BD. 2016. La police est appelée à Saint-Flour. Une vieille dame s’est en effet barricadée dans sa maison et tire sur tout ce qui bouge. Une fois maîtrisée, Berthe Gavignol, 102 ans, est emmenée en garde à vue. Mais en face d’elle, l’inspecteur Ventura a du mal à en placer une : la vieille dame est un véritable moulin à paroles et elle a, qui plus est, de la répartie. Elle raconte donc pourquoi elle a tiré dans les fesses de son voisin notaire, de Gore. Mais aussi pourquoi elle a un Luger datant de la seconde guerre mondiale à la maison. Et beaucoup d’autres choses encore. L’inspecteur n’est pas au bout de ses surprises et cette garde à vue risque d’être longue…
Kéramidas adopte ici Mamie Luger, le livre à succès de Benoit Philippon paru en 2018, un roman noir haut en couleurs si l’on peut dire. Et c’est ce qui fait d’ailleurs tout son sel ! Kéramidas l’a bien compris, d’ailleurs, puisque sa bande dessinée reprend à son compte ce ton, très particulier, d’un polar raconté avec humour, grinçant et souvent noir d’ailleurs. Car plus Berthe parle, mieux on (le lecteur mais aussi Ventura, que la centenaire appelle bien sûr « Lino »…) comprend les raisons qui l’ont amenée à se prostituer ou pourquoi il y a tant de cadavres dans ses placards. Elle a beau le raconter avec sa gouaille habituelle (ses punchlines font souvent mouche), ce qu’elle livre n’en reste pas moins brutal : si elle voulait survivre parmi ces hommes violents qui en voulaient à « sa culotte », comme elle dit, elle n’avait pas le choix…
Et on comprend mieux pourquoi Philippon a donné son aval à Kéramidas pour revisiter son roman : son dessin humoristique (le trait va la plupart du temps à l’essentiel) propose en effet un contraste parfait avec les horreurs que raconte Berthe et prend idéalement le relais graphique du ton du récit, singulier, on l’a dit, qui nous fait rire avant de nous cueillir d’un uppercut sous le menton. Un premier tome très réussi donc, véritable ode à la liberté teintée de féminisme !
(Série, 80 pages pour ce tome 1 – Casterman)



