BD. M aurait pu choisir d’être un super héros comme Slaverine, Fortressman ou Streamsoul mais il trouvait que son pouvoir (il peut changer à loisir de version de lui-même : redevenir un enfant de 10 ans ou, au contraire, paraître plus vieux de 30…) était trop faible comparé aux leurs. Alors, il est devenu commissaire à Londres. Quand on l’appelle sur le lieu d’un crime dans les docks -une femme noyée mais qui a les yeux grands ouverts et tient fermement une épée dans les mains qui semble annoncer l’arrivée d’un « nouveau roi »- il sait que cette affaire sort de l’ordinaire et qu’il aura besoin de l’aide de son ami super héros Real Tor pour l’élucider…
Pour qu’un polar fonctionne en BD, il faut avant tout 2 choses : un dessin suffisamment réaliste et, si possible, sombre et inquiétant (et avec Jef, on est ici servis : son trait fin très encré est en effet idoine). Et un scénario qui évite les poncifs habituels. Avec ce mélange de fantasy et de super-héros, on peut dire que Desberg a relevé le défi : entre histoire d’amour improbable (entre le commissaire aux pouvoirs et une noyée prisonnière d’une promesse faite à un sorcier) et enquête qui flirte avec le supernaturel, il propose en effet une histoire particulièrement singulière, crépusculaire à souhait, qui nous parle aussi de la difficulté de s’y retrouver dans un monde où la frontière entre vérité et mensonge, bien et mal, est devenue floue par la faute des visées manipulatrices des hommes politiques ou des théories complotistes qui essaiment sur le deep web ou les réseaux. Un monde où de dangereux mégalomanes peuvent se faire passer pour des chevaliers blancs voulant œuvrer pour une meilleure société et où même les super-héros, par lassitude ou par calcul, peuvent se laisser convaincre par ces forces néfastes. Un récit étonnant, aussi sombre que politique, parfaitement mené par Desberg et Jef.
(Récit complet, 144 pages – Dupuis)



