’était surtout pour ça : rétablir la vérité !

Avec « Martyr », Robin a donc décidé de pousser son héros dans ses derniers retranchements en le plaçant dans une situation fort inconfortable : pris en flagrant délit « d’écriture automatique » dans les locaux de la police, Villa est du coup obligé de révéler le secret de son succès d’auteur avant de se voir ensuite contraint de continuer à « écrire » pour les enquêteurs ! Un dernier épisode qui propose une narration toujours aussi efficace et haletante, alternant une nouvelle fois scènes de transe éclairant les évènements, et présent dans lequel Villa essaie ensuite de changer le cours des choses. Un thriller enlevé mâtiné de paranormal qui sait aussi brouiller les pistes pour mieux surprendre.

(BD – grand angle)