Les Folies Bergère : voilà comment les soldats de la dix-septième compagnie d’infanterie ont renommé leur unité. Parce qu’ils se sont juré de tous y fêter la fin de la guerre. Histoire aussi d’oublier les montées au combat, baïonnette en avant, et les copains tombés après quelques mètres seulement, les membres parfois déchiquetés ; les obus qui tombent sans crier gare et leurs éclats emportant la cervelle ou mettant les tripes à l’air ; les camarades envoyés au peloton d’exécution sans que l’on sache parfois vraiment pourquoi, au bon vouloir des officiers…

« Encore un récit sur 14-18… » : j’imagine votre réaction d’ici ! Et je la comprends, bien sûr, d’autant que ce « Folies Bergère » arrive juste après « Notre mère la guerre », l’excellente tétralogie de Kris et Maël. Oui, mais voilà : ce récit-là est signé Zidrou, qui nous avait bluffés il y a quelques mois de cela avec « La peau de l’ours » et qui livre une nouvelle fois un scénario fort qui tient surtout en une idée audacieuse : faire jaillir l’irrationnel au milieu des barbelés de la ligne de front pour mieux démontrer toute l’absurdité et la folie de la guerre. Car soudainement, une petite fille apparaît dans le no man’s land qui sépare les tranchées françaises et allemandes et un soldat condamné au peloton refuse de mourir, malgré les balles de ses camarades reçues en plein cœur et en pleine tête…

Zidrou parvient à nous faire pénétrer comme rarement auparavant dans le cerveau fragilisé et en état de stress total d’un soldat qui n’en peut plus et que la folie guette à force de voir tant d’atrocités, de souffrances et d’horreurs. Ce voyage au bout de la nuit doit aussi beaucoup au dessin de Porcel qui mêle brillamment réalisme le plus âpre et violent (il ne cache rien des visions macabres ou des odeurs pestilentielles) et fantastique (de prime abord assez incongru) ainsi qu’à sa mise en couleurs idoine, avec ses tons gris sépia. Un récit qui remue les tripes et marque les esprits !

 

(Récit complet – Dargaud)