Des milliers de punks mettent le feu au Théâtre du Châtelet pour l’anniversaire du label BORN BAD 

Born Bad Records – Anniversaire 20 ans – Paris

Ah ah, je ne suis pas mécontent de ce titre un peu putassié. J’ai l’impression de faire du BFMTV ! Un peu flippant, ramenant du danger dans une soirée qui au demeurant est restée en réalité assez convenue. Une soirée pas vraiment punk donc, mais absolument exquise, lors de laquelle un public plutôt âgé a pu découvrir ou revoir les fleurons actuels du label Born Bad dans des conditions d’un confort bourgeois (Théâtre du Chatelet oblige) tout ce qu’il y a de plus charmant. Le magazine « les Inrocks » avait déjà organisé une grosse soirée musicale en 2010 dans ce lieu, mais il faut avouer que le célèbre label parisien pousse ce soir le bouchon un peu plus loin. Et quoi de plus distingué que d’écouter assis dans de sublimes fauteuils de velours rouges, des groupes plus ou moins underground. Le temps d’une soirée nous avions l’impression de vivre un peu la vie de la gauche caviar… et il faut l’avouer, malgré nos T-shirts noirs et nos Samba usées, nous avons kiffé le moment !

Ce soir les concerts se répartissent entre la grande salle (scène principale) avec son haut plafond vouté, et le Grand Foyer tout en largeur (avec sa petite scène pas super accessible) au premier étage. Un petit marathon de prestations donc qui, la plupart du temps, resteront assez courtes (30-40 minutes). 

Île de Garde (photos © Mr Rage)

Avant même de s’installer dans la fameuse grande salle, sous les dorures, on commence, dès notre arrivée, par un concert à l’étage, avec le trio Ile de Garde. Ici au moins, on a nos repères : petite scène, et public debout… bon ok le décor est ici aussi hallucinant pour un concert : parquet resplendissant, tableau, papier peint à motifs végétaux, grand lustre, plafond sculpté, et dorures à tout va. 

Je ne savais pas vraiment quoi penser de ces filles de Rennes, que l’intelligentzia indie-rock semble déjà bien apprécier. Derrière un look en costard et robe pailletée qui me renvoyait aux groupes new wave des années 80, le trio Chant-Synthé-Batterie va en fait réussir à m’embarquer avec des compos cold assez originales, et des sons de synthés analogiques plutôt cools. Le set commence doucement, mais plus il va avancer, plus il va monter en tension, et plus il va devenir entrainant. La chanteuse prend le temps de parler des lycéens qui manifestent, de Gaza, de l’Ukraine… Et il faut dire que l’année à venir étant celle qu’elle est, de nombreux groupes prendront positions ce soir. Bref, derrière une musique somme toute assez accessible (mais pleine de sincérité), ce fut parfait pour commencer cette soirée (même si en fait Bryan’s Magic Tears et Arthur Satan avaient déjà joué mais trop tôt pour nous).

Zombie Zombie (au-dessus) et Zombie Zombie + Cobra (en-dessous) (photos © Mr Rage)

Malgré des places numérotés, on pourra en réalité facilement se poser où bon nous semble. La suite se fera donc du haut du premier balcon (corbeille) pour profiter des belles lumières qui illuminent la scène pour Zombie Zombie et leur kraut synthétique. C’est magnifique. Les deux batteries de chaque côté de la scène, et Etienne Jaumet vêtu d’une combinaison orange trônant au centre avec ses synthétiseurs vintage. Ils vont dérouler ce qu’ils savent faire mieux que personne : ce kraut synthétique mené par deux batteries omniprésentes. S’en dégage une ambiance techno organique du plus bel effet. Et pour marquer le coup et finir son concert, le trio parisien va surprendre son public en invitant les deux fondateurs du groupe Cobra pour reprendre leur tube de hard français « Des lieux associatifs pour les jeunes » qui avait beaucoup tourné dans la scène à l’époque. On savait que Zombie Zombie reprenait le morceau (pourtant si éloigné de leur univers) sur la compilation des 20 ans du label, mais de là à les voir réunis sur scène, c’est une belle surprise. Et même si ce soir on entend peu la guitare, le public explose de joie en reprenant en choeurs les paroles et en dansant à tue-tête (entre les sièges ou dans les allées). Joli moment.

Dans ce marathon musical il n’est pas toujours facile de trouver une place dans le Foyer… et Forever Pavot en fera les frais. Dommage.

Bref, les sales gosses de Gwendoline démarrent maintenant leur set sur la Grande Scène. Il faut aimer le style (autoproclamé la « shlag wave ») mais la version concert, avec ses grandes projections derrière eux, apporte un plus indéniable à leur musique. Encore une fois, les synthétiseurs sont à l’honneur. Chants en français désabusés et refrains entraînants complètent une formule qui a déjà fait ses preuves… les gars embarquent assez facilement une salle acquise à leur cause. Devant la scène, ça danse, ça chante… Gwendoline a son public et ça se sent. De mon côté, je n’avais jamais vraiment pris le temps de rentrer dans leurs univers, et je dois avouer m’être moi aussi laisser prendre au jeu. Efficace.

Gwendoline (photo © Mr Rage)
Jessica 93 (photo © Hardi Petit)

Jusque là, il faut être honnête, nous vivons une soirée très agréable, mais assez retenue… avec un public se faisant sans doute croire qu’il fait quelque chose de transgressif… mais nous sommes assez loin des ambiances poisseuses des soirées underground dont nous avons l’habitude le reste de l’année… certes les conditions sont exceptionnelles, mais le public et les groupes sont restés très civilisés. Pourtant, ce soir, les murs du Théâtre du Châtelet vont tout de même trembler… et c’est à Jessica 93 que nous le devons. Seul sur scène, Geoffroy Laporte va comme à son habitude empiler les boucles de basses et de guitares sur fond de boite à rythme pour déverser sa musique froide et plombée. Mais, derrière cette nonchalance gothique, le volume va venir vous détruire les tympans, les basses vont défoncer des cages thoraciques, et le concert va définitivement faire vibrer le théâtre. Nos oreilles saignent encore.

A peine le temps de s’en remettre que Vox Low démarre son concert avec, me semble-t-il, l’excellent « Now We’re Ready To Spend » tiré de leur premier album. Sur scène, on a l’impression de voir Joy Division avec leur T-Shirts noirs et leur pantalons a pinces. Manque juste la danse de Ian Curtis. A nouveau les lumières sont sublimes (même si certaines viennent malheureusement nous éblouir). Les parisiens vont dérouler leur post-punk froid et toujours très chic. Petit à petit le set va s’orienter vers des morceaux de plus en plus répétitifs dans lesquels le chant se fait plus discret. Invitation parfaite à une danse macabre. Mais point de folie ici.

Vox Low (photo © Mr Rage)
Leroy Se Meurt (photo © Mr Rage)

Pour retrouver un peu de débordement, il faudra se rendre à nouveau au foyer où le duo parisien Leroy Se Meurt est déjà en train de balancer son électro-punk. Le chanteur s’époumone en arpentant la scène de long en large pendant que son acolyte balance une techno froide et frontale derrière lui. C’est bien furieux. Malheureusement, on entend mal le chant, ce qui oriente la musique du duo vers un set très electro, et moins punk. Dommage car Volkan (voix) se donne corps et âme sur scène, ça vie, ça suinte, et j’aurais aimé retrouver l’ambiance plus punk qu’ils peuvent véhiculer d’habitude. A noter que Leroy Se Meurt est le seul groupe présent ce soir à n’avoir pas sorti à ma connaissance de disque chez Born Bad… une prévision de nouvelle recrue JB ?

Dans la grande salle, en attendant la clôture par les potos de Frustration, c’est bien Nathan Roche qui se roule sauvagement par terre sur un coin de scène, tel un Iggy Pop trash sans retenu, pour un karaoké punk complètement incongru, et presque malaisant. Merci donc Nathan pour ce petit entracte bizarroïde qui sort clairement du cadre…

Frustration (photo © Hardi petit)
Frustration (photo © Mr Rage)

C’est maintenant l’heure de clôturer cette belle soirée avec la première référence historique de Born Bad Records… toujours active aujourd’hui. Le groupe a d’ailleurs déjà conclut plusieurs anniversaires du label. Je veux bien entendu parler de Frustration. Junior aura juste agrémenté son set de synthés d’un joli drapeau palestinien, mais pour le reste, on retrouve la simplicité du groupe, qui va nous desservir un concert concis qui ne va pas tarder à rendre le public fou. « No trouble », « Dreams, Laws, Rights and Duties », « Too Many Questions »… Les tubes s’enchaînent. Le groupe va aussi nous dévoiler un nouveau morceau (« Sans Délai »), tiré de son prochain et dernier album. En effet, Fabrice l’a annoncé « ce sera le dernier »… ça se comprend, le groupe aura sacrément donné. Et ce soir encore, c’est lui qui va ramener l’esprit festif de l’anniversaire en invitant tous les participants (groupes, boss du label, attaché.e.s de presse, photographes, et autres VIP backstage) à les rejoindre sur scène pour un « Blind » mémorable (suivi du final « Frustration »). Cela donnera un moment assez ubuesque quand quelques personnes du public rejoindront la raïa déjà nombreuse sur scène, et que la sécurité du Châtelet, non habituée à ces débordements, se sentira quelque peu dépassée, en jouant à un jeu du chat et de la souris assez cocasse. 

Merci les potos, ce fut court mais joyeux. Merci JB et Born Bad pour ce moment (moi aussi je voulais le remercier, car tous les groupes l’ont remercier… on se serait cru au festival de Cannes !). Bref merci pour tout ça, c’était beau.

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