Critique littéraire issu de la bonne société américaine de la fin du XIXème siècle, Humphrey Van Heyden prend le bac pour traverser la baie de San Francisco. Mais alors que seulement quelques heures le séparaient de la demeure de son ami chez qui il devait passer le week-end, le voilà, une brume épaisse à couper au couteau et un naufrage plus tard, à bord du « Fantôme », repêché par l’équipage de cette goélette faisant route vers le Japon pour aller y chasser des phoques…Un bateau avec à sa tête le diable en personne : Loup Larsen. Un capitaine au corps de colosse, lecteur de poésie et de philosophie, violent et impitoyable, faisant régner la terreur sur son embarcation….

Après le très bon « A bord de l’étoile Matutine », sorti dans la même collection en 2009, c’est une nouvelle fois la mer que Riff Reb’s a décidé de raconter ici. La mer et l’aventure, avec encore une adaptation : un roman de Jack London. Et Dieu sait s’il la raconte bien la mer. De nouveau, on trouve donc dans « Le loup des mers » ces figures quasi mythiques, « bigger than life », qui font fonctionner l’imaginaire, ces combats maritimes dantesques entre bateaux et ces tempêtes apocalyptiques, sortes de métaphore de la condition humaine, qui voient l’Homme essayer de faire front face à la nature, auxquels le dessin semi-réaliste de Riff Reb’s donne une force et une vérité bluffantes.

Et au milieu de tout cela : Hump, dont « Le loup des mers » raconte l’apprentissage, forcé et accéléré. Dans ce milieu hostile, où les faibles sont les boucs émissaires, au contact du plus ambivalent des capitaines, capable de citer des vers de Shakespeare avant de jeter à l’eau son cuistot pour s’amuser de sa terreur et de sa souffrance dans la minute qui suit. Alors oui, à l’issue de son voyage sur le « Fantôme », Hump sera graduellement passé de mousse à docteur pour finalement finir second et aura appris à diriger un bateau et l’équipage qui va avec. Mais il aura appris bien d’autres choses encore : notamment à se tenir debout sur ses jambes et à être un homme.

Tout simplement excellent, ce nouveau roman graphique mêlant aventure et philosophie est encore meilleur qu’ « A bord de l’étoile Matutine », c’est dire !

 

(Récit complet – Noctambule)