kinderlandMawil n’est pas le premier (ni le dernier probablement…) à raconter ses souvenirs d’enfance : les brimades des grands au collège, la sévérité de certains professeurs, les boums, les premières érections du matin, les matchs endiablés des récrés, les rapports compliqués avec les filles : on lit tout cela avec plaisir car on se reconnaît forcément dans telle ou telle anecdote. Mais si la Madeleine de Proust sonne juste, on a déjà vu et lu tout cela ailleurs. Non, ce qui donne tout son sel à « Kinderland » est ailleurs : c’est l‘endroit où tout ceci se passe. Car Mawil a grandi en ex-RDA, à Berlin-Est ! Et tout ici est véridique. L’architecture massive des bâtiments, les Trabans dans les rues, les files d’attente devant les magasins, la peur viscérale de la Stasi, la propagande du parti, les organisations de pionniers : tout cela ne s’invente pas. Ni les élèves qui disparaissent subitement des classes car leurs parents ont réussi à passer à l’ouest, chez les impérialistes !
Tout un contexte auquel les héros, Mirco, petit binoclard sérieux et trouillard, et Torsten, son copain rebelle, sont si habitués qu’ils n’y prêtent plus attention occupés qu’ils sont à vivre leur vie d’enfant. Et à organiser leur grand tournoi de ping-pong pour y défier les brutes du collège ! A tel point que quand les autorités acceptent (nous sommes en 1989 !) l’ouverture de certains pans du mur et que l’on peut, enfin !, passer à l’ouest librement, Mirco ne veut pas partir pour pouvoir mener son projet jusqu’à son terme !
Un récit sympa mis en images à hauteur d’enfant (le dessin est simple et donne l’impression qu’il est l’œuvre de l’un des personnages) qui décrit avec tendresse et acuité cette période de l’enfance mais qui vaut surtout par son contexte historique. Et les coupes mulets des allemands bien sûr…Magnifiques. Même les footballeurs n’ont pas fait mieux depuis. Pourtant ils se donnent du mal…

(Récit complet – Gallimard)