BD. On a toujours aimé la singularité de l’écriture de Vincent Zabus et des thèmes qu’il aborde, que ce soit dans des récits comme L’éveil, Autopsie d’un imposteur ou encore Mémoires d’un garçon agité. Mais cette fois, il s’est surpassé. Avec son compère (il est aussi acteur et metteur en scène) de théâtre Nicolas Turon, ils ont en effet décidé d’adapter leur spectacle (un personnage traverse l’espace public de façon ordinaire pendant sept minutes et face à lui, 30 spectateurs, équipés de casques, suivent 30 histoires différentes…Les spectateurs peuvent ensuite bien sûr prendre un autre casque) qui s’intitule aussi Au coin de ma rue. Dans sa version BD, les deux scénaristes ont proposé le même découpage et storyboard de quatre planches, avec le même personnage principal qui fait quelques pas devant une maison un sac en plastique à la main mais avec un texte différent, à 16 dessinateurs. Pour aboutir à 16 récits très variés auxquels chacun apporte sa sensibilité et son regard particulier. Si Le figurant de Bodart (notre homme s’imagine devenir une star du cinéma alors qu’il n’est que figurant dans un film) est d’humeur rêveuse, Le maladroit sentimental de Ravard (le protagoniste n’arrive jamais à avouer ses sentiments à celle qu’il aime) est plus désenchanté quand Mourir demain, comme son nom l’indique (le narrateur a appris qu’il n’en avait plus pour longtemps à vivre), est carrément sombre. Comme toujours avec ce genre de projet collectif, toutes les histoires ne sont pas aussi réussies et marquantes que Le dépeceur (un serial killer qui raconte comment il s’occupe de ses victimes tout en se baladant avec la tête de l’une d’elles dans un sac en plastique…) signé Zanzim, Derrière la porte (la sortie de prison compliquée d’un homme) de Bailly ou encore Secret de famille (seule histoire avec une fin différente car c’est elle qui clôt le livre), de Tripp, qui nous montre un homme adulte s’apprêtant à rencontrer sa mère biologique pour la première fois. Mais qu’elles soient graves ou plus légères, elles intriguent, amusent ou surprennent à chaque fois (comme Ginette, la bicyclette, dont la narratrice est la bicyclette elle même) et démontrent les formidables possibles qu’offre ce médium qu’est la bande dessinée. Et quel plaisir de retrouver Dumonteuil, Cruchaudet, Campi, Zanzim ou Ravard dans cet exercice très différent hérité de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle). Un récit très original. On aime beaucoup !
(Récit comlet, 104 pages – Dupuis)



